Exemple emprunté à la raison
Tout le monde raisonne, et souvent avec justesse, au moins dans les choses usuelles et pratiques. Sans art, sans réflexion d'aucune sorte, nous distinguons le vrai du faux, le sophisme de l'argument qui conclut. Avons-nous besoin, pour cela, d*étudier la marche de notre entendement? Nous suivons le bon chemin sans nous en apercevoir ; et tel qui durant sa vie aura mille fois raisonné juste ne se sera pas une fois enquis de la manière dont se forment ses raisonnements. Les dialecticiens, euxmêmes, ont-ils toujours les règles de la logique sous les yeux?
29. On a entassé les volumes sur les opérations de notre entendement; et ces opérations, l'esprit le plus inculte les pratique à son insu. Que n'a-t-ou pas écrit sur l'abstraction, la généralisation, les universaux ! Avons-nous besoin, pour les appliquer, de les soumettre à l'analyse ? Le langage de l'homme le plus simple nous offre des exemples de l'universel et 4u particulier; il raisonne, et chaque chose est à sa place dans ses raisonnements. Nulle diflSculté ne l'arfêle dans ses actes directs, tout est clair et lumineux
pour lui ; mais appelez son attention sur ces mêmes actes, sur l'abstraction, par exemjde, demandez un acte réfléchi. La lumière s'éteint ; son esprit tombe dans une sorte de chaos.
II est donc aisé de Yoir que, même dans le raisonnement, la réflexion qui s'exerce sur l'acte n'a qu'une médiocre influence.