Ibid., C, XL
Mme de Slaél n'avait pas plus de peine à montrer que la France, en 1789, n'avait plus de constitution, si même elle en avait jamais eu. Excepté en effet le principe de l'hérédité monarchique, excepté encore la loi salique, il serait difficile de retrouver ce que l'on appelle les lois fondamentales de l'ancienne monarchie. « Cependant, disait Mme de Staël, c'est le droit d'un peuple d'avoir une constitution, et ce droit était reconnu par les partisans mêmes de la monarchie traditionnelle (1). » La révolution, au moins en principe, était donc légitime. A la vérité, ce prétendu droit pour un peuple d'avoir une constitution pourra paraître encore une utopie abstraite, car nous sommes devenus aussi sceptiques en matière de constitution qu'on était confiant et candide en 89. Cependant ce serait ne pas comprendre la question, et opposer un préjugé à un autre, que d'invoquer contre Mme de Staél notre scepticisme actuel à l'éijard de ces « chiffons de papier d qu'on appelle des constitutions écrites. On peut très-bien soutenir, et c'est
1. M. de Monthion, chancelier du comte d'Artois, dans un écrit publié en 179G, Rapport à sa majesté Louis XVI H, commençait pnr déclarer, selon M""* de Staël, que, s'il n'y avait pas de constitution en France, la révolution était justifiée : car tout peuple a droit d'avoir une constitution politique. Seulement cet auteur essayait de prouver, comme M. de Galonné, que la France avait une couotitution ; mais M"' de Staël le réfute très-solidement.
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notre opinion personnelle, que les meilleures constitutions sont celles qui se créent chaque jour par l'usage, par la pratique, par l'expérience, et non par des combinaisons abstraites ; soit; toutefois, pour que ce perfectionnement pratique des constitutions soit possible, il faut évidemment qu'il y ait déjà des institutions préexistantes, les plus simples de toutes, si l'on veut, mais enfin quelques institutions qui puissent se modifier et se développer avec le temps; et, lorsqu'il n'y en a pas du tout, comment voulez-vous qu'elles se perfectionnent? Ceux qui raillent nos dix ou douze constitutions comme des œuvres vaines ont raison, s'il s'agit des théories propres à chacune d'elles; ils ne remarquent cependant pas que, de toutes ces constitutions, il s'est dégagé, par la pratique, un certain nombre de principes durables; par exemple, le droit de voter l'impôt; le principe représentatif, plus ou moins limité, plus ou moins hbre; la séparation des pouvoirs; le droit d'une représentation municipale et départementale, etc. Sans doute l'application de ces principes a pu être, à certaines époques, plus ou moins fictive; il en a été souvent de même en Angleterre, et cependant nous vantons et envions les traditions anglaises. Il faut donc reconnaître que, malgré tant de révolutions, il s'est produit en France depuis
89 quelques germes de traditions politiques; mais en 89 même, ces germes, tels quels, n'existaient pas, et il s'agissait de les faire naître ou de les faire renaître, chose impossible sans une révolution.
Tel était l'ordre d'idées de l'école constitutionnelle; elle répudiait la révolution violente; elle l'abandonnait presque à l'origine, les uns aux journées d'octobre, les autres même au 14 juillet; cependant toute l'école était d'accord pour soutenir que l'ancien régime avait mérité sa chute, et qu'à aucun prix il ne devait être rétabli. Ces principes étaient ceux de toute l'école libérale sous la restauration ; une partie de cette école les poussait beaucoup plus loin. C'était le temps où deux jeunes écrivains, depuis illustres, liés d'amitié, d'opinions, d'études communes, entreprenaient en même temps de nous donner, l'un la vaste épopée, l'autre le précis sévère de notre révolution nationale, MM. Thiers et Mignet, aopartenant tous deux au parti libéral, tous deux alors dans l'ardeur de la jeunesse, et ayant imprimé à leurs histoires, encore aujourd'hui si vivantes, et l'esprit dç leur âge et l'esprit de leur temps.
Ces deux écrivains, à la vérité, mêlent rarement à leurs récits des jugements abstraits et des vues théoriques, et ne paraissent pas aspirer, comme ceux qui les