L INSTINCT DE CONSERVATION ET DE REPRODUCTION
DE lTndividu, lTnstinct religieux
L’instinct de conservation comprend chez l’homme , comme chez tous les êtres vivants, la conservation •do l’individu et la conservation de la race ou reproduction. Mais l’action réitérée de la raison a donné li îLi à des développements et des modifications de l’instinct primordial : la civilisation en est à la fois Toffet et la cause. C’est parTinfinité de ses instincts el de ses besoins que Thomme civilisé se distingue dj sauvage.
A l’état sauvage, l’homme ne s’éloigne guère, en CO qui concerne les instincts, de la bête qui vit dans le même milieu. Cependant l’homme, à l’encontre di la bête, s'aperçoit, à peine au monde, qu’il ne d)it pas l’habiter toujours. L’homme h’a jamais ignoré que toute existence a une fin.
L’individu, arrivé à un âge mûr, sent la vie lui
l’instinct de conservation
échapper petit à petit ; sa raison néanmoins se révolte contre l’idée de l’anéantissement ; son instinct de conservation proteste contre le sentiment
du néant.
Déjà l’homme avait imaginé un être suprême dirigeant les phénomènes qu’il voyait s’accomplir en lui et autour de lui, sans sa volonté et contre son gré. U conçut auprès de l’être suprême un autre monde où il irait vivre au sortir de l’existence terrestre. Il prolongea la vie au-delà de la mort. U fit un article de foi de la perpétuité de l’existence.
La mort n’était plus un arrêt, mais une transformation. L’homme qui mourait commençait une ‘seconde vie, éternelle, celle-ci, semblable à l autre qu’il allait quitter, mais libre de soucis, de fatigues
et de souffrances.
L’action de la raison sur l’instinct de conservation peut expliquer le sentiment ou instinct religieux.
Au point de vue de l’économie politique, il y a quelques conséquences à déduire de 1 existence de
l’instinct religieux.
L’homme à l’état inculte travaille pour sa conservation sur la terre et dans l’autre monde. Chez les peuples primitifs, l’homme qui meurt est censé avoir besoin d’une partie de ses richesses pour la vie ultérieure. On donne au mort des vêtements, de l argent, les outils et les objets qui lui étaient d’un usage
journalier. Dans certaines contrées, si le mort occupe it une haute situation, s’il était chef de tribu, on lui immolait ses animaux favoris, ses esclaves, ses femmes.
Chez les peuples civilisés, l’homme travaille er core pour la vie à venir ou du moins pour la setisfaction de l’instinct religieux.
Mais la raison défait facilement ce qu’elle fait l’imstinct religieux,. qui est, en quelque sorte, l’œuvredt la raison, se modifie, s’amoindrit suivant l’époque et la contrée.
L’amour de la gloire, l’aspiration à l’immortalité, le respect des morts et même le besoin d’incrédulilé qui caractérise certains peuples et certaines époques sont des variétés de l’instinct religieux.
C’est l’instinct religieux qui a poussé l’homme â C( nstruireles temples, les tombeaux, les monuments cc mmémoratifs, les statues, etc., toutes choses qui ii( peuvent satisfaire d’aucune façon l’instinct de conservation proprement dit des hommes.
Chez les peuples les plus incrédules, le respect des ni3rts a persisté et donne lieu à des travaux dont l’oconomie politique ne peut s’expliquer le but sii el e n’admet pas l’existence de l’instinct religieux.
Les instincts de l’homme, quoique issus de l’instir et primordial de conservation, agissent souvent de façon à contrarier celui-ci.
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Ainsi, l’instinct de reproduction, l instinct religieux (pour n’en citer que deux) l’emportent souvent sur l’instinct de conservation. L’histoire fourmille ■d’exemples où l’instinct religieux a complèlement
vétouffé l’instinct de conservation.
On peutdireen règle générale que, quels que soient répoque et le pays, l’instinct le plus fort et le plus répandu est celui qui trouve le plus de facilité à se
satisfaire.
iLà où l’instinct de conservation est en lutte per- 'pêtuelle contre les hommes et les choses, l’instinct religieux, par exemple, est très développé. Quand la vie est dure, la foi est vivace; dans un pays pauvre le sentiment religieux est plus développé
que dans un pays riche.
De même, un peuple, à peine sorti de l état de nature, sera religieux, qui, parvenu à un certain .degré de civilisation, sera incrédule. Chez un peuple -civilisé, l’incrédulité commence par l’homme riche et s’étend à mesure que l’aisance devient générale.
Inversement, une religion nouvelle est toujours créée et propagée par les déshérités des biens de la
terre.
L’instinct religieux fait chercher dans le temps ce que l’instinct de conservation pousse à chercher dans l’espace; l’un veut le plus grand bonheur possible en peu de temps, l’autre veut faire durer éter-
nellement le bonheur de vivre, si petit qu’il soiU
Si l’on compare l’instinct de conservation et l’instinc t de reproduction, on trouve également des variatioi s dans leur intensité, suivant le temps et l’espace.
L’instinct de reproduction est, en général, prépondérint chez le peuple jeune, l’homme inculte, le pauvre; l’instinct de conservation l’emporte chez le peuple et l’homme civilisé, enrichi.