INTRODUCTION DU TRADUCTEUR. XXXV
chacun de nous. Et ie mot de Schopenhauer est justiHé. € Chaque être se présente en fait devant nous comme son œuvre propre. Mais on ne comprend pas le langage d 3 la nature, parce qu'il est trop simple (224). » (Voir spécialement le chapitre sur la téléologie des réflexes, p. 494.)
Chaque organisme n'est pas seulement un individu vivant et se conservant par lui-môme, mais une collection d'individus coordonnés, exerçant chacun leurs fonctions spéciales, travaillant en même temps dans l'intérêt de l'ensemble, et se subordonnant aux volontés d'un individu supérieur. C'est ainsi que les ganglions sympathiques, la moelle épinière, les ganglions cérébraux, les hémisphères, ont chacun leur activité distincte. Les ganglions président aux fonctions de la vie végétative; la moelle épinière et la moelle allongée, à la production des mouvements; le cervelet est un centre de coordination pour ces derniers; enfin les ganglions cérébraux et les hémisphères concourent très-diversement à Télaboration de la pensée et de la volonté ronscientes. Les expériences de Bidder sur les grenouilles ont pix)uvé que les ganglions ont une activité propre; celles de Flourens sur des poules, de Voit sur des pigeons, comme celles de Pflûger et d'Auerbach, ont démontré l'indépendance de la moelle épinière vis-à-vis du cerveau. Enfin l'activité autonome des ganglions cérébraux à l'égard des hémisphères ressort évidemment des expériences de Gollz. « Les monstres acéphales, dit à son tour Maudsley, chez qui l'absence de. cei*veau entraîne nécessairement celle de la conscience, exécutent des mouvements avec leurs jambes, et sont même en état d'accomplir des actes trèscompliqués comme de téter et de crier (478). » El M. de Hartmann fait très-justement la remarque suivante : a Les fonctions de la moelle épinière chez les animaux supérieurs produisent la même impression en quelque sorte que les
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actions d'un homme qui a été longtemps esclave d'un maître très-dur, et n'a pu développer librement ses facultés diverses, mais a dû constamment s'appliquer à des travaux tout à fait spéciaux. La moelle épinière des animaux supérieurs est constamment forcée de faire une besogne matérielle pour le cerveau et en a contracté une certaine hébétude... Mais elle témoigne d'une incontestable intelligence dans la sphère laissée à son activité; et, même dans les cas anormaux produits par la maladie, elle s'habitue bien vite à suppléer le cerveau et à se charger des tûches qui exigent plus d'initiative (494). »
« Chacun des centres nerveux est subordonné au centre qui lui est immédiatement supérieur (503;. » Une cellule ganglionnaire du sympathique coordonne les fonctions des divers éléments des tissus de l'organe où elle est placée; les ganglions de la moelle épinière gouvernent, à leur * tour, les fonctions des divers centres organiques de la vie végétative; les centres de la moelle sont dans la dépendance des centres sensoriels; et ceux-ci enfin, soumis au contrôle des hémisphères. Mais c'est surtout dans l'analyse de l'organisme cérébral que M. de Hartmann, s'inspirant des beaux travaux de Wundt et de Maudsley, et mettant à profit les récentes expériences de Ilitzig, de Fritzsch et de Ferrier sur les hémisphères, excelle à mettre en lumière le rôle distinct et indépendant et en même temps la subordination des divers centres de l'encéphale. « En dépit d'une certaine suprématie de l'autorité supérieure, celle-ci est complètement débarrassée des menues fonctions et des détails multiples de la direction ; et le principe de l'initiative gouvernementale est appliqué dans les régions inférieures du pouvoir d'une manière éclatante (533). > Nous ne pouvons mieux faire que renvoyer le lecteur au chapitre si ingénieux sur la coopération et la subordination des cenires nerveux (533).
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Après les considérations qui précèdent, il n'est pas besoin de faire remarquer que, dans l'état présent de la physiologie des nerfs, l'antique problème du Siège de l'âme, qui ne pouvait se poser que par suite» d'une fausse conception métaphysique, ne saurait plus maintenant avoir le moindre fondement physiologique (544). La psychologie physiologiste reconnaît la perception et la volonté et par suite une fmalité inconsciente, c'est-à-dire une activité psychique, là où elle trouve des réflexes; et les réflexes sont produits partout dans l'organisme, par la cellule ganglionnaire, par le cylindre-axe des filets nerveux, par le protoplasma môme de la cellule vivante. L'âme est présente au fond de tous les processus nerveux de la matière ; elle est le principe qui les produit et les dirige : et la conscience n'est qu'une manifestation phénoménale de ce principe, laquelle résulte des processus nei'veux. « L'âme, en général, est partout et nulle part, selon le sens qu'on donne au mot. L'âme individuelle (comme totalité inconsciente et une des fonctions psychiques de l'individu organique et psychique), n'est en soi et pour soi nulle part. Si on la rapporte au phénomène extérieur de l'individu organique et psychique, e!le s^ét^nl ai^si loin que l'organisme. »
Les vues que M. de Hartmann développe dans la 2* partie du 1*^ volume sur l'activité consciente (au sens habituel du mot), c'est-à-dire sur la vie de l'esprit, .ne sont pas moins intéressantes et neuves que celles qui précèdent sur la vie de l'organisme. L'Inconscient que nous trouvions partout présent au fond des processus organiques, nous le rencontrons également dans tous les phénomènes de la vie spirituelle. Dans celte série d'analyses, l'auteur nous fait admirer constamment la sagacité et la pénétration de son sens psychologique.
L'étude des instincts humains, de la coquetterie, de la