VUES GÉNÉRALES
que c’est à Pergame, à Cyzique, à Antioche, à Rhodes, à Alexandrie, plutôt qu’à Athènes, qu’il faut chercher les initiateurs de l’architecture Gréco-latine, devenus plus d’une fois, par la suite, ses imitateurs. On s’aperçut enfin que Vitruve, dont les jugements étaient acceptés sans contrôle et selon le méthodisme le plus aveugle, n’avait connu que cette architecture gréco-orientale et qu’il ne l’avait connue que par les livres ; on pressentit dans le prince des architectes un compilateur léger des théoriciens d’Alexandrie. On s’étonna de lui entendre dire que les anciens n’ont pas employé l’ordre dorique pour les temples (1), quoique le Parthénon soit un édifice dorique, — que les temples doivent être orientés de façon que la statue regarde l’ouest (2), quoique tous ceux qui ont été retrouvés dansl'Hellade proprement dite s’ouvrent au levant, sauf un qui à son
axe du midi au nord! etc Il fut évident que Vi-
truve n’avait guère quitté son cabinet et sa bibliothèque, qu’il n’avait consulté que le texte d’Hermogène ou d’autres architectes postérieurs au siècle d’Alexandre; que pour connaître l’art grec de la belle époque, il était nécessaire, au moins pour un temps, d’écarter ce maladroit interprète, et d’aller étudier sur place celles des œuvres du vi« et du v e siècle que le temps et les hommes avaient épargnées.
Des érudits, des artistes, entreprirent avec ardeur cette besogne diflicile. Nos pensionnaires de l’École de Rome n’ont cessé de la poursuivre avec talent et succès. Il faut citer au premier rang les travaux éminents de M. Beulé,
(1) Vitruve, liv. IV, ch. ni.
(2) Vitruve, liv. IV, ch. v.
les belles études de MM. Garnier et Paccard. Quand on consulte la liste des envois, on remarque que le premier monument vraiment grec qui ait fait l’objet d’une restauration est le temple de Minerve Poliade, étudié par Ballu en 1845. A partir de cette époque les travaux d’après les types monumentaux de l’Hellade se succèdent presque sans interruption jusqu’en 1854; les édifices gréco-latins semblent abandonnés, et si l’on y revient dans les restaurations plus récentes, c’est qu’en vérité, la Grèce elle-même est un champ presque épuisé. Tous les exemplaires connus de l’architecture proprement hellénique ont été en effet le sujet do travaux ntelligents, dont quelques-uns même sont définitifs. On est donc tenté de reprendre les études ébauchées avant 1845 sur les monuments romains; car celles-ci sont à refaire d’après les vues plus hautes et plus précises de la critique contemporaine.
Dans cette nouvelle direction imprimée à la curiosité, on rencontre un autre courant, déterminé par les exigences générales du sens historique moderne. Aujourd’hui, l’historien d’une partie quelconque du développement humain sait qu’il ne doit pas isoler cette partie de l’ensemble. Il comprend qu’un monument n’est pas seulement l’œuvre du compas et de l’équerre, et que son style ne dépend pas seulement d’un certain goût spécial et professionnel. Derrière les instruments qui touchent immédiatement le marbre et la pierre, derrière l’instinct de l’homme de métier, il entrevoit une intelligence générale, des passions et des aptitudes de haut vol, des besoins largement ressentis qui impriment à l’architecture de chaque époque un carac-