‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 229 sur 607 · Dire qu'il n'y a dans cette perception qu'une · texte numérisé non relu

Dire qu'il n'y a dans cette perception qu'une

condition de subjectivité, c'est dénouer le nœud

à la manière d'Alexandre. Ce n'est pas expliquer la possibilité de l'expérience, mais la nier.

Qu'est-ce que l'expérience si le subjectif seul existe ? Vous admettez le phénomène de l'objectivité, c'est-àdire V apparence ; à la bonne heure ; mais alors la nature n'est donc qu'une apparence, nos perceptions expérimentales ne reposent sur rien ; notre e xpérience n'est donc qu'une perception d'apparence-, et comme cette expérience, purement phénoménale elle-même, n'est possible qu'en vertu d'une condition purement

94 LIVRE III. — l'étendue et l'espace.

subjective, Vintuition de Vespace, la science expérimentale tout entière repose , en dernier lieu , sur le subjectif pur. Nous voilà dans le système de Fichte, admettant le moi comme un fait primitif dont Tunivers tout entier n'est que le développement. Ainsi le système de Kant donne naissance à celui de Fichte^ le disciple ne fait que tirer les conséquences des principes posés par le maître.

121. Approfondissons le système de Kant, et nous comprendrons comment ces doctrines se rattachent Tune à l'autre. Si l'espace est purement subjectif, s'il n'est qu'une condition de la sensibilité, de la possibilité de l'expérience, il suit de là que l'esprit, loin de recevoir quelque chose de l'objet perçu, crée tout ce que cet objet contient ou plutôt ce que nous percevons en lui. Les choses n'ont point d'étendue^ l'étendue est une forme dont l'esprit les revêt; c'est ainsi qu'elles ne sont ni colorées, ni savoureuses, ni odorantes, si nous ne leur communiquons ces propriétés qui n'existent qu'en nous. Tout n'étant que pures apparences , il en est , pour le monde extérieur, du principe de causalité de l'étendue subjective comme de tout le reste; l'esprit ne reçoit pas cette causalité, il la donne aux objets, purs phénomènes-, partant, l'àme ne voit qu'elle ou ce qu'elle contient , ne connaît d'autre monde que le monde qu'elle crée elle- même ; le monde réel sort du moi comme la Minerve antique du cerveau de Jupiter, ou plutôt, il n'est autre chose que l'idéal créé par l'esprit. Dans cette hypothèse, les lois de la

CHAP. XVII. — OPINION de KANT. 95

nature sont les lois de notre propre intelligence; et, loin d'avoir à chercher dans le monde extérieur les types de nos idées, il nous faut regarder nos idées comme le principe générateur de tout ce qui est ou paraît être; les lois de l'univers sont les conditions subjectives du moi appliquées aux phénomènes.

122. Certains disciples de Kant ne s'épouviantent pas des conséquences idéalistes de cette théorie ; voici les comparaisons dont ils accompagnent Texposition de leur doctrine ; si l'on applique un sceau sur de la cire molle, le sceau se grave sur la cire ; que le sceau soit doué de perception, il verra sa propre empreinte, attribuant à l'objet ce qu'il lui aura donné lui-môme. Le vase rapporterait à la liqueur la forme qu'il lui donne. Ainsi de l'àme ; elle construit le monde extérieur en le moulant, pour ainsi dire, sur elle-même, et croyant recevoir du dehors ce qu'elle a donné.

123. Toutefois, il