‹ Philosophie et littératureChapitre 12 sur 12 · LE CHŒUR · texte numérisé non relu

LE CHŒUR

Dieu de Sion, rappelle, Rappelle en sa faveur tes antiques bontés !

La symphonie recommence encore; et Joad, un moment après, l'interrompt.

JOAD

Quelle Jérusalem nouvelle Sort du fond du désert, brillante de clartés, Et porte sur le front une marque immortelle?

Peuples de la terre, chantez :

Jérusalem renaît plus charmante et plus belle !

D'où lui viennent de tous côtés Ces enfants qu'en son sein elle n'a point portés? Lève, Jérusalem, lève ta tête altière ; Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés; Les rois des nations, devant toi prosternés,

De tes pieds baisent la poussière; Les peuples à l'envi marchent à ta lumière. Heureux qui pour Sion d'une sainte ferveur

Sentira son âme embrasée!

Cieux, répandez votre rosée.

Et que la terre enfante son Sauveur!

« ATHALIE » 3f I

L'acte finit au milieu du chant des chœurs agités de terreur et d'espérance. L'inspiration d'en haut est restée sur la scène avec l'esprit et la voix de Talma.

La plus belle scène du quatrième acte est celle où le grand prêtre, avant de couronner Joas dans le Temple, sonde l'esprit de l'enfant, et lui enseigne,dans un langage bien hardi devant Louis XIV, les devoirs des rois devant Dieu et devant leur peuple. Ici, c'est l'esprit de vérité et de liberté qui soulève le poète, et qui lui fait braver le despotisme d'un prince égoïste et impérieux. Nous pensons que cette scène fut pour davantage dans la rancune cachée de Louis XIV et dans la mort de Racine que son obscur Mémoire sur quelques vices de l'administration, écrit par lui pour com* plaire à M°^^ de Main tenon.

Jugez-en!

O mon fils ! de ce nom j'ose encor vous nommer : Souffrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes.

3f2 PHILOSOPHIE ET LITTÉRATURE

Loin du trône nourri, de ce fatal honneur, Hélas! vous ignorez le charme empoisonneur; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse. Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois, Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné ; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime. Ainsi, de piège en piège et d'abîme en abîme, Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté. Ils vous feront enfin haïr la vérité, Vous peindront la vertu sous une affreuse image : Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage. Promettez sur ce livre, et devant ces témoins, Que Dieu sera toujours le premier de vos soins ; Que sévère aux méchants et des bons le refuge. Entre le pauvre et vous vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin. Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin.

Après ces paroles, il proclame Joas roi dans un sublime discours aux lévites.

Le chœur se mêle à un transport des deux tribus.

UNE VOIX, seule.

Triste reste de nos rois.

Chère et dernière fleur d'une tige si belle. Hélas ! sous le couteau d'une mère cruelle Te verrons-nous tomber une seconde fois!

RACINE «ATHALIE» 3f3

Prince aimable, dis-nous si quelque ange, au berceau, Contre tes assassins prit soin de te défendre;

Ou si, dans la nuit du tombeau, La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre?

Tout finit au milieu des larmes des femmes, des frissons des enfants, des acclamations des lévites. Le nœud se resserre, et Dieu seul peut le dénouer. L'intervention divine apparaît au cinquième acte par un miracle de zèle dans Joad, de fidélité dans les tribus de Juda et de Benjamin.

Au moment où l'enfant, placé sur son trône, est salué roi par l'acclamation des lévites, Athalie entre avec ses troupes; le rideau du temple se déchire; elle voit l'enfant, son successeur, couronné,

JOAD

Paraissez, cher enfant, digne sang de nos rois! Connais-tu l'héritier du plus saint des monarques, Reine? De ton poignard connais du moins ces marques. Voilà ton roi, ton fils, le fils d'Ochosias. Peuples, et vous, Abner, reconnaissez Joas.

Ciel!

3f4 PHILOSOPHIE ET LITTÉRATURE

ATHALIE, à Joad.

