‹ Philosophie fendamentaleChapitre 32 sur 184 · CHAPITRE VII. — SCIENCE TRANSCBNDAlfTALB · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — SCIENCE TRANSCBNDAlfTALB

pui. L'individuel ne peut servir à TuniverseU le contingent au nécessaire. Il est certain que la science de Tindividu A ne pourrait exister, si cet individu n'existait pas* Mais cette science qui relève d*une individualité n^est pas la science proprement dite, la science en elle-même; la science est commune à toutes les intelligences. Elle est, pour ainsi dire, le fonds universel ; elle n*a pas besoin de tel ou tel être ; elle est, indépendamment des individus et des faits de science contingents et particuliers. Ceux-ci vont se perdre comme des gouttes imperceptibles dans Tocéan des intelligences.

Donc, comment fonder la science sur le fait subjectif du moi ? Comment, de ce moi, tirer Tôtre objectif? La conscience n a de rapport avec la science qn'en tant qu*elle présente des faits auxquels se peuvent appliquer les principes objectifs universels, nécessaires, indépendants de toute individualité finie; principes qui constituent le patrimoine de la raison humaine, mais qui n'impliquent point l'existence de tel individu.

73. Que Ton passe au creuset tous les phénomènes de conscience ; on n*en tirera jamais un fait scientifique. L*acte, soumis à Tanalyse, sera ou une perception directe , ou une perception réfléchie ; directe , elle a une valeur objective. Ce n*est point Tacte qui est le fondement de la science, mais la vérité perçue; ce n'est point le sujet, mais lobjet; ce n'est pas le moi, mais l'objet perçu par le moi. Que si la perception est réfléchie, elle suppose un acte antérieur, à

savoir l'objet de la réflexion. C'est à lui que revient la priorité.

La combinaison de Tacte direct avec Tacte réfléchi ne peut servir elle-même à la science qu'en tant qu'elle est soumise aux vérités nécessaires objectives, indépendantes du moi. Un acte considéré individuellement est un phénomène intérieur, voilà tout ; or un phénomène de ce genre , isolé des vérités objectives, ne nous enseigne rien. Il n'a une certaine valeur scientifique que si on le considère à la lumière des idées générales d'être, de cause, d'effet, de principe , ou de produit d'activité , de modification de rapports avec son sujet, substratum d'autres actes semblables ; c'est-à-dire , lorsqu'il est considéré * comme un cas particulier, compris dans les idées générales, comme un phénomène contingent, appréciable au moyen des vérités nécessaires, comme un fait d'expérience auquel s'applique une théorie.

L'acte réfléchi n'est autre chose que la connaissance d'une connaissance ou d'un sentiment , c'està-dire d'un phénomène intérieur, quel qu'il soit; ainsi, toute réflexion sur la conscience présuppose un acte direct ; cet acte n*a point le moi pour objet ; donc le moi n'est pas le principe fondamental , mais la condition nécessaire de la connaissance. En effet, il ne peut y avoir de pensée sans un sujet pensant.

74. Ces considérations ruinent par la base le système de Fichte et des philosophes qui prennent, à son exemple , le moi humain pourpoint de départ de la science. Le moij en lui-même, se dérobe aux re-

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gards; il ne nous est conna que par ses actes ; semblable, en ce point, aux objets du monde extériear qui se manifestent, non dans Icar essence, mais dans les phénomènes par lesquels ils agissent sur nous.

C'est ainsi qu*à Taide du raisonnement nous nous élevons de degré en degré à la connaissance des choses, guidés par les yérités objectives et nécessaires qui sont la loi de notre entendement, le type des rapports des êtres , et partant une règle sûre pour apprécier ces rapports. Que savons-nous de notre esprit? qu'il est un. Gomment le savons-nous? parce qu'il pense, et que le composé, le multiple , ne peut penser. La conscience nous révèle l'activité pensante du moi^ c'est la matière fournie par le fait ; aussitôt vient le principe , la vérité objective qui illumine le fait et qui, montrant qu'il y a opposition entre ce qui est composé et la pensée, montre aussi l'enchaînement nécessaire de ce qui est simple avec la conscience.

A vrai dire, ce raisonnement se peut appliquer non-seulement au moi, mais à tout être pensant, ce qui rend la démonstration générale. Or, le moi ne crée pas cette vérité par le fait seul qu'il l'applique; il la connaît, voilà tout , et il se connaît lui-même comme un cas particulier compris dans la loi générale.

75. Prétendre que la vérité peut sortir du moi subjectif, c'est faire du moi un être absolu, infini, source de toute vérité et raison de tous les êtres; c'est commencer la philosophie par la déification de

rentendement humain; or, comme tout homme a les mêmes droits à celte déification, c'est établir le panthéisme rationnel qui , nous le verrons en son lieu, ne diffère que peu ou point du panthéisme absolu.

Que si les intelligences individuelles ne sont que des phénomèmes de la raison unique et absolue , et les substances auxquelles on donne le nom d esprits, de simples modifications d'un esprit unique; que si les consciences individuelles ne sont que des manifestations de la conscience générale, cherchons dans le moi la source de toute vérité, interrogeons notre propre conscience comme Toracle de la conscience universelle, j'y consens; mais cette supposition est absurde ; elle établit toute vérité sur la plus incompréhensible de toutes les erreurs.

Ainsi ce que je nomme le moi serait commun à tous le3 hommes, à toutes les intelligences? Divers seulement dans ses modifications, unique et absolu dans sa multiplicité? Mais pourquoi cet être absolu n'a-t-il point conscience de toutes les consciences qu'il embrasse? Il ignore ce qu'il contient, ce qui le modifie. Pourquoi se croit-il multiple s'il est un? Le lien de cette multiplicité où est-il? Quoi! les consciences particulières, simples modifications , auront leur unité , et cette unité manquerait à la substance !

76* Quoi qu'il en soit, le panthéisme lui-même trompe les amis de la philosophie du moi; s'il légitime leurs prétentions , il ne les réalise point. Ils se

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