‹ Philosophie des arts du dessinChapitre 15 sur 31 · PROGRÈS ET DESTINÉE DES ARTS DD DESSIN · texte numérisé non relu

PROGRÈS ET DESTINÉE DES ARTS DD DESSIN

Qu’il me soit permis de consacrer ce chapitre à des considérations d’un ordre tout philoso-

(I) Nous sommes obligé de nous interdire toute excursion sur les artistes vivants et sur leurs productions ; d'abord , parce que ce volume est sur le point de se conclure et que l’espace nous manquerait ; de plus , je craindrais , vivant retiré du centre des arts, de ne pas être placé au point nécessaire pour bien voir. Et enfin , ce travail étant donné comme un livre de théorie et d’enseignement philosophique , il peut lui suffire de toute l'histoire passée jusqu'à nous , afin d’établir quelques principes ; il doit aussi se tenir en garde contre les préventions qui se rencontrent dans l’appréciation détaillée des productions contemporaines.

pliique sur le progrès probable de l’art , sur sa direction, sur sa destinée. D’abord, je voudrais voir si , dans le temps présent et dans l’avenir, l’art, cet ornement de la vie humaine, est destiné au progrès ou au déclin. Ici nous donnerons suite aux développements qui font l’objet de notre second chapitre , et nous désirons que le lecteur se replace sous le point de vue où ce chapitre l’a laissé. Nous avions voulu établir les principes de la psychologie dans son application aux divers éléments de la civilisation et à l’art en particulier. Il y avait , disions-nous, trois facultés primordiales dans l’homme, et c’est de leur accord que devait résulter le progrès des sociétés. Alors, cette question a été examinée théoriquement ; mais il s’agit ici devoir si le progrès est réel, et dans quel sens on peut admettre cette proposition. Nous prenons encore la question plus haut que l'art, dans la civilisation en général; puis , à l’aide d’une induction facile , nous en appliquons le résultat aux beaux-arts (I).

(I) C’est aussi par ce genre de considération que ce livre se joint à celui que nous avons publié précédemment sous le titre de Spiritualisme et Propres social.

DES \RTS DU DESSIN

S’il y a trois facultés essentielles dans l’humanité, il s’ensuit un corollaire que l’on ne saurait contester. Le progrès dans l’humanité est plus ou moins sensible , à mesure que les trois facultés générales se manifestent dans l'histoire d’une manière progressive , régulière, et selon l’ordre que la psychologie assigne à leur développement. Or , je crois que là se montre la loi explicative du progrès , cette loi tant cherchée, et sur laquelle il a été élevé dans notre siècle tant de théories vagues, incertaines , de peu de solidité.

En reprenant à grands traits les époques de l'histoire , je montrerai qu'il y a eu dans chacune de ces époques un progrès sensible par la diffusion des lumières, à mesure que le monde s’est avancé à travers ses phases historiques, la Grèce , Rome , les temps modernes.

A ous savez les voyages d’Anacharsis dans la Grèce de Pe'riclès, dans cette France de l’antiquité , si bien civilisée , si raflinée , si riche en doctrine, si fertile en essais de constitutions

monarchiques, oligarchiques, démocratiques, si hardie dans ses explications de tous les abîmes de l’esprit humain. Il trouve dans Athènes la civilisation la plus avancée qui existât alors dans le monde. C’était le troisième degré de l’échelle psychologique ; le peuple grec est alors à l’état de liberté. Si Anacharsis , quittant la Grèce , eût poursuivi le cours de ses voyages en Occident et en Orient, il aurait trouvé avec toutes leurs gradations les deux autres états de la société , ceux qui représentent la sensibilité avant l’intelligence, et la manifestation de l’esprit de progrès par la liberté. D’un côté , il se serait heurté contre la barbarie sensitive que recélèrent pendant tant de siècles les profondes forêts de la Gaule et de la Germanie. De l’autre côté, le voyageur aurait pénétré dans les vastes empires de la Perse, de l’Inde , de la Chine, qui représentent dans l’humanité l’esprit intelligent , esprit immuable et sans progrès , parce que , s’il a franchi la limite resserrée de la barbarie ou de l’esprit sensible , il n’est point entré dans la grande évolution de l’esprit libre , dont les

états helléniques ont été les promoteurs dans l’antiquité. Donc , sous l’époque grecque , le monde était en progrès par rapport à ce qu’il était sur le pur Orient.