Perfide !

JOAD

Vois-tu cette Juive fidèle Dont tu sais bien qu'alors il suçait la mamelle? Il fut par Josabeth à ta rage enlevé ; Ce temple le reçut et Dieu l'a conservé. Des trésors de David voilà ce qui me reste.

Ta fourbe à cet enfant, traître, sera funeste. D'un fantôme odieux, soldats, délivrez-moi !

JOAD

Soldats du Dieu vivant, défendez votre roi 1

Le fond du théâtre s'ouvre; on voit le dedans du Temple, et les lévites armés entrent de tous côtés sur la scène.

ATHALIE

Où suis-je? O trahison! ô reine infortunée! D'armes et d'ennemis je suis environnée !

JOAD

Tes yeux cherchent en vain, tu ne peux échapper. Et Dieu de toutes parts a su t'envelopper. Ce Dieu que tu bravais en nos mains t'a livrée, Rends-lui compte du sang dont tu t'es enivrée.

ATHALIE

Quoi ! la peur a glacé mes indignes soldats ?

Lâche Abner, dans quel piège as-tu conduit mes pas?

Reine, Dieu m'est témoin...

« ATHALIE » •Jf y

Et venee-moi !

ATHALIE

Laisse là ton Dieu, traître,

ABNER, se jetant aux pieds de Joas.

Sur qui ? Sur Joas ! sur mon maître !

C'en est fait à ce mot; l'épée d'Athalie s'est brisée dans sa main.

... Dieu des Juifs, tu l'emportes!

Elle exhale sa fureur impuissante en imprécations, et meurt derrière la scène, sous le glaive des lévites.

L'impitoyable grand prêtre s'adresse à Joas, dont il va gouverner l'enfance :

Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais Que les rois dans le ciel ont un juge sévère. L'innocent un vengeur et l'orphelin un père.

Le rideau tombe, et Dieu reste présent dans sa toute-puissance, dans sa providence, dans sa bonté, dans sa vengeance, à l'âme des spectateurs édifiés par le poète sacré, et transportés d'un théâtre profane dans le sanctuaire de la Divinité.

Les applaudissements succèdent lentement au silence transi du cœur, et se partagent entre la Bible, Racine, et le grand interprète qui vient de leur prêter sa voix.

•jy6 PHILOSOPHIE ET LITTÉRATURE

Après ce jour, Talma ne grandit plus. Il parut rester aussi grand, mais stationnaire, comme un astre à son apogée.

La mort le cueillit avant son déclin.

Quant à Racine, son sort fut celui de tous les hommes plus grands que leur siècle par leur génie.

Croirait-on aujourd'hui que la faible idylle d'Esrher fut préférée à la plus auguste des tragédies saintes? et qu'après une ou deux représentations à Versailles, devant Louis X 1 V et sa cour, on la laissa ensevelie pendant soixante ans dans l'oubli? Le poète, qui avait concentré dans cette œuvre toute sa foi religieuse, tout son zèle pour le roi, tout son génie dramatique et toutes ses splendeurs lyriques, fut accablé par le dédain de la cour, par les moqueries de la critique, par l'indifférence du roi. Racine ne protesta pas; à quoi bon? Il renonça pour jamais aux vers; juste vengeance d'un temps assez corrompu par le génie enflé des Espagnols pour ne pas comprendre le génie biblique. Le poète brisa sa plume.

