QUATRIÈME PARTIE
LA SCULPTURE Bit GRÈCE
Messieurs,
Pendant les années précédentes, je vous ai présenté l’histoire des deux grandes écoles originales qui, dans les temps modernes, ont figuré aux yeux le corps humain : celle d’Italie et celle des Pays-Bas. Il me reste, pour achever ce cours, à vous faire connaître la plus grande et la plus originale de toutes, l’ancienne école grecque. — Cette fois, je ne vous parlerai pas de la peinture. Sauf les vases, sauf quelques mosaïques et les petites décorations murales de Pompéi et d’Herculanum, les monuments de la peinture antique ont péri ; on ne peut pas en parler avec précision. D’ailleurs, pour figurer aux yeux le corps humain, il y avait en Grèce un art plus national, mieux approprié aux mœurs et à l’esprit public, probablement plus cultivé et plus parfait, la sculpture; c’est la sculpture grecque qui sera le sujet de ce cours.
Par malheur, en cela comme dans tout le reste, l’antiquité n’est qu'une ruine. Ce que nous avons gardé de la
statuaire antique n’est presque rien à côté de ce qui a péri. Nous en sommes réduits à deux têtes1 pour conjecturer les dieux colossaux en qui s’était exprimée la pensée du grand siècle et dont la majeslé remplissait les temples ; nous n’avons pas un morceau authentique de Phidias ; nous ne connaissons Myron, Polyclète, Praxitèle, Scopas, Lysippe, que par des copies ou des imitations plus ou moins lointaines et douteuses. Les belles statues de nos musées sont ordinairement de l’époque romaine ou datent tout au plus des successeurs d’Alexandre. Encore les meilleures sont mutilées. Votre musée de plâtres ressemble à un champ de bataille après le combat, torses, têtes, membres épars. Ajoutez enfin que la biographie des maîtres manque entièrement. Il a fallu tous les efforts de l’érudition la plus ingénieuse et la plus patiente2 pour découvrir, dans un demi-chapitre de Pline, dans quelques mauvaises descriptions de Pausanias, dans quelques phrases isolées de Cicéron, Lucien, Quintilien, la chronologie des artistes, la filiation des écoles, le caractère des talents, le développement et les altérations graduelles de Part. Nous n’avons qu’un moyen de combler ces lacunes ; à défaut de l’histoire détaillée, il nous reste l’histoire générale; plus que jamais, pour comprendre l’œuvre, nous sommes obligés de considérer le peuple qui l’a faite, les mœurs qui la suggéraient, et le milieu où elle est née.
1. Tête de Junon à la villa Ludovisi. Tête du Jupiter d’Otricoli.
2. Geschichle der griechischen Plaslik , von J. Overbeek. — Kiïnstler-Geschichte , von Braun.