Supposez maintenant qu’un autre Anachar* sis, quelques siècles plus tard , fût arrivé dans Rome , centre de l’univers , en qui était venu se fondre et s’absorber tout ce que la Grèce possédait de vie , d’énergie , de splendeur : le voyageur aurait reconnu dans Rome le plus haut sommet de l’ancien monde ; cette héritière de la Grèce lui aurait présenté tous les éléments qui se rapportent aux trois facultés génératrices. D’abord, l’esprit libre de la Grèce existait dans cette énergie patriotique qui , du moins avant sa décadence , faisait du Romain le type du mouvement et du triomphe impérissable par l’arme de la liberté. L’esprit intelligent se montrait , à Rome , dans la puissance monumentale qui lui imprimait tant de ressemblance avec les antiques et célèbres métropoles de l’Orient. Enfin , l’esprit sensitif ou barbare était la couche primitive de l’élément romain, c’était le lit de barbarie originelle , sur lequel

coulait , en le laissant voir , le flot brillant de la civilisation romaine. Alors toutefois , au temps de l’empire , Rome était à son époque de déclin, parce que l’étoile de sa liberté avait disparu.

Mais le voyageur que nous supposons vient de franchir les barrières impériales, et il a trouvé dans le reste du monde les deux degrés inférieurs de la civilisation. Il y avait encore , aux extrémités est et sud de l’Asie , la Chine et l’Inde , deux autres monarchies inconnues à Rome , et qui n’avaient pas subi le fatal niveau de l’empire occidental. Là , on voit le règne de la pensée immuable , de la pensée méditative , des castes immobiles , de la philosophie , de l’art gigantesque et monumental. Puis , à l’occident septentrional de l’empire , si l’on passait l’Imaüs , le Danube, le Volga, la grande muraille d’Adrien , on trouvait la civilisation première , ensevelie dans son berceau de naissance, dans les steppes et dans les forêts qui devaient encore laisser écouler de longs siècles sans recevoir le rayon civilisateur.

Toutefois, bien qu’aux temps de l’empire

romain , le monde reproduise des éléments analogues à ceux des temps anterieurs , il y a eu un progrès très-réel , parce que , grâce au génie qui civilise par la conquête, à ce génie divin dont tour à tour l’Orient et l’Occident ont reçu l’influence , dont Babylone , Persépolis , Athènes , Rome, ont été les instruments providentiels ; oui , grâce à ce génie inconnu de ceux même qui l’avaient reçu , le cercle de la lumière a été élargi de proche en proche, plus de surface a été éclairée; et à peine deux siècles se sont écoulés, que déjà Rome a transformé en civilisation romaine la rudesse primitive des Ibères, des Gaulois, des Germains , qui , depuis l’origine des temps , n’avaient pas tenté un seul mouvement progressif au sein de leurs forêts éternelles comme le monde. Donc, sous l’époque romaine, le monde était en progrès par rapport à ce qu’il était sous la domination grecque.

Je vais encore développer cette idée d’une manière plus claire.

Prenez trois grandes cités antiques, Babylone , Athènes , Rome , et voyez quel a été

le monde aux quatre grandes époques que ces cités représentent. Au temps de Babylone et de Memphis, cherchez la civilisation, c’est-àdire , des citoyens ayant des moeurs , des religions , des arts , au-delà des murs de quelques cités de l’Égypte et de la Chaldée. Non, le l’este de l’univers, c'était la forêt sans bornes , la savane illimitée qui couvrit la terre après que se furent retirées les eaux du déluge. Quelques siècles plus tard, au temps de la ville de Périclès , la civilisation orientale s’est propagée ; elle règne en Grèce, elle prélude en Italie, et le reste du monde attend encore dans ses déserts et sous sa barbarie originelle. Enfin, Rome s’élève, Rome est la maîtresse par sa liberté; son influence a reculé et comme agrandi le rayon civilisateur. Mais, même au temps de l’empire , qu’était-ce encore que ce monde des citoyens romains auprès de la foule des peuples qui n’étaient point sortis des degrés antérieurs par lesquels passe la société pour arriver au sommet de la civilisation? Rome avait fait la conquête éphémère de la Perse ; mais, par-delà l’empire de Cyrus, par-delà cette

barrière infranchissable aux armées romaines , il y avait les hordes tartares qui s’étendent encore jusqu’aux murailles de l’empire du Milieu. Elle avait conquis et civilisé la Gaule ; mais , par-delà la barrière du Rhin , la forêt vierge couvrait encore la Germanie la barrière septentrionale se prolongeait immense dans la double race primitive des Scandinaves et des Esclavons. La lumière civilisatrice a donc été dans un état de croissance continue dans l’antiquité. Que sera-ce si nous considérons ce mouvement dans les temps modernes ?

