‹ Philosophie fondamentaleChapitre 97 sur 165 · LITRE II. — DBS SENS^nONS · texte numérisé non relu

LITRE II. — DBS SENS^nONS

reurs de notre époque. Selon quelques philosophes, rnniTers est le produit d'une force mystérieuse, qui, se déployant par un mouvement spontané mais nécessaire et permanent, va engendrant les êtres et transformant les espèces dans uneprogresâon oonti** nue. Ainsi l'organisme végétal, devenu parfoit, produit les facultés animales; celles-ci se convertissent, à leur tour, en facultés scnsiiives; à mesure qu'elles vont progressant, dans Tordre des sensations, elles se rapprochent de la région de rintelHgence qu'elles atteignent enfin. Ce système n'est pas sans analogie avec celui qui fait de Pintelligenoe une sensation transformée; amsi se trouve effacée la liîrne qui sépare les êtres intelligents de ceux qui ne le sont point. Les sensations de Thullre pourraient se transformer en une compréhension supérieure à celle de Bossuet et de Leibnitz; le développement des facultés de ITiomme-statue serait le symbole du développement de Tunivers.

4. On a pu remarquer déjà que je n'entends parler ici que de la faculté sensitive en elle-même, abstraction faite de ses relations avec les objets extérieurs* Ainsi dans le mot semaiion je comprends toutes les affections des sens, qu'dles soient actuellement produites, ou qu'elles soient de souvenir, oudMmagination, c'està-dire les aûections à tous les degrés, du moment qu'il y a conscience immédiate et directe de ces sensations, ou qu'elles sont présentes à Têtre qui les éprouve, jusqu'à cette limite extrême où commence rintelligence proprement dite.

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CHAPIT. I. SEXSAHûiV EN £Lt£-llÉME. 297

le rfenlreprendrai point de tirer la ligne de démarcation qui sépare Ja sensibilité de TiDielligence • un pareil travail demanderait des études étendues et profondes sur la sensation comparée à l'idée; ce n'est pas ici la place. Toutefois il n'est point hors de propos pour éviter toute confusion, dans une malière si délicate, où la plus légère erreur peut avoir des conséquences très graves, d'en signaler Texistence.

5. En quoi consiste la sensation ? Quelle est sa nature intime 1 Nous savons seulement qu'elle est une modification de notre être ; il nous est impossible de l'expliquer ; nulle parole ne saurait en donner l'idée. Enseignez à Taveugle de naissance fout ce que les philosophes ont écrit ou dit sur la lumière ou les couleurs, il n'imaginera jamais ce que sont les couleurs et la lumière.

Ici» l'expérience est le seul maître. Supposons, en effet, que dans un homme le sens de la vue soit altéré de telle sorte, que la couleur verte lui donne constamment la sensation du jaune et réciproquement; il ne sortira jamais de son erreur. Iln^arrivera jamais à soupçonner que, durant toute sa vie, il s'est servi de ces deux mots vert et jaune dans un autre sens que le reste des hommes.

6. L'analogie, en même temps qu'un instinct naturel, nous incline à croire que les animaux ne sont point de simples machines et qu'ils éprouvent des sensations, que la faculté de sentir est répandue dans l'univers h des degrés différents, mais avec une profusion merveilleuse.

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^8 UYR£ II. — Ulb2> ^ËMSATIONS.

Notre expérience ne s'étend pa« au delà du globe que nous habitons ; pouvoQS-nous a>iSigaer à la Vie eensitive les Uniites de notre exj^ienoe î Uème mr notre globe, l'irapei iccLioii de nos sens et des instrumente qui leur viennent en aide circonscrit roDservalion. Jusqu'où se prolonge la diatne de la lie? Où se trouve son dernier anneau ? Les êtres que nous nommons inanimés ne participentrils point en queU que chose à cette faculté mystérieuse? Le inonLlc estrii composé de monades douées d'une certaine perception, comme le prétend Leibmtz? Hypothèse sans fondement, nous l'avons déjà vu ; mais puisque nos moyens d'observation sont si bornés* ne nous hâtons pas de circonscrire le monde vivant dans les limites de notre intelligence.

7. On parle en général de la faculté de sentir comme d'un phénomène d'un ordre ires inférieur ; il en est ainsi» en effet, quand on la compare aux facullés intellectuelles, ce qui ne iait point que celle lacuUé ne soit, en elle-même, pleine de merveiUes et de mystères.

Sentir ! . . . Prérogative immense ! Comparez la matière inerte à Tètre sensible ; quelle distance dans l'échelle des êtres. L'être insensible existe, mais il ignore qu'g existe. En lui, il n'y a que lui. L'être sensible sent son être ; il y a en lui autre chose que M-nième; tout ce qu'il sent, tout ce qui se manifeste en lui. £nr touré de toutes parts d'existences qui le pressent , Fêtre insensible reste isolé dans une solitude profonde, absolue. L'être sensible, même alors qu'il est

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GHAPIT. I* — M LA SfiiiSÀTlON £N UUM-MÈUB. 199

seul, peuple Tunivers de ses créations sans nombre*

8. L'idée éa mai se peut a^^quer, en quelque sorte, à tout être eensible* La smsation suppose un être permanent ayant conscience du Iransitoire, c'eaià-dire un être un au milieu de la multiplùnii. Donc tout être sensible, s'il était capable de réflexion, pourrait dire à aa manière, mai. En efiet, il ett conslanl que dans la diversité des sensations qu'ii prouve, l'être sensible reste le même étre^ Aoœpei cet enchaluement, détruisez cette unitéi 11 ne s'agit plus û: un élre sensible, mais d'une succession de sensations de phénomènes sans connexité*

9. Toule sensation implique conscienco directe, la sensation n'étant autre cbose, pour Tétre qui réprouve, que la présence du phénomène; dire que Ton senf, sans aToir conscience de ce que Ton sent, serait contradictoire. Une sensation éprouvée est une scnsaliou présente; on ne conçoit pas une sensation non présente, c'est-à-dire non sentie ; véritable absurdité. (V. liv. I, chap. IXIII, par* S36.)

10. Toute sensation suppose présence, ou si Ton veut , conscience directe d'elle-même ; mais toute sensation ne suppose point une représentation. Cette distinction n'est pas sans importance. Les sensations de Todorat, du goût, de l'ouïe ne sont point représentatives; elles restent eu elles-n^iémes et dans leur objet ; je veux dire que l'être qui les éprouve pourrait se croire dans une solilude absolue et sans relations avec d'autres êtres. Mais les sensations du toucher et de la vue, surtout celles de la vue, sont

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