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La transition du sujet à Tobjet, ou de Tappa

rence subjective à la réalité objective, voilà le nœud gordien de la philosophie fondamentale. Le sens intime nous certifie que certaines choses nous pa^ raissent d'une certaine manière; mais 5on/*elles, en réalilé , ce qu'elles nous paraissent? Coimnent le savons-nous ? Comment sommes-nous certains de ta conformité de Tobjet avec l'idée ?

Cette question ne comprend pas seulejnent les sensations, elle s'étend aux idées purement intellectuelles, et jusqu'aux vérilés qu'inonde la lumière intérieure que nous nommons évidence. « Ce que je vois avec évi-

' Voir la noie XXVI à la fln du volume.

19A LIVRE I. — DB U GBETITUDE.

dence, dans Tidée d'une ehoae* est comme je If

vois, ï a dit la philusophie ; riiuiuaiiilé tient le même langage. Nul ne doule de ce qui lui apparaît avec leç caractères de l'évidence. Mais comment prouver que l^évidence est un critérium légitime de vérité ï

248. « Dieu est véridique, tt n'a pu nous tromper ; « il n'a pu se plaire à nous rendre les jouets d'une c illusion perpétuelle. » Ainsi raisonne Descartes, et il dit vrai ; mais, répond le sceptique , comment savons-nous que Dieu est véridique, ou même qu'il existe? Établir, à rexemple de Descuiies, la véracité de Dieu sur l'idée même de Têtre iniiniment parfait, c'est laisser tout entière la difficulté de la correspondance de Tobjet avec ridée. Que si nous tirons la démonstration de la véracité et de l'existence de Dieu, des idées d'êtres contingents et nécessaires, d'effets et de causes, d'ordre et d'intelligence, nous venons, une seconde fois, nous heurter conlic le même obstacle, la transition de l'idée à l'objet de l'idée.

On peut entasser les sophismes, nous ne sortirons point de ce cercle. L'esprit ne pense pas bors de luimême ; ce qu'il connaît, il ne le connaît qu'au moyen de ses propres idées.

Si ces idées le trompent, toute preuve exigeant l'emploi de certaines conceptions, lesquelles à leur tour exigeraient de nouvelles preuves, des vérifications nouvelles, nul uio^eu de les rectifier.

U est reçu, dans une certaine école de philosophes d'exagérer la difficulté de percevoir, avec certitude, les réalités sensibles ; ceux-ci se déclarent invinci-

CHAP. XXV. — VALEUR OBlÇCmE li£S IDEES. 195

lilement arrêtés devant cette question : « Les choses

que je sens sont-elles comme je les sens? » Rien n'égale leur défiance à l'égard des sensations, que leur sécurité par rapport aux idées. Cette raétlioiie estelle bien logique? On peut étudier, à Taide de la raison, lesphéiioinèiies (\m relèvciiL (ks sens, et soumettre ces phénomènes à son examen ; mais la pierre de touche des phénomènes de la raison, où est-elle? S'il existe des dilticullés relativement à Tordre sensible, il en existe aussi dans Tordre intellectuel; difficultés d'autant plus graves qu'elles compromettent la base même de toute connaissance , qu'elles compromettent toutes nos connaissances, y compris celles qui relèvent des sensations.

Si le témoignage des sens sur Texistence du monde extérieur nous inspire des doutes, nous pouvons invoquer Taccord des sensations avec certaines causes placées en dehors de nous, et tirer de cet accord une démonstration des rapports de Tapparence avec la réalité. Mais nous avons besoin, pour cela, des idées de cause et d*effet; nous avoiis besoin de quelques principes généraux dont la vérité soit inconteslée, comme, par exemple : « Rien ne se produit soimême, sans cela nous ne pouvons iaire un pas. .

250. Il est impossible à l'homme de nier ce qui est évident ; et toutefois, je ne crois point qu'il puisse donner une preuve logique de la vérité du critérium de l'évidence. Donc, l'accord de l'évidence avec la réalité, et, partant, la transition de i idée à l'objet est i^u fait primiUi de noli e nature, une loi nécessaire de

notre entendement, le fondement de tontes nos con" naissances. Ce fondement repose sur Dieu même, qui lï créé Tesprit de l'honune ; c'est en Dieu qu'il le faut chercher.

251 . Dire : Je ne puis douter de ce qui est subjectif, de ce que j'éprouve, mais je n'ai pas le droit de sortir du moi^ d'affirmer que ce que je pense soit en réalité comme je le pense, n^est-ce pas une contradiction? Vous savez que tous pensez, que tous sentez, qu'il vous semble telle ou telle chose? Le pouTez-TOus prouTer ? Non. Vous cédez au fait ; vous cédez à la nécessité qui vous force h croire que vous pensez, que vous sentez, qu^il vous semble; or, dans le rapport de l'objet avec l'idée, n'y a-l-il point pareillement nécessité ? C'est la nécessité qui vous force à croire que l'objet qui vous paraît de telle ou telle manière est en réalité de cette manière. Dans les deux cas, nécessité absolue. Est-il sage, est-îl philoso* phique d'établir une différence si grande entre des choses qui n'en ont aucune?

Fitchc a dit : « On ne saurait expliquer comment un penseur a pu sortir du moi. » (Doct. de la science^ {^ part., § 3.) On explique plus (lifiicilemcnt encore que ce philosophe ait élevé son système sur le fnoi. Fichte invoque un fait de conscience, c'est-à-dîrc une nécessité; mais l'assentiment à l'évidence, la certitude où nous sommes que la réalité correspond aux apparences, n'est-ce point une nécessité? Fichte ap* puie sa théorie du moi et du non moi sur des consi^ Ui3ialions ()ui supposent une valeur à certaines idées,

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