Jetez donc les yeux sur le jcoît/zoî des Grecs , puis vous ferez le tour de Vorbis romdnus , tel qu’il est exploré et décrit dans les traités de Ptolémée et de Strabon. Après cela, vous jetterez les yeux sur une mappemonde du xix* siècle : quel sera le résultat de ce triple regard porté sur trois époques du monde ? Vous ne nierez pas d’abord que la civilisation romaine n’ait laissé sur la terre une empreinte beaucoup plus étendue que n’a pu le faire la civilisation hellénique. Mais laissons écouler dix-huit siècles, mourir le monde ancien , se lever, puis

s’éteindre le crépuscule du moyen-âge ; laissons passer les hordes du Nord qui sont venues briser l’empire romain , et recevoir devant la lumière chrétienne la transfiguration civilisatrice qu’elles reporteront ensuite dans leurs régions boréales ; laissons ce grand travail s’opérer, et transportons-nous au temps oii nous vivons, à ce temps d’une civilisation dont l’analogie est évidente avec celle de l'Europe : qui pourrait comparer notre époque à l’époque romaine? Maintenant que le globe de la terre, cette surface plane selon les anciens, a été complètement exploré et tourné dans toutes ses dimensions par les entreprises hardies des navigateurs ; maintenant que la civilisation moderne , uniforme dans ses traits généraux , possède des racines tellement vigoureuses que déjà on peut dire qu’elle a couvert en étendue, dans les deux continents, une surface trois fois grande comme l’empire romain ; et que cet arbre merveilleux , après avoir consumé tant de siècles à l’oeuvre de sa croissance tardive, répand une ombre protectrice sous laquelle toutes les nations du

monde seront tour à tour conviées à venir s’asseoir... qui peut nier que le monde actuel ne soit en progrès sur celui de l’antiquité?

Ainsi, à part du voile mystique sous lequel on convertit en dogme ténébreux une vérité tres-simple et très-claire , savoir que les états comme les individus doivent tendre à leur perfectionnement, quoiqu’ils ne puissent jamais atteindre la perfection , il est facile de reconnaître , par la seule inspection de la mappemonde comparative, que si tous les éléments se reproduisent, ce n’est pas aune égale intensité; au contraire , à mesure qu’on avance sur l’échelle du temps, la partie civilisée gagne du terrain sur la partie obscure ; et , pour ramener notre observation à la formule métaphysique qui est le fondement de cette théorie , on trouve que la sensibilité barbare se retire, soit devant la civilisation orientale dont le type est l’exercice de la pensée sérieuse ou de l’intelligence , soit devant la liberté, faculté du mouvement, qui est la condition réelle du progrès , parce que c’est elle qui suscite l’action , la force, la vertu.

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Oui , elle est vaste sur le globe , la surface autrefois barbare qui a reçu la clarté. Si les déserts de l’Afrique sont restés , comme aux temps originels, l’asile des bêtes féroces et de hordes non moins redoutables ; si les steppes de l’Asie centrale sont demeurés le champ vaste et stérile du nomade Tartare , du moins à l’Occident et au Nord , et dans notre Europe entière, le niveau civilisateur tend à s’établir dans un juste équilibre , depuis le Tage jusqu’au Volga , depuis les clochers de l’Escurial jusqu’aux dômes relevés du Kremlin. Que serace si vous considérez l’Amérique , cette double Amérique européenne, terre vierge et nouvelle par ses lois , par ses moeurs , par sa liberté conquise? Croyez-le donc, la civilisation a désormais couru une route dont elle peut bien s’applaudir ; et la pierre de Sysiphe , qui toujours retombait , peut enfin reposer sur la partie avancée du rocher, avant d’être portée plus haut par de nouveaux efforts.

Et c’est là le fait important et générateur qui doit résulter de l’étude consciencieuse de l’histoire , pour celui qui subordonne les faits

de détail à une synthèse haute et pénétrante. C’est que dans cette lutte perpétuelle entre les lumières et les ténèbres , entre la civilisation et la barbarie , lutte cruelle et sanglante qui est le fond sur lequel se débat notre humaine mortalité , il y a toujours eu sur cette carte , progressive malgré les spirales et les retours , victoire de la lumière sur l’obscurité , de la force libre sur l’élément purement intelligent ou sur l’élément barbare qui règne lk où règne la pure sensibilité. Ce serait enfin un sophisme vain et routinier de s’en tenir à cet axiome si souvent répété , que la civilisation , comme les Ilots de la mer , ne se propage qu’à la condition de laisser encore plus de rivage que n’en conquiert chaque siècle de sa durée.

Je crois avoir démontré deux vérités , l’une de philosophie, l’autre d’histoire, dans cette rapide dissertation. 1“ Tout dans l’homme historique , c’est-à-dire intérieur et extérieur, se borne aux manifestations d’un triple esprit ou de trois facultés, lesquelles se déploient simultanément et uniformes au fond , malgré les différences spéciales, à chaque époque de l’his»

toire universelle , parce que l’homme ne saurait changer sa nature ; mais comme aussi ces facultés sont limitées , il s’ensuit que le progrès est relatif, et qu’il faut écarter de sa pensée la chimère du progrès indéfini. 2° Envisageant la question du progrès , sans les ténébreuses ou mystiques exagérations qui la défigurent, nous démontrons sa réalité, puisque toujours les sociétés civilisées ont gagné du terrain sur la barbarie , en ce qui regarde l’accroissement successif de chacune des trois facultés qui sont tout l’homme. Ainsi la civilisation s’est constamment avancée, et une simple vue géographique peut montrer cpie si elle a paru rétrograder dans certains pays , elle s’étendait d’un autre côté et gagnait beaucoup plus de terrain quelle ne s’en laissait arracher.

