‹ Philosophie de l'art (volume 4)Chapitre 51 sur 66 · La- Vierge de Saint-Sixte, la Belle Jardinière · texte numérisé non relu

La- Vierge de Saint-Sixte, la Belle Jardinière

du corps est parfois un peu massive1; que, dans les figures de Michel-Ange, la tragédie de l’âme s’annonce trop visiblement par l’enflure des muscles et l’excès de l’effort. Les véritables dieux visibles sont nés ailleurs et dans un air plus pur. Une civilisation plus spontanée et plus simple, une race mieux équilibrée et plus fine, une religion mieux appropriée, une culture du corps mieux entendue, a jadis dégagé un type plus noble, d’un calme plus fier, d’une sérénité plus auguste, d’un mouvement plus uni et plus libre, d’une perfection plus aisée et plus naturelle; il a servi de modèle aux artistes de la Renaissance, et l’art que nous admirons en Italie n’est qu’une pousse, moins droite et moins haute, du laurier ionien transplanté dans un autre sol.

1. Les Venus, les Psychés, les Grâces, les Jupiters, les Amours de la Farnésine.

Vï

Telle est la double échelle d’après laquelle se classent à la fois les caractères des choses et les valeurs des œuvres d’art. Selon que les caractères sont plus importants ou bienfaisants, ils sont à une place plus haute, et mettent à un rang plus haut les œuvres d’art par lesquelles ils sont exprimés. — Remarquez que l’importance et la bienfaisance sont deux faces d’une qualilé unique, la force , considérée tour à tour par rapport à autrui et par rapport à elle-même. Dans le premier cas, elle est plus ou moins importante, selon quelle résiste à des forces plus ou moins grandes. Dans le second cas, elle est nuisible ou bienfaisante, selon qu’elle aboutit à sa propre faiblesse ou à son propre accroissement. Ces deux points de vue sont les plus élevés auxquels on puisse considérer la nature; car ils tournent nos yeux, tantôt vers son essence, tantôt vers sa direction. — Par son essence, elle est un amas de forces brutes, inégales en grandeur, dont le conflit est éternel, mais dont la somme et le travail total demeurent toujours les mêmes. Par sa direction, elle est une série de formes où la force emmagasinée a le privilège d’un renouvellement et même d’un accroissement continus. Tantôt le caractère est une de ces puissances primitives et mécaniques, qui sont l’essence des

choses; tantôt il est une de ces puissances ultérieures et capables de grandir, qui marquent la direction du monde ; et l’on comprend pourquoi l’art est supérieur, lorsque, prenant pour objet la nature, il manifeste tantôt quelque portion profonde de son fonds intime, tantôt quelque moment supérieur de son développement.

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