‹ Philosophie fendamentaleChapitre 120 sur 184 · CHAP. I. — DB LA SENSATION BN ELLE-MÊME · texte numérisé non relu

CHAP. I. — DB LA SENSATION BN ELLE-MÊME

Notre expérience ne s'étend pas au delà du globe que nous habitons ; pouvons-nous assigner à la vie sensitive les limites de notre expérience ? Même sur notre globe, l'imperfection de nos sens et des instruments qui leur viennent en aide circonscrit l'observation. Jusqu'où se prolonge la chaîne de la vie? Où se trouve son dernier anneau? Les êtres que nous nommons inanimés ne participent-ils point en quelque chose à cette faculté mystérieuse? Le monde estil composé de monades douées d'une certaine perception, comme le prétend Leibnitz ? Hypothèse sans fondement, nous l'avons déjà vu ; mais puisque nos moyens d'observation sont si bornés, ne nous hâtons pas de circonscrire le monde vivant dans les limites de notre intelligence.

7. On parle en général de la faculté de sentir comme d'un phénomène d'un ordre très-inférieur; il en est ainsi, en effet, quand on la compare aux facultés intellectuelles, ce qui ne fait point que cetle faculté ne soit, en elle-même, pleine de merveilles et de mystères.

Sentir!... Prérogative immense! Comparez la matière inerte à l'être sensible; quelle distance dans l'échelle des êtres ! L'être insensible existe, mais il ignore qu'il existe. En lui, il n'y a que lui. L'être sensible sent son être ; il y a en lui autre chose que lui-même ; tout ce qu'il sent, tout ce qui se manifeste en lui. Entouré de toutes parts d'existences qui le pressent, Têtre insensible reste isolé dans une solitude profonde, absolue. L^être sensible, même alors qu'il est

298 LITRB n. — DBS SENSATIONS.

seul, peuple Tunivers de ses créations sans nombre.

8. L'idée du moi se peut appliquer, en quelque sorte, à tout être sensible. La sensation suppose un être permanent ayant conscience in transitoire ^ c'està-dire un être un au milieu de la multiplicité. Donc tout être sensible , s*il était capable de réflexion , pourrait dire à sa manière, moi. En effet, il est constant que dans la diversité des sensations qu'il éprouve, l'être sensible reste le même être. Rompez cet enchaînement, détruisez cette unité, il ne s'agit plus à'un être sensible, mais d'une succession de sensations, de phénomènes sans connexité.

9. Toute sensation implique conscience directe, la sensation n'étant autre chose, pour l'être qui réprouve, que la présence du phénomène; dire que l'on sent, sans avoir conscience de ce que l'on sent, serait contradictoire. Une sensation éprouvée est une sensation présente ; on ne conçoit pas une sensation non présente, c'est-à-dire non sentie ; véritable absurdité. (V. liv. I, chap. xvm, par. 226.)

10. Toute sensation suppose présence, ou si l'on veut, conscience directe d'elle-même; mais toute sensation ne suppose point une représentation. Cette distinction n'est pas sans importance. Les sensations de l'odorat, du goût, de l'ouïe ne sont point représentatives; elles restent en elles-mêmes et dans leur objet ; je veux dire que l'être qui les éprouve pourrait se croire dans une solitude absolue et sans relations avec d'autres êtres. Mais les sensations du toucher et de la vue, surtout ceUes de la vue^ sont

Page 1