Autre exemple tiré de l'exercice des sens
Un enfant vous dit : Entendez-vous cette musique? — Quelle musique? — Vous n'entendez donc pas ?
âO LIVRE I. — DE LA CERTITUDE.
— Dites que vous croyez entendre. — Maïs je Tenlends? — Comment le savez-vous ? — C'est que je Fentends....
Je t entends ! Vous n'obtiendrez jamais qu'il hésite ou qu'il recoure à un acte réfléchi, pas même pour se délivrer de vos importunités. «Je l'entends ; ne l'entendez-vous pas? i> Il ne sait rien de plus, et toute votre philosophie n'égalera jamais la force irrésistible de la sensation, qui lui fait dire sans crainte : (c J'entends une musique ; elle existe ; pour en douter il faut avoir perdu l'ouïe. »
22. Si les facultés de l'enfant se développaient dans une alternative d'actes directs et d'actes réfléchis; si, pendant qu'il forme sa certitude sur les choses humaines, sa pensée allait au delà des choses mêmes, il est évident qu'une répétition d'actes de ce genre laisserait des traces dans son esprit. Pressé de rendre compte de ses raisons de croire, il saurait remettre en œuvre les moyens employés déjà. Il saurait se détacher de l'objet présent, de l'impression présente, et, se repliant en lui-même, recueilli au fond de son entendement, pensant à propoiLde sa pensée, il serait en état de résoudre, en ce sens, les difficultés proposées. Mais rien de tel n'a lieu ; donc, point d'actes réfléchis ; ce qui prouve que l'enfant n'a que des perceptions accompagnées de la certitude intime de ces perceptions; tout cela d'une façon confuse, instinctive, sans rien qui rappelle ce que nous nommons réflexion philosophique.