Mais en cessant d'être poète, il resta malheu-

« ATHALIE » 3f7

reusement courtisan. Froidement reçu par le roi, à qui les leçons du grand prêtre avaient paru renfermer quelques allusions irrévérencieuses à sa royale divinité, .Racine s'attacha de plus en plus à M'"^ de Maintenon. Il voulait faire de jy^me jg Maintenon son bouclier contre deux soupçons qui le rendaient suspect à Louis XIV : le soupçon d'avoir introduit la satire dans la parole de Dieu par le discours du grand prêtre dans oAthalie, et le soupçon de dévouement secret aux jansénistes de Port-Royal, ce nid d'hérésie. Les plus beaux chants n'étaient, aux yeux du roi, que des séductions à l'erreur ou à la liberté d'esprit. Ce bouclier était mal choisi dans le cœur de M'"^ de Maintenon, qui n'avait couvert ni Fénelon, ni M"'= Guyon, ni aucun de ses amis, du moment que son crédit pouvait être compromis par ses amitiés. Elle avait l'amitié agréable, mais périlleuse; tout ce qui s'y fiait était tôt ou tard déçu; le roi lui-même, sur son lit de mort, n'échappa pas à cette loi commune. Dès qu'il fut dans un état désespéré, elle le quitta pour Dieu.

3f8 PHILOSOPHIE ET LITTÉRATURE

On a révoqué en doute la cause de la mort prématurée de Racine et l'ingratitude de M'"^ de Maintenon. Son propre fils, le second Racine, ne laisse aucun doute à cet égard dans le récit qu'il fait des derniers moments de son père.

Racine était déjà abattu par le mauvais succès à'Athalie. Il aimait la gloire présente et il ne savait pas l'attendre. Sa sensibilité abrégea ses jours. Il était d'ailleurs naturellement mélancolique, et s'entretenait plus longtemps des sujets capables de le chagriner que des sujets propres à le réjouir. Il avait ce caractère que se donne Cicéron dans une de ses lettres, plus porté à craindre les événements malheureux qu'à espérer d'heureux succès : Semper magis adversos rerum exitus vietmns qiiam sperans secundos. L'événement que je vais rapporter le frappa trop vivement, et lui fit voir comme présent un malheur qui était fort éloigné. Les marques d'attention de la part du roi, dont il fut honoré pendant sa dernière maladie, durent bien le convaincre qu'il avait toujours le bonheur de plaire à ce prince. Il s'était cependant persuadé que tout était changé pour lui, et n'eut pour le croire d'autre sujet que ce qu'on va lire.

Mme de Maintenon, qui avait pour lui une estime particulière, ne pouvait le voir trop souvent, et se plaisait à l'entendre parler de différentes matières, parce qu'il était propre à parler de tout. Elle l'entretenait un jour de la misère du peuple; il répondit qu'elle était une suite ordinaire des longues guerres, mais qu'elle pourrait être soulagée par ceux qui étaient dans les premières places, si on avait soin de la

leur faire connaître. Il s'anima sur cette réflexion; et comme, dans les sujets qui l'animaient, il entrait dans cet enthousiasme dont j'ai parlé, qui lui inspirait une éloquence agréable, il charma M^e Je Maintenon, qui lui dit que, puisqu'il faisait des observations si justes sur-le-champ, il devait les méditer encore et les lui donner par écrit, bien assuré que l'écrit ne sortirait pas de ses mains. Il accepta malheureusement la proposition, non par une complaisance de courtisan, mais parce qu'il conçut l'espérance d'être utile au pubhc. Il remit à M'"e de Maintenon un Mémoire aussi solidement raisonné que bien écrit. Elle le lisait un jour lorsque le roi entrant chez elle le prit, et, après en avoir parcouru quelques lignes, lui demanda avec vivacité quel en était l'auteur. Elle répondit qu'elle avait promis le secret. Elle fit une résistance inutile; le roi expHqua sa volonté en termes si précis qu'il fallut obéir. L'auteur fut nommé.

Le roi, en louant son zèle, parut désapprouver qu'un homme de lettres se mêlât de choses qui ne le regardaient pas. Il ajouta même, non sans quelque air de mécontentement : « Parce qu'il sait faire parfaitement des vers, croit-il tout savoir? Et, parce qu'il est grand poète, veut-il être ministre ? » Si le roi eût pu prévoir l'impression que firent ces paroles, il ne les eût point dites; mais il ne pouvait soupçonner que ces paroles tomberaient sur un cœur si sensible.

