CHAP. XI,— DE L^INFÉKIORITÉ DU TACT. 3Ô
variés; de là, dans les idées qui relèveraient de ce seul organe, incertitude et confusion. Au contraire, les objets perçus par l'ouïe sont très-divers et les perceptions de cet organe exactes et précises.
Rapidité dans la succession des impressions. Il est évident que sur ce point la supériorité de l'ouïe est incalculable. S'il perçoit par juxtaposition, le tact doit, afin de varier ses impressions, parcourir successivenient chaque objet dans ses diverses parties. Que si les objets agissent d'une autre manière sur cet orgairie, son infériorité n'est pas moins évidente. Comparez sa lenteur à la rapidité merveilleuse avec laquelle l'ouïe perçoit toute espèce de sons dans les combinaisons musicales, les inflexions multiples de la voix, les accords, les articulations, les bruits de toute sorte, bruits, accords, articulations, que nous savons classer et rapporter à leurs causes sans aucune confusion.
Que l'on ne puisse comparer le tact à l'ouïe pour la simultanéité des sensations, il suffit d'un instant pour s'en convaincre.
Mais ce qui décide de la façon la plus victorieuse la supériorité de l'ouïe, c'est la facilité qu'elle nous donne de nous mettre par la parole en rapport avec nos semblables. Or cette faculté résulte de la rapidité de succession que nous avons signalée plus haut. Il est vrai que les intelligences peuvent également communiquer entre elles par le toucher au moyen de caractères en rehef ; mais quelle différence!
Supposons que l'habitude et la concentration de toutes les forces sensitives donnent à l'organe de la
main cette souplesse que nous admirons dans les musiciens habiles. Les doigts, quelque agiles qu'ils soient, percevront-ils avec la rapidité de l'ouïe? Que de temps ne leur faudra-t-il point pour parcourir un tableau sur lequel on aura gravé tous les mots d'un discours ! et ce discours, en quelques minutes, nous aurons pu l'entendre.
Le malheureux dont nous parlons devra préparer les planches, les caractères d'imprimerie -, il devra modifier ces planches, en changer l'ordonnance et le sens selon les personnes ou les occasions -, travail incessant, et pour quel résultat ! Un homme seul, au moyen de l'ouïe, un seul homme communique à des miUiers d'auditeurs, en un même instant, des idées ou des impressions sans nombre.