SIXIÈME PROPOSITION
211. Le principe de contradiction ne nous peut être connu qu'en vertu dune évidence immédiate.
Démonstration.
Il s'agit de prouver deux choses : qu'il y a évidence dans la connaissance du principe, et que l'évidence est immédiate. Pour la première, je dois faire observer d'abord que le principe de contradiction n'est pas un simple fait de conscience , mais une vérité purement idéale. Le fait de conscience implique la réalité; on ne l'exprime point sans affirmer une existence. Le principe de contrgidiction n'affirme ou ne nie rien de positif -, il ne dit point qu'une certaine chose soit ou ne soit pas ; il s(i borne à constater l'opposition entre l'être et le non être, abstraction faite du sens copulatif ou substantif donné au verbe.
212. Tout fait de conscience est non-seulement quelque chose, mais une chose déterminée -, ce n'est
point une pensée en général, mais telle ou telle pensée. Le principe de contradiction n'a rien de déterminé ^ il fait abstraction, non-seulement de Texistence, mais de Vessence ; il embrasse sans distinction le réel et le possible^ toutes choses enfin, sans exception d'aucune espèce.
Lorsqu'on dit : a II est impossible qu'une chose soit et ne soit pas, » le mot chose exprime l'être dans le sens le plus indéterminé, le plus étendu. Il en est de môme du verbe, qui comprend toutes sortes de rapports^ en effet, il s'apphque également à ces deux propositions : « Il est impossible que le soleil soit et ne soit point ^ il est impossible qu'un cercle soit et ne soit point un cercle -, )> bien que la première appartienne à Tordre réel et que le verbe être y soit employé substantivement , tandis que la seconde appartient à Tordre idéal, le verbe être n'exprimant qu'un rapport entre Tattribut et le sujet.
213. Tout fait de conscience est individuel-, le principe de contradiction est le plus universel qui se puisse concevoir. Tout fait de conscience est contingent, le principe de contradiction est nécessaire et absolu \ caractère des vérités évidentes.
214. Le principe de contradiction s'impose à toutes les inteUigences -, il est d'une nécessité absolue, tant pour le fini que pour l'infini. L'intelhgence incréée elle-même n'échappe point à cette nécessité, parce que la perfection infinie ne peut être absurde. Le fait de conscience, fait purement individuel, ne se rapporte qu'à l'être qui l'éprouve-, que j'existe ou