EXEMPLE
Il fera remarquer le génie, la chaleur, la gaîté, l'invention, les bonnes et les mauvaises plaisanteries de Plaute.
Le naturel, la vérité, la pureté et l'élégance de Térence, qui, semblables à ces chefs-d'œuvre de la sculpture antique, ont peu de mouvement, mais tant de charmes, des grâces si imperceptibles, qu'on n'en remporte, après les avoir vues, qu'une admiration vague, et qu'on y découvre, en les revoyant, toujours quelque chose de nouveau.
La verve et le style dur et cahoté de Lucrèce.
L'harmonie, la sagesse et la beauté de Virgile en tout genre.
L'élévation d'Horace dans ses odes, sa raison dans ses épîtres, sa finesse dans sa satire, son goût exquis dans tous ses ouvrages.
La douceur de Tibulle, la naïveté de Catulle, la chaleur de Properce, la facilité et la fécondité d'Ovide, la sévérité de Phèdre, l'emphase de Lucain, la boursouflure du tragique Sénèque, l'obscurité de Perse, les vains efforts de Silius Italicus pour atteindre Virgile, le fracas de Stace, l'esprit de Martial, la violence de Juvénal, l'hydropisie de Claudien
1. Traités de littérature, Cours de belles-lettres, Poétiques, Rhétoriques, etc.
Je ne veux ni un sec et triste détracteur des Anciens, ni un sot admirateur de leurs défauts.
Ce que je viens de prescrire sur les poètes latins, il faut l'entendre des orateurs, des historiens, de tous les auteurs en tout genre et en quelque langue que ce soit, ancienne ou moderne, nationale ou étrangère.
{Plan d'une université.)
d'une faculté de médecine.
Les connaissances relatives à la médecine sont très étendues. Un demi-médecin est pire qu'un demi-savant. Celuici importune quelquefois, l'autre tue. Celte profession doitelle, ne doit-elle pas être nombreuse? C'est une question décidée par le docteur Galti, qui partagea l'hôpital qu'il dirigeait en deux classes, l'une de malades qu'il abandonnait à la nature, l'autre autour de laquelle il rassembla tous les secours de l'art; il périt, ainsi qu'il s'y était attendu, beaucoup plus des soignés que des abandonnés.
Ce serait un problème assez intéressant à résoudre que de déterminer le rapport du corps des médecins et des chirurgiens d'une ville au reste des habitants. Je crois que la solution doit varier selon les contrées, les mœurs, les usages, le régime, le cHmat. Les animaux ont peu de maladies. Les maladies des habitants de la campagne sont moins nombreuses et plus simples que les nôtres ; plus nous sommes éloignés de la vie champêtre des premiers âges du monde, plus la vie moyenne s'est abrégée. Qu'il en soit de la classe des médecins ainsi que des autres classes de citoyens entre lesquelles les besoins établissent le niveau, je ne le pense pas. L'on ne prend et l'on ne quitte pas à discrétion l'art de guérir. Je considère un mauvais médecin comme une petite épidémie qui dure tant qu'il vit; deux mauvais médecins doublent cette maladie populaire ; un corps de mauvais médecins serait une grande plaie pour toute une nation. Il
n'en est pas du médecin comme du manufacturier ; le manufacturier médiocre est encore utile à un grand nombre de citoyens qui ne peuvent payer ni l'excellente qualité ni la façon rechercliée de l'ouvrage.
Au contraire, il faut au dernier de la dernière classe de la société un excellent médecin ; il ne peut être trompé qu'une fois, et il paie son erreur de sa vie. Il y a sans doute quelque diflerence entre la conservation d'un grand ministre et d'un petit mercier, d'un célibataire et d'un père de famille, d'un bon général d'armée et d'un mauvais poète ; mais ni le souverain qui nous regarde comme ses enfants, ni le sentiment de l'humanité qui nous rapproche de nos semblables, ne s'arrêtent à ce calcul. Juste ou cruel, il peut arriver et il arrive tous les jours que le bon médecin est adressé au célibataire, et le mauvais au chef d'une nombreuse famille. Il importe d'autant plus que le médecin et le chirurgien excellent dans leurs professions, que la variété et la multiplicité des circonstances qui les appellent à côté de nous, ne leur permettent guère d'exercer leurs fonctions à notre avantage et à leur satisfaction. Ils sont obligés de partager les soins de leur journée entre un très grand nombre de malades, parmi lesquels un seul exigerait quelquefois leur observation et leur présence assidues. Un mauvais médecin arrive toujours trop tôt et reste toujours trop longtemps; un bon médecin peut arriver tiop tard et ne pas rester assez. Une maladie est communément un problème si compliqué, l'efl'et de tant de causes, un phénomène si variable d'un malade à un autre, que je ne conçois pas comment le médecin qui visite cinquante à soixante malades par jour, en soigne bien un seul. Quelque profonde connaissance qu'on ait de la théorie et de la pratique de l'arl, suffit-il de tâter le pouls, d'examiner la langue, de s'assurer de l'état du ventre et de la peau, d'observer les urines, de questionner lestement le malade ou sa garde et d'écrire une formule?
{Plan d'une université.)
IQ DIDEROT.
HJSTOIRE, GEOGRAPHIE.
Je crois q l'il faudrait commencer l'étude de l'histoire par celle de la nation, et celle-ci, ainsi que toutes les autres, parles temps les plus voisins en remontant jusqu'aux siècles de la fable ou de la mythologie. C'est le sentiment de Grotius. « En général, dit-il, ne pas commencer par des faits surannés qui nous sont indifférents, mais par des choses plus certaines et qui nous touchent de plus près, et s'avancer de là peu à peu vers l'origine des temps. » Voilà ce qui nous semble plus conforme à un véritable enseignement, c'est l'élude des faits soumis à notre principe général : el pourquoi en serait-elle une exception?
Sans la mythologie, on n'entend rien aux auteurs anciens, aux monuments, ni à la peinture, ni à la sculpture, môme modernes, qui se sont épuisées à remettre sous nos yeux les ■vices des dieux du paganisme au lieu de nous représenter les grands hommes.
Quelques-uns penseront peut-être que la connaissance de l'histoire devrait précéder celle de la morale. Je ne puis être de leur avis : il me semble qu'il est utile et convenable de posséder la notion du juste et de l'injuste, avant la connaissance des actions, des personnages et de l'historien même, auxquels on doit l'appliquer.
Lorsqu'on a dit de la géographie et de la chronologie qu'elles étaient les deux yeux de l'histoire, on a tout dit.
Je désirerais qu'on diminuât la sécheresse de l'étude du globe par quelques détails sur les religions, les lois, les mœurs, les usages bizarres, les productions naturelles, et les ouvrages des arts.
11 y a la géographie ancienne et la géographie moderne : il n'en faut point faire des études séparées; il en coûterait si peu pour joindre au nom d'une ville ou d'une rivière celui qu'elle portait autrefois.
{Plan d'une univenité.)