Mme de Maintenon, qui fit instruire l'auteur du Mémoire de ce qui s'était passé, lui fit dire en même temps de ne la pas venir voir jusqu'à nouvel ordre. Cette nouvelle le frappa vivement. Il craignit d'avoir déplu à un prince dont il avait reçu tant de marques de bonté. Il ne s'occupa plus que d'idées tristes, et, quelque temps après, il fut attaqué d'une fièvre assez violente.

« Hélas 1 Madame, — écriyait-il à celle qui l'avait provoqué, puis abandonne, — je vous avoue que, quand je faisais chanter devant vous dans Esther : Roi, chasscÂ^ la calomnie! je ne m'attendais pas à être attaqué moi-même par la calomnie dans ma fidélité à Dieu et au roi. Ayez la bonté de vous souvenir combien de fois vous m'avez dit que la meilleure qualité que vous trouviez en moi, c'était ma fidélité d'enfant pour

tout ce que l'Église croit et ordonne, même dans les plus petites choses. J'ai fait par votre ordre plus de trois mille vers sur des sujets de piété ; vous est-il jamais revenu qu'on y ait trouvé un seul vers qui sentît l'hérésie? Je ne vois aucun homme qui soit moins suspect de la moindre nouveauté... »

Tout fut vain : il expira d'une disgrâce mortelle à un courtisan; d'une amitié trahie par une femme ingrate; d'un chef-d'œuvre méconnu par son temps. Tous les temps sont coupables de pareils crimes envers la postérité. Avant d'être glorifié, il faut être supplicié : c'est la loi des grands hommes.

Quant à cAthalie, c'est Racine tout entier. Il revivra éternellement dans cette œuvre, qui place son auteur non seulement au rang des poètes, mais au rang des prophètes bibliques. Il n'y a point de parallèle, selon nous, possible entre cAthalie et aucun des drames antiques ou modernes d'aucun théâtre profane. Sophocle, Euripide, Sénèque, Gœthe, Schiller, Shakspeare luimême, cèdent à jamais la première place à cette œuvre: pourquoi? c'est que leurs tragédies ne sont que des œuvres d'art, et que celle de Racine

« ATHALIE » 361

est une inspiration de foi. Ils sont des poètes profanes, mais Racine ici est un poète sacré.

L'art y est aussi parfait que l'inspiration y est divine.

Comme conception, ce drame est simple comme l'histoire, grand comme l'empire qu'on s'y dispute, et que Dieu transporte d'une branche à l'autre de la maison de David, pour que cette branche produise un jour un fruit de salut pour son peuple,

Et que la terre enfante son sauveur !

selon l'expression de Racine.

Comme intérêt, le poète ne va pas chercher l'intérêt dans ces vaines curiosités surexcitées par des aventures laborieusement combinées et par des péripéties fantastiques; il le place tout entier dans ce que la nature a fait de plus intéressant et de plus pathétique pour le cœur des mères, dans l'innocence, dans la candeur, et dans les périls d'un enfant suspendu entre le trône et la mort.

Il n'y a pas d'amour, dit-on : c'est vrai; mais qui peut douter que, si la pièce eût été susceptible d'un amour profane, celui qui fit parler Phèdre et Bérénice n'eût su faire parler un amour hébraïque dans la langue de Salomon?