Resterait la question de savoir si le progrès , en passant d’époque en époque , a crû en intensité autant qu'en étendue géographique. Le seul fait de la propagation du christianisme répond affirmativement sur la supériorité des temps modernes à l’égard des temps anciens. Et (puant

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à l'avenir de l'humanité , que puis-je en dire? Toutefois, c’est une douce et consolante pensée que celle qui, se confiant dans le triomphe de la philosophie spiritualiste, et dans son alliance avec la religion du Christ, de plus en plus ramenée à la pureté de son berceau , espère un jour lointain, le jour d’une république universelle , dans laquelle il n’y aura plus qu’un seul peuple et un seul pasteur. Le secret de l’avenir ne serait-il qu’un rêve ?

Or , maintenant appliquez à l’art , notre objet , cet ordre de considération , et vous reconnaîtrez combien de nations dans le monde ont reçu sa lumière civilisatrice ; et , satisfait que cette lumière gagne ainsi en diffusion dans l’humanité, vous espérerez que ce ne sera pas seulement en diffusion, mais en grandeur, en procédés nouveaux, en réelle supériorité. Toutefois, comme je n’ai point l’intention de jeter ici de vagues et d’incertaines théories ( tâche maintenant si facile ) , qui ne servent qu’à éblouir au détriment de la science et du véritable progrès , je veux terminer cet ouvrage en donnant quelques conseils aux jeunes ar-

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tistes, afin qu’ils ne se laissent pas fasciner par l’abus de théories sur le progrès , funestes au développement sérieux et pratique de l’art , et qu’ils se livrent à l’imitation des modèles et à l’étude du beau dont les traditions nous sont venues de l’antiquité. Puis, j’essaierai de pressentir quel pourra être l’avenir de l’art, quand le moment sera venu pour lui de suivre une direction qui ne sera aucune de celles qu’il a jusqu’à présent parcourues.

A quoi bon se faire , sur la destinée de l’art , des illusions mensongères , se payer de vains mots et de contemplations stériles ? Ne croyez pas que jamais l’art doive suivre des procédés qui n’aient pas été connus : le cercle de l’art, qui est celui de l’imagination , est tracé. Combien de voies différentes n’a-t-il pas suivies ! Combien de tours et de retours à travers des sentiers mille fois battus ! C’est une vérité qui n’est pas assez répétée ; on parle beaucoup des destinées de l’art , on préétablit ses rapports

avec la civilisation , cela est bien ; mais une chose aussi ne doit pas être mise en oubli , je veux dire ce qui concerne la réalité , le positif même de l’art. Sans doute , dans l’art comme dans la civilisation de l’avenir , il y aura des combinaisons qui ne seront point identiques à ce qui s’est vu dans le passé, mais les éléments seront toujours les mêmes ; variés dans leurs détails , ils se reproduiront pour le fond avec une constante uniformité. Car enfin l’humanité est faite; elle a couru par bien des phases; elle repassera , soyez-en sûr.

Or , placez-vous à chacune des stations où elle s’est reposée; embrassez tout l’espace d’un regard , et il vous sera possible de construire , à priori , la synthèse ou la loi générale de l’histoire. Énumérez quelques idées , laissez-les tomber sans choix, revêtues de leurs mots retentissants : théocratie , monarchie , aristocratie, gloire , patriotisme , liberté; eh bien ! vous avez Là toutes les lois qui vous représentent la scène pourtant si mobile , la marche pourtant si active de l’humanité ; vous avez le passé , le présent , et , quelles que puissent

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être les nuances Inconnues , vous avez aussi l’avenir.

Le sage disait : Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Et nous , grâces à l’expe'rience des trois mille ans e'coule's depuis la parole de Salomon , nous pouvons bien convertir ce présent dans le temps à venir , et dire : Qu’y aura-t-il de nouveau sous le soleil ? Les progrès seront grands sans doute, ils l’ont bien été jusqu’ici ; mais la matière de la civilisation , ce sera toujours l’homme , dans son corps et dans son âme , l’homme imparfait , malheureux , flottant entre ses misères , scs vices et ses fragiles vertus. Et ne vous y trompez pas, cette considération n’est pas décourageante , elle est la preuve du progrès auquel sont parvenues les générations modernes. N’est-ce pas une grande chose pour un monde que d’avoir assez vécu et d’être assez éclairé pour se placer sur la montagne , de là embrasser tout l’horizon , nonseulement réel , mais possible , et , quel que soit l’infini devant ses regards , de voir que , comme les dieux d’Homère , l’esprit avec trois pas peut mesurer l’univers !

