LIVRE XIV. — CHAPITRE II
gîon des Romains était une religion politique et militaire ; si elle ne les empêcha pas d'entreprendre des guerres injustes, du moins ils ne les entreprirent qu'en les couvrant de l'apparence de la justice et en invoquant pour elles, par l'entremise des auspices et des féciaux, l'aide et la protection divine.
PItis tard, cependant, la politique des Romains, déviant de son ancienne ligne de conduite, attira elle-même les dieux étrangers dans la cité. Mais l'État chancelait déjà alors, et il ne pouvait pas en être autrement avec son agrandissement, suite de tant de conquêtes. Toutefois, il faut reconnaître que cette tolérance politique le garantit de l'esprit de persécution qui ne se déclara que sous les empereurs, et qui prenait sa source, non dans les convictions religieuses ni dans l'amour des vérités spéculatives, mais dans des raisons purement pohtiques. En général, les Romains laissèrent tout culte s'exercer librement, pour autant qu'il ne portât point atteinte aux lois de l'Etat; sous ce rapport, c'étaient non pas des hommes et des philosophes, mais des citoyens, des soldats, des conquérants.
70 Que dirai-je de Vart de la guerre chez les BomaÎTis? Certainement il était alors le plus parfait dans son genre, puisqu'il combinait dans le même homme le soldat et le citoyen, l'homme d'État et le capitaine, et que toujours actif, toujours changeant, toujours nouveau, il savait emprunter à chaque nouvel ennemi ce que sa tactique pouvait avoir de meilleur. Les éléments grossiers dataient de la fondation de la cité, et la première troupe que Romulus disciplina fut aussi sa première légion ; néanmoins, ils ne craignirent pas avec le temps de modifier l'ancienne disposition d^ leurs armées, surtout de 'rendre leur vieille phalange plus mobile et plus légère; et alors, par la plus grande liberté de leurs mouvements, ils purent l'emporter
sur les troupes macédoniennes, dont Tordre de bataille était cité comme le modèle du genre. Us remplacèrent leurs anciennes armes latines par celles des Sanmites et des Étrusques; ils apprirent Tordre des marches dans Texemple d'Annibal, dont le long séjour en Italie leur valut les plus rudes leçons qu'ils aient jamais reçues. Leurs plus grands capitaines, Scipion, Marins, Sylla, Pompée, César, firent de Tart de la guerre Tétude de toute leur vie,, et comme ils eurent à combattre une foule de nations aussi redoutables par leur force 'et leur courage que par le désespoir avec lequel elles se défendaient, ils eurent nécessairement l'occasion de développer leur génie dans chacune des parties de leur science.
Quoi qu'il en soit, ce n'était pas tant dans leurs armes, leur ordre de bataille, leurs camps retranchés que consistait la force des Romains, que dans Tesprit belliqueux et le sang-froid de leurs généraux, dans la nature du soldat qui savait braver la faim, la soif, le danger; se servait de ses armes comme de ses membres, et qui, ne reculant pas devant le choc de la lance, allait chercher avec sa courte épée romaine le' cœur de son ennemi presque au milieu de la phalange. Cette courte épée, conduite par la valeur romaine, a conquis le monde. Il entrait dans le génie guerrier de Rome de préférer l'attaque à la défense, les batailles aux sièges, et de voler au triomphe et à la gloire par le plus court chemin. Combien ne leur furent pas utiles ces inflexibles principes de la république., auxquels le monde devait céder : « Ne jamais lâcher prise que Ten- « nemi ne soit dans la poussière; de là n'engager la lutte « qu'avec un seul ennemi à la fois; n'accepter aucune paix 41 dans le malheur, alors même que le prix de la paix « serait supérieur à celui de la victoire; rester d'autant « plus inébranlables que les revers son^ plus persévérants ; « commencer chaque entreprise avec grandeur, magnani*