About, La Grèce contemporaine
LA RACE
(( pays sous forme de zéphyrs doux et frais, et que tou- « jours la séduisante déesse, se couronnant de roses « parfumées, envoie les Amours pour se joindre à la a Sagesse vénérable et pour soutenir les ouvrages de (( toute vertu. » 1 Ce sont là de beaux mots de poète, mais à travers l’ode on aperçoit la vérité. Un peuple formé par un semblable climat se développe plus vite et plus harmonieusement qu’un autre; l’homme n’est pas accablé ou amolli par la chaleur excessive, ni raidi et figé par la rigueur du froid. 11 n’est pas condamné à l’inertie rêveuse ni à l’exercice continu; il ne s’attarde pas dans les contemplations mystiques ni dans la barbarie brutale. Comparez un Napolitain ou un Provençal à un Breton, un Hollandais à un Indou : vous sentirez comment la douceur et la modération de la nature physique mettent dans l’âme la vivacité avec l’équilibre pour conduire l’esprit dispos et agile vers la pensée et vers l’action.
Deux caractères du sol opèrent dans le même sens. — D’abord la Grèce est un réseau de montagnes. Le Pinde, son arête centrale, prolongé vers le midi par l’Otrys, l’Æta, le Parnasse, l’Hélicon, le Cithéron et leurs contreforts, fait une chaîne dont les anneaux multipliés vont au delà de l’isthme se relever et s’enchevêtrer dans le Péloponèse; au delà, les îles sont encore des échines et des têtes de montagnes émergentes. Ce terrain, ainsi bosselé, n’a presque pas de plaines; par-
1. Yoyez aussi le célèbre chœur de Sophocle dans Œdipe à Colone : Euhippou , Xène , t'es chorus.
tout le roc affleure, comme dans notre Provence; les trois cinquièmes du sol sont impropres à la culture. Regardez les Vues et Paysages de M. de Stackelberg; partout la pierre nue; de petites rivières, des torrents laissent, entre leur lit demi-desséché et le roc stérile, une bande étroite de sol productif. Hérodote opposait déjà la Sicile et l’Italie du Sud, ces grasses nourrices, à la maigre Grèce « qui, en naissant, eut la pauvreté (( pour sœur de lait ». En Attique notamment le sol est plus maigre et plus léger qu’ailleurs ; des oliviers, de la vigne, de l’orge, un peu de blé, voilà tout ce qu’il fournit à l’homme. Dans ces belles îles de marbre qui constellent l’azur de la mer Égée, on trouvait çà et là un bois sacré, des cyprès, des lauriers, des palmiers, un bouquet de verdures élégantes, des vignes éparses sur les coteaux rocailleux, de beaux fruits dans les jardins, quelques petites moissons dans un creux ou sur une pente ; mais il y avait plus pour les yeux et la délicatesse des sens que pour l’estomac et les besoins positifs du corps. Un tel pays fait des montagnards sveltes, actifs, sobres, nourris d’air pur. Encore aujourd’hui1 « la nourriture d’un laboureur anglais suffirait (( en Grèce à une famille de six personnes; les riches (( se contentent fort bien d’un plat de légumes pour « leur repas; les pauvres, d’une poignée d’olives ou « d’un morceau de poisson salé; le peuple tout entier « mange de la viande à Pâques pour toute l’année. »