CRITERIUM DE VICO
294. Avoir fait la vérité que l'on connaît; nos connaissances entièrement certaines, alors seulement qu'elles relèvent de nous comme de leur cause, et
perdant de leur certitude, à mesure que Teutendement perd son caractère de causalité par rapport aux objets qu*il connaît, yoilà le critérium de Yico. Dieu, cause infinie, uniTerselle, possède toute connaissance ; la créature, cause finie, connaît peu de choses et les connaît imparfaitement; si, dans une certaine mesure, il est permis de comparer Tintelligence finie à l'intelligence infinie, c*est dans la création du monde idéal. Cet idéal, Tintelligence finie Tétend à volonté, sans qu'il soit possible de lui assigner me limite infranchissable.
Nous allons laisser parier l'auteur :
« Les mots verum et factum^ le vrai et le fait, s'emploient l'un pour l'autre dans la langue latine, ou, selon l'expression de l'école, se transforment l'un en l'autre. Intelligere, comprendre, est la môme chose que lire clairement et connaître avec évidence; cogitare se traduit, en italien, ^dxpensareeandarraccogliendo; ratio, raison, désignait, chez les Romains, une collection d'éléments numériques, en même temps que ce don qui distingue l'homme de la brute et constitue sa supériorité. Ils définissaient l'homme : animal rationtsparticeps, qui participe de la raison, par conséquent qui ne la possède pas. Les mots sont les signes des idées, les idées sont les représentations des choses. Ainsi, légère^ lire, c'est réunir les éléments de l'écriture, les lettres dont les mots sont formés ; et comprendre, inte/ligere, c'est réunir les éléments qui constituent Tidée parfaite d'une chose.
« D'où Ton peut inférer que l'ancienne Italie pro-
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fessait la doctrine soiyante sur le jm : « La vérité est le &it même ; par conséquent, Dieu est la vérité première, parce qu*il est le premier agent {factor) ; la vérité infinie, parce qu'il a fait toutes choses; la vérité absolue, car il représente tous les éléments des choses tant internes qu'externes, et il les représente, parce qu'il les contient. Savoir, c'est réunir les éléments des choses ; d'où il suit que la pensée (cogitatio) est le propre de l'esprit de l'homme et l'intelligence le propre de l'esprit de Dieu. En effet. Dieu réunit en lui les éléments des choses et les coordonne ; l'esprit humain, borné dans sa nature, placé hors de tout ce qui n'est pas lui, a la faculté de rapprocher, non de réunir ; il peut penser sur les choses, non les comprendre ; c^est pourquoi il participe de la raison, mais ne la possède pas. Que l'on me permette cette comparaison : le vrai divin est une image solide des choses, une sorte défigure plastique; le vrai humain, une image plane, sans profondeur, une sorte de peinture. Le vrai divin est vrai, parce que, dans l'acte même de la connaissance, Dieu veut et produit. Ainsi du vrai humain; il n'est vrai que relativement à cet ordre de choses dans lesquelles l'homme décide et crée. Savoir, c'est connaître la manière dont une chose se fait ; connaissance en vertu de laquelle Tesprit fait lui-même l'objet connu, puisqu'il recompose ses éléments. L'objet est un solide pour Dieu qui comprend tout, une surface pour l'homme qui ne comprend que l'extérieur des choses. Ces points une fois établis, observons que les anciens philosophes de
ritalie identifiaient le vrai avec le fait, parce qu'ils croyaient le monde étemel. Leur Dieu opérait toujours ad extra, ce que notre théologie repousse. Le dogme chrétien enseigne que le monde a été créé de rien, dans le temps. Il faut donc établir une distinction ; identifier la vérité créée avec le fait, et la vérité incréée avec rengendré[genito) . Ainsi lessaints livres, dans leur langage divin, donnent le nom de Verbe à la sagesse de Dieu, qui contient en elle, avec les idées de tous les êtres, les éléments des idées elles-mêmes. Dans le Verbe, le vrai est la compréhension de l'ensemble des éléments qui composent cet univers, compréhension d'où pourrait sortir une infinité de mondes; de ces éléments connus et compris dans la toute-puissance divine est formé le Verbe réel absolu, connu de toute éternité par le Père, engendré par lui de toute éternité» [De V Ancienne Sagesse de r Italie, liv. I", chap. O-
295. Le philosophe napolitain tire de ces principes, entre autres conséquences importantes, une explication très-ingénieuse de la division des sciences et de leurs divers degrés de certitude. Dans cette division, les mathématiques occupent le premier rang, parce qu'elles sont une sorte de création de l'intelligence qui, partant du point et de l'unité, construit un monde tout entier de formes et de nombres, en prolongeant les lignes, en multipliant l'unité jusqu'à l'infini. L'entendement connaît donc ce qu'il produit; d'où il résulte que les théorèmes relèvent de l'action icommè les problèmes, bien qu'ils soient considérés