La vertu de ce drame est de n'avoir pas d'amour : cette passion eût été déplacée dans le Temple; ce sont les grandes et saintes passions divines

qu'on veut y voir et y entendre. L'ombre visible de Jéhovah eût fait pâlir toutes les autres. L'n amour ici eût été une petitesse et une profanation. Mais comme les autres passions divines y parlent une langue supérieure aux langueurs de la passion des sens ! La maternité dans Josabeth, le courage dans Abner, l'héroïsme dans le grand prêtre, la haine dans Athalie, l'ambition dans Mathan, l'innocence et la foi dans Éliacin, la piété dans les chœurs ! Dieu lui-même enfin dans les prophéties!... quelle place resterait-il à une passion secondaire au milieu de ces passions surhumaines? que sont des soupirs devant ces foudres? Quant à la langue, ce n'est plus du français, ce n'est plus du grec, ce n'est plus du latin, comme dans ces autres pièces profanes et classiques : c'est de l'hébreu transfiguré en un idiome qui ne fut jamais parlé qu'entre Jéhovah, ses prophètes et son peuple, parmi les éclairs du Sinaï. Les mots fulgurent, les accents terrifient, les strophes transportent, les vers respirent; les rimes ellesmêmes, ces consonances pénibles, laborieuses, ordinairement puériles et cherchées, chantent et prient. Elles viennent s'appliquer sans effort, d'elles-mêmes, aux vers, comme les ailes se collent à la flèche pour la faire voler plus haut dans le ciel, pour les faire percer plus avant dans l'oreille et dans le cœur. Il est impossible, en lisant (Aihalie, de songer seulement à la rime ou à la

versification. Le style n'est ni prose, ni vers, ni récitatif, ni mélodie; c'est de la pensée fondue au feu du sanctuaire d'un seul jet avec la forme c'est le métal de Corinthe de la langue moderne. Ce français-là n'est d'aucune origine et n'aura, aucune fin. Il date du ciel, et est digne d'y être parlé.

On a affecté, dans ces dernières années, de subalterniser Racine, et de lui préférer Shakspeare et ses imitateurs allemands et français. Shakspeare est la grandeur, mais Racine est la beauté. La masse, quelque étonnante qu'elle soit, peut-elle jamais se comparer à la perfection? Shakspeare, selon nous, prend l'homme dans ses mains puissantes, et lui fait plonger ses regards dans les abîmes tantôt subUmes, tantôt vertigineux, du cœur humain. Racine, lui, prend l'homme dans ses mains sanctifiées par sa piété, et lui fait tourner ses regards vers les profondeurs et les sérénités du firmament plein de la Divinité. L'un regarde en bas, l'autre en haut : mais en bas sont les

ténèbres; en haut la lumière, fille et splendeur de l'Eternel.

Voilà la différence entre ces deux hommes. L'un émeut et passionne, l'autre édifie et divinise; l'un est terrible, l'autre est beau. Or, selon nous, la poésie est l'émotion par le beau.

Voilà ce qui nous distingue et ce qui distingue la France de ceux qui se sont appelés hier les romantiques, et qui s'appellent aujourd'hui les réalistes ; deux hérésies pleines de talents égarés, mais qui, en rentrant dans la vérité, feront faire de nouvelles conquêtes à la religion du goût et des lettres. Ces hérésiarques ne veulent que l'émotion; ils oublient que l'émotion par le laid s'appelle tout simplement l'horreur. Nous voulons, nous, de V émotion et du beau. Voilà pourquoi Shakspeare est leur idole, et pourquoi Racine est notre orgueil.

Quand nous ne voudrons qu'être émus, nous irons au pied d'un échafaud, et nous regarderons tomber la tête d'un supplicié sous le couteau qui ghsse et qui tue; mais quand nous voudrons de l'émotion par le beau, nous irons assister à cAthalie, écrite par Racine, récitée par Talma ou par M"^ Rachel.

Ajoutons que dans cAthalie ce n'est pas seulement le beau qui émeut l'esprit, c'est le divin qui pénètre le cœur. Ainsi Racine, pour qui oiihalie fut un acte de foi plus qu'une œuvre

RACINE — «ATHALIE» ']6<l

d'art, n'est pas seulement arrivé à la beauté, ce ravissement de l'intelligence, mais à la sainteté, ce ravissement de l'âme.

Glorifions-nous donc à jamais d'être d'une nation qui a produit Racine, et de parler une langue où l'on a pu écrire c4[halie.

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