Maintenant il y a dans la sphère de l’art, aussi bien que dans celle de la civilisation , un petit nombre de mots dont la portée ge'nérale est absolue, et dont cet art ne saurait jamais sortir. Unité et variété , grandeur et élégance , imitation et idéal ; par-dessus tout , symbolisme , ou l'eproduction du monde intelligible par les procédés extérieurs , tout est là. Ni les fantaisies de la pensée , ni la variété des idiomes, ne sauraient rien retrancher , rien ajouter à ces règles absolues. Puis, l'instrument de l’art, ce sera toujours , après tout , le pinceau , le ciseau , l’équerre ; ce sera l’art qui s’enseigne à l’enfant dans les premiers linéaments de la figure humaine , et que le génie ensuite développe et fertilise. Et , quelles que soient dans la nature les combinaisons auxquelles les règles soient assujéties, le résultat d’une saine philosophie sera toujours d’établir qu’elles sont immuables et ne sauraient être altérées.

Nous sommes, dit-on, dans une époque de transition ; nous cherchons notre voie sur le chemin de l’avenir. Eh bien ! s’il en est ainsi , si le moment n’est pas encore venu d’une défini-

tive introduction dans l’état auquel on aspire , il faut donc aussi que l’art se repose , qu’il attende le jour qui doit porter la société et l’art , nobles compatriotes , dans des régions où ils ne sont pas encore parvenus. Ce souffle inconnu viendra sans qu’ils s’y attendent ; mais alors , heureux l’un et l’autre , s’ils se sont préparés à ce changement ! Ce sera , n’en doutons pas , par la pratique du beau , par la mise en œuvre des principes à l’aide desquels l’expérience a montré que pouvait se réaliser la beauté immortelle des arts.

C’est pourquoi il me semble que dans cet état d’incertitude et de transition , quand l’humanité flottante cherche , dit-on , son symbole, le signe de sa pensée, de sa vie, le centre de son action , il me semble qu’alors nulle époque de l’art ne mérite mieux d’être reproduite, du moins dans sa tendance générale, que l’époque grecque.

En effet , prenez tour à tour les autres époques , tâchez de saisir leur idéal , le point de vue qui les fait être des époques distinctes , fixes dans le domaine de l’art; toujours vous

trouverez que chacune de ces époques , frappée du symbolisme le plus prononcé, représente une idée tout-à-fait spéciale , qui ne se retrouve jamais la même dans les époques qui ont précédé ou dans celles qui ont suivi. Ainsi la pyramide égyptienne, le sphinx accroupi , les peintures du temple de Memphis , représentent la pensée morne du néant et de l’infini. Les aqueducs et les vastes amphithéâtres étaient admirables pour figurer l’idée de la puissance impériale, souveraine et dominant l’univers. La cathédrale du moyen-âge c’était encore l’infini, mais l’infini religieux développé dans l’intérieur de l’âme, comme au fond d’un sanctuaire où se passe la fête de la Vérité. L’art de la renaissance, le château sculpté et ciselé, comme Anet , Gaillon , Bonnivet , représente avec fidélité l’enjouement nouveau-venu , la grâce extérieure et frivole du siècle de François I er . Enfin, en considérant ces diverses phases organiques de l’humanité, on trouve comme une loi constante qu’aussitôt que le caractère moral de ces époques venait à passer, il ne restait plus rien de ce qui faisait leur caractère artistique. Aus-

sitôt disparaissait comme par un souffle léger toute individualité' dans l’art ; il fallait que l’époque suivante cherchât à son tour, ou plutôt trouvât sans la chercher , une autre direction vers la pratique de ce beau dont la forme varie autant que le fond en est immuable. C’est pourquoi aucune de ces époques ne saurait être posée comme devant fournir une règle à l’imitation des artistes , dans l’époque où nous vivons.

On ne saurait dire la même chose de l’art grec, tel qu’il a été conçu et réalisé dans cette époque unique de l’histoire. En même temps qu’il exprime merveilleusement l’état de la pensée et de la civilisation du peuple grec, cet art lui seul est de tous les temps, de tous les pays. Le symbolisme qu’il recèle est beaucoup moins individuel que celui qui préside à l’art des autres époques. Son levier c’est la reproduction la plus générale et la plus haute de la nature de l'homme; or, cette nature primordiale, étant toujours et partout la même , subsiste à travers les mille diversités que les temps et les pays introduisent dans les éléments de chaque

civilisation. L’art grec est donc celui qui correspond à un état de société très-avancé , mais peu individuel, et habile surtout à exprimer ce qui ne change pas , ce qui est primitif et immuable , ce qui est type dans la nature et dans l'humanité. Voilà pourquoi cet art n’est jamais étranger , et pourquoi il est toujours et partout aisément compris.

