‹ Philosophie de l'économie politique [microform]Chapitre 12 sur 92 · LIBERTÉ, FATALITÉ, LE DROIT DE LA FORGE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ, FATALITÉ, LE DROIT DE LA FORGE

La fatalité fait naître un individu en Europe, il peut aller vivre en Amérique et y prospérer ; la fatalité le fait naître sous l’équateur, il n’est pas libre d’aller prospérer dans la zone boréale.

De même, l’homme n’est pas libre de changer le temps, c’est-à-dire la succession des hommes et des choses.

L’homme peut être libre de diminuer le temps pendant lequel il vit, mais il ne peut pas l’augmenter.

L’homme n’a aucune action sur le temps écoulé, pendant lequel il a vécu, ni sur la période qui a précédé sa naissance.

La fatalité fait naître un individu à une certaine époque, il peut être libre de ne pas voir l’époque postérieure, de se tuer, mais sa liberté ne peut nullement s’exercer en dehors de ces limites. L’homme peut vraiment être libre dans certains cas, mais, généralement, il ne l’est pas.

Il est faux de dire que la liberté est un attribut nécessaire de la raison.

Il est tout aussi faux de dire que la fatalité seule dirige la vie des hommes. La liberté, l’action libre de la raison est possible ; elle existe, entre des limites très restreintes, resserrée entre la fatalité (action de Eespace et du temps) et les instincts.

Cependant une chose règle, à tout moment de la

VIQ,

les actions d’un homme, les plus insignifiante&

comme les plus élevées, et les relations des homme&

entre eux. C’est évidemment la résultante des troi& forces qui agissent concurremment sur lui: de la raison (volonté, conscience), de l’instinct (constitution, talents, passions), de la fatalité (action de l’espace et du temps, ou des hommes et des choses).

11 y a un terme pour désigner cette résultante :

c’est le droit de la force.

L’homme, à tout moment de sa vie, exerce ou

subit le droit de la force. L'homme exerce le droit

de la force lorsque sa raison est d’accord avec l’acte qu’il pose. L’homme subit le droit de la force lorsque ses instincts le poussent ou lorsque 1 action des hommes ou des choses le contraint, en dépit de

sa volonté, à poser cet acte.

Pour que l’homme pose un acte, même le plus insignifiant, il faut que l’instinct et la fatalité l y poussent ou, du moins, ne Ten empêchent pas et que la raison le lui conseille.

La liberté est la faculté d’agir dans tous les cas où l’action de l’espace et du temps n’intervient pas et où les instincts poussent autant dans le sens de l’acte à poser que dans le sens contraire.

Il ne dépend pas de l’homme que ces deux conditions soient toujours remplies ; aussi l’homme jouit rarement de sa liberté d’action.

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