SYSTÈME DES ARTS
traits essentiels. Dédaignant la grâce et l’agrément, il se contente de l’expression générale et grande qui naît du sujet sans que l’artiste se montre et y révèle sa personnalité.
2° Vient ensuite le beau style, le siyle idéal et pur qui tient le milieu entre l’expression simple et la tendance prononcée au gracieux. Son caractère est la vitalité combinée avec une grandeur calme et belle. La grâce n’y fait pas défaut, mais c’est plutôt un abandon naturel, une simple complaisance, que le désir de plaire; une beauté insouciante aux charmes extérieurs qui fleurissent d’eux-mêmes à la surface. Tel est l’idéal du beau style, le style de Phidias et d’Homère. C’est le point culminant de l’art.
3° Mais ce moment est court. Le style idéal passe vite au gracieux , à l’agréable. Ici apparaît un autre but que celui de la réalisation du beau que doit se proposer l’art pur , savoir l’intention de plaire , de produire une impression sur l’âme. De là, des œuvres d’un style travaillé avec art et une certaine recherche des agréments extérieurs. Le sujet n’est plus la chose principale. L’attention de l’artiste se porte sur les ornements et les accessoires, les décorations, les découpures, les airs souriants, les attitudes et les poses gracieuses, ou les couleurs vives et les formes attrayantes, les images brillantes, le luxe des ornements et des draperies, la savante facture des vers. Mais l’effet général reste sans grandeur et sans noblesse. Les belles proportions et les grandes masses font place à des dimensions moyennes, ou sont masquées par les ornements. — Le style gracieux engendre 1 e style à effet , qui en est l’exagération. L’art, alors, se projette tout entier au dehors, appelle l’attention du spectateur par tout ce qui peut frapper les sens. L’artiste lui livre ses fins personnelles et son dessein. Dans cette espèce de tête-à-tèle avec le
public, partout se trahit le besoin de nîontrer son esprit, de faire admirer son habileté, son savoir-faire, le talent de l’exécution. Cet art, sans naturel, plein de coquetterie, d’artifice et d’affectation, l’opposé du style sévère qui n’accorde rien au public, est le style des époques de décadence. Souvent il a recours à un dernier artifice, à l’affectation de la profondeur et de la simplicité qui n’est alors que l’obscurité, une profondeur mystérieuse qui cache l’absence d'idées et l’impuissance véritable. Ce mystérieux qui s’étale, à son tour, ne vaut guère mieux que la coquetterie ; le principe est le même, le besoin de produire de l’effet.
L’auteur passe ensuite à la Division des arts. La méthode commune les classe d’après leurs moyens de représentation et les sens auxquels ils s’adressent. Deux sens seulement sont affectés à la perception du beau : la vue, qui perçoit les formes et les couleurs ; l’ouïe, qui perçoit les sons. De là, la division en art du dessin et en art musical. La poésie, qui se sert de la parole et s’adresse à Y imagination, forme un domaine à part. Sans écarter cette division, Hegel la combine avec un autre principe de classification plus philosophique et qui est pris non plus dans les moyens extérieurs de l’art, mais dans leur rapport avec le fond même des idées qu’il doit représenter.
L’art a pour objet la représentation de l’idéal Les arts doivent donc se classer d’après la manière dont ils sont plus ou moins capables de l’exprimer. Cette gradation aura en même temps l’avantage de répondre au progrès historique et aux formes fondamentales de l’art, étudiées précédemment.
Voici comment, d’après ce principe, les arts s’échelonnent et se succèdent pour former un système régulier et complet.