Sans doute, sinon plus beau, du moins plus touchant, plus parfait comme expression, est l’art des époques naïves , que j 'appellerai spontanées , et qui ne sont pas, comme la nôtre, des époques de transition et de réflexion : par exemple., l’art des pyramides, des cathédrales, des arcs de triomphe. Mais , comme je viens de le dire, c’est l’art des époques de pure conscience; leur spontanéité fait leur vertu : qu’elles passent à l'état de réflexion , et elles ne sont plus rien. Or, si nous sommes, nous, dans l’âge de la réflexion, nous ne pouvons donc aspirer à réaliser dans notre art aucun de ces types originaux qui ne puisent rien que dans leurs propres trésors.

Avez-vous vu , dites-moi , que les siècles ,

que les nations pussent se donner à loisir cette bonne nature exquise et primitive qui est celle des e'poques les plus naïves de la vie humaine ? Si vous le croyez , détrompez-vous ; la spontanéité est une fleur qui perd son parfum dès qu’elle devient un fruit. Les trésors de ce monde sont variés , successifs ; l'octroi d’un présent de la Providence ne se fait guère que moyennant l’exclusion d’un autre de ses dons. C’est pourquoi l’art des époques spontanées est beau , est touchant ; mais il n’a pas les éléments du beau pur , inaltérable , qui ne se rencontre qu’aux époques de réflexion.

Oui , nous sommes dans un âge de réflexion , et , après tout , beaucoup d’avantages sont attachés à ce degré de la vie des sociétés. On n’y parvient, comme s’exprime Ballanche, qu’à force d’initiations sanglantes et cruelles* Et , quand on est parvenu là , il faut garder sa position , plutôt que de chercher les hasards d’une spontanéité qui ne s’obtiendrait qu’à la condition de repasser , comme au v* siècle de notre ère , par les commencements mêmes de la société , par la barbarie.

UES ARTS DU DESSUS

Si, en effet, vous vouliez obtenir le bienfait d’une renaissance intégrale dans la société comme dans l’art , il vous faudrait recourir au cercle inflexible de Vico. Nul ne pourrait fixer un terme au douloureux et long enfantement de l’avenir. Et nous, génération d’aujourd’hui, si fiers de nos connaissances , de nos lumières , de nos arts , il nous faudrait tout oublier et retomber nécessairement dans une complète ruine , soit sous la coupe réglée de quelque peuplade échappée aux barrières du Nord ou de l’Orient , soit sous l’effort de nos propres dissensions. Il faudrait croire que tous les éléments de notre civilisation , réduits au néant , tomberont au niveau de l’état sauvage , afin de sortir , métal épuré , de la fournaise ardente , pour arriver à cet avenir, qui sera la pause définitive , la lumière qui ne connaîtra plus de déclin. Ecartons loin de nous, contemplateurs, ces chimères cruelles qui , à une époque déjà reculée , ont failli se convertir en dévorante application. Il ne sera pas nécessaire que le phénix meure, qu’il sorte de ses cendres brûlantes, qu’il étende ses ailes et les porte splen-

tlides dans l’azur, au feu du soleil divin. L’oiseau sacre’ ne sera pas obligé de jaillir au jour en échappant à la flamme du bûcher. Nous entrerons de plain-pied dans la terre promise de la civilisation.

C’est pourquoi , hâtons-nous donc de ramener ces considérations au point de vue qui nous occupe, et, croyons-le bien, s’il doit y avoir pour l’art un avenir, ce sera un avenir progressif. Nous procéderons dans le présent , non par conscience , mais par réflexion ; non par la barbarie , mais par le niveau élevé sur lequel nous sommes. Nous ne chercherons point les effets naïfs, introuvables, des époques spontanées ; car , lorsqu'on s’épuise à chercher sur un terrain qui n’est pas donné et qui n’est qu’entrevu , on ne trouve pas , on perd les biens que l’on possédait. Un exemple emprunté à un monument qui s’achève sous nos yeux, et qui est l’objet de nombreuses réclamations, fera comprendre toute ma pensée.

Je sais tout ce qui peut être allégué contre l’église de la Madeleine, ce beau temple grec élevé à la religion du Christ dans le quartier populeux où la cité déploie son luxe et fait entendre ses voix bruyantes. Tout ce que l’on dit est vrai dans le sens absolu, mais non dans l’ordre relatif. Aulieude ce magnifique péristyle, de ces proportions si parfaites , de cette grâce sans pareille qui est le propre du style grec , vous auriez voulu voir se déployer là le gothique flamboyant d’une cathédrale du xni° siècle.

Mais, voyez-vous, le temps n’y est plus; cet art d’alors fut une merveille; l’empreinte du siècle qui le vit naître fit sa gloire; mais cet art, ce siècle, ces idées ont passé fugitives sous la roue rapide du temps. Il n’est pas plus possible de refaire une cathédrale gothique, que de reconstruire le moyen-âge , ses donjons , ses tourelles, sa chevalerie, sa féodalité. Un vide est resté sans doute , vide immense que l’avenir comblera ; mais , en attendant que cet avenir se lève et demande place, comblez le vide en y plaçant le beau : or , la Bourse et la Madeleine, c’est le grec , c’est le beau. Il y a là du spiri-

lualisme , de la grandeur , de la pureté. Il est vrai qu’il y a moins de symbolisme ; mais , de bonne foi , quelle idée avez-vous qui se montre et soit impatiente de se faire jour sous une forme qui soit à elle et l’exprime? Le jour que cette idée apparaîtra comme l’étoile du soir , alors nous verrons, et du moins vous serez préparés à sa bienvenue par la pratique et la contemplation constante du beau.

Je dirais volontiers à tant d’imaginations exaltées ou prévenues (I ) : Attendez , artistes , suspendez vos contemplations. Vous êtes ici sur une plate-forme assez élevée qui doit, selon toute apparence, user mainte génération. Le jour n’est pas venu de l’évolution obscure , lointaine , que les théories nous font espérer pour un avenir plus prochain. Mais, croyezmoi , les arts de l’avenir seront , comme les institutions de l’avenir, fondés sur des faits positifs , sur des études , des travaux , des règles reconnues et avouées. Enfermez-vous donc

(I) I.e fond de ce développement a fait l'objet d’un discours prononcé à une distribution de prix d’une école municipale de dessin , au nom d’une société savante.

dans le recueillement de l’atelier ; soyez peintre , statuaire , architecte , par tous d’abord , mais aussi par la vertu des modèles qui vous ont précédés. Alors, soyez-en certains, quand l’heure viendra , si l’heure vient pour vous, de consacrer votre art aux destinées de la patrie , vous serez artistes , et la faveur du ciel ne vous manquera pas , quand les ailes vous croîtront et qu’il vous faudra suivre dans son vol le génie grandissant de l’humanité.

Ainsi donc, malgré les raisons que j’ai données pour engager à suivre l’école grecque comme voie de transition, à Dieu rte plaise que je veuille enfermer l’avenir dans cette voie, et lui interdire le développement qui lui appartient , comme expression variable de la société. Que l’on ne se méprenne pas sur ma pensée. Laissons faire le temps , et il y aura une nouvelle renaissance ; mais retenons-le bien elle ne saurait avoir lieu que par l’accord des trois facultés qui sont l’homme , et dont j’ai marqué dans le chapitre précédent les éléments artistiques et les procédés.

Ensuite , il ne faut pas oublier que l’art ne

saurait être borné à un seul objet , et que cependant il n’est point illimité. Après tout , il y aura toujours trois branches de son application : les sujets sacrés , mythologiques , historiques. L’art moderne tourne sur ces trois points , il ne sera pas facile de le déshériter de l’un des rayons de ce triangle. C’est pourquoi il faudra que le pinceau de l’artiste soit ou chrétien, ou grec, ou national. Pour l’une ou pour l’autre de ces trois directions, il a à suivre une marche arrêtée et bien connue. Pour la première, il recherchera avec exactitude le peu qui existe de types dans les peintures hellénochrétiennes des catacombes , perpétués à travers les obscurités du moyen-âge jusqu’à leur transfiguration dans Raphaël, avant de s’altérer et de tendre à disparaître dans l'éclectisme des Carraches, et dans le gallo-hellénisme de François 1 er . Pour la seconde , car jamais on n’obtiendra des artistes qu’ils s’interdisent cette source abondante du beau plastique , il faudra bien s’attacher à l’art grec , en faire l’objet de sa perpétuelle imitation. Enfin , quant à ce qui concerne les sujets populaires , c'est là

qu'apparaîtra l’élément tout-à-fait moderne , toutes les richesses que l’histoire de l’art possède dans ses souvenirs , tout ce que l’avenir promet , et dont l’art ne saurait abdiquer l’espérance sans être infidèle à la loi qu’il a toujours suivie d’être l’expression constante de la société.

Sous ce dernier rapport , s’il est vrai de dire que l'idée de la liberté est la bannière dirigeante de cette époque , ce sera donc pour être l'expression delà liberté, que l’art un jour, dans un avenir plus ou moins rapproché , devra trouver une voie nouvelle , et apparaître avec un caractère qui ne sera point celui des âges précédents. Pour cela , il recueillera tous les éléments qui ont fait ou qui font encore sa richesse matérielle , afin de les spiritualiser par la hauteur de leur destination. Il ira susciter les procédés évanouis, tels que l'encaustique, la mosaïque , l’émail , les vitraux ; à ces industries du passé il joindra celles du présent. On ne sait jusqu’à quel point les prodiges de la perspective , qui se montrent dans les dioramas et les panoramas , pourront se multiplier et

s’agrandir pour l’exaltation des scènes que l’art peut être appelé à produire un jour. Ainsi , et à raison de ce point de vue, les écoles excentriques du progrès social , qui ont eu plus ou moins de retentissement dans ces dernières années , ont répandu sur l’avenir de l’art des idées grandes , et qui , réduites à des proportions plus humaines , pourront bien fructifier plus tard.

Mais en général on a le tort , dans les théories , de ne pas voir assez que l’art embrasse divers objets, lesquels exigent des procédés différents. On établit des doctrines absolues , comme si cet art devait se borner à un seul ordre de reproductions. Ne limitons pas le champ déjà si borné du développement artistique et de la puissance de l’homme ; laissonsle aussi grand que le veut l’exercice de nos facultés ; et n’oublions pas que si le génie se rencontre là où l’une de nos facultés a pris le dessus sur les autres , c’est à la condition que les deux autres ne seront pas absentes de l’œuvre de l’art , qu’elles se prêteront appui mutuellement , sachant bien que nul effet ne

saurait être produit , si lune des facultés du génie aspire à réaliser le beau sans le concours de ses nobles soeurs , en demeurant isolée et livrée à sa seule vertu. Que serait en effet , que ferait la liberté dans le monde de l’art, comme dans celui de la nature et dans celui de la morale , si son œuvre devait aspirer à quelque grandeur , sans être attendrie , sanctifiée par l'amour , et divinisée par 1 intelligence ?

Une dernière réflexion que nous devons faire en terminant, c’est que, si 1 art reçoit dans son cercle général une immense diffusion, il faudra néanmoins qu’il ait un point central de sa direction et de ses efforts. Or , ce point central , n’en doutons pas , ce sera notre pays. 11 y a parmi nous assez d’éléments présents pour faire bien espérer de l’avenir. Et certes il est beau de penser que notre patrie , à qui appartient à si bon droit le privilège de marcher en tête de la civilisation , conserve encore une juste prééminence dans la carrière des lettres et des arts. Voyez ce qui se passe dans 1 Europe entière. Le soleil italien est toujours aussi pur , mais il a cessé de faire mûrir les fruits du génie. .

Depuis la lumière jetée sur l’horizon des arts par son immortel seizième siècle , la noble Italie dort ensevelie dans sa gloire ; elle pense que le monde n’a rien à lui redemander après les merveilles qui peuplent son Vatican. En Angleterre , où le tableau de genre et d'intérieur est si parlait pour l’intention et la grâce, il y a bien aussi un peintre qui sait produire des scènes d’histoire où se déploient la majesté biblique et la splendeur de l’Orient ; mais des connaisseurs éclairés , qui ont vu les tableaux de John Martin aux dernières expositions de Paris , vous diront que , dans ses peintures , tout est jet , énergie , mouvement , et que la beauté de l’exécution, le fini du dessin, la précision de la couleur , répondent rarement à l’ardente pensée qui les inspira. On dit qu’en ce moment , dans une ville de l’Allemagne , à Munich , il s’est ouvert un lumineux foyer de philosophie , de littérature et d’art ; une école de peinture , mue par le vif sentiment de la foi chrétienne , se signale par des oeuvres choisies, mais dont les traditions sont empruntées, non pas à l’Italien Raphaël , à l’Espagnol Ri-

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beira , à l'Allemand Albert Durer , mais à l’époque ante'rieure , au temps plus recule' qui précéda la renaissance des arts. Alors la peinture , naïve et essayant ses ailes , renaissait dans les œuvres virginales , rayonnantes et couronnées de l’auréole d’or , mais roides et sans mouvement , des Giotto et des Cimabué.

Et enfin , cette peinture de Munich , si elle existe comme on le dit , aura le désavantage dont je parlais tout à l’heure ; elle n’est point dans le large chemin du beau , elle repasse par les sentiers de l’exception. Or , il n’est pas donné à la mode éphémère de rendre la vie à une nature d’art qui a dû son succès à la spontanéité du souffle qui la fit naître , et qui dans son premier temps fut un progrès , et non comme aujourd’hui un retour.

Nous apprécierons ce qu’il y a de mérite dans notre école française, telle qu’elle se montre par ses meilleurs ouvrages dans les expositions. De nos jours, la critique est trop facile et trop prompte ; trop souvent elle ressemble au dénigrement , cette arme furtive de l’impuissance. L’école française n’est pas dans

une mauvaise voie; elle n’a pas abjure' le spiritualisme et le goût antique , non plus que le caractère historique que luiavaient inspiré les grands artistes du commencement de ce siècle.

C’est pourquoi nous nous applaudirons encore en voyant l’état ou sont demeurés les arts parmi nous. Ce point de vue est noble , il est celui qu’il convient de présenter aux jeunes artistes. Le double amour de la patrie et de l’art trouve son profit ; et en attendant, comme nous l'espérons, que quelque chose d’inconnu , de nouveau, se manifeste dans notre peinture, nous serons heureux de penser que toujours la France occupera le premier rang dans la sphère des arts et dans celle de la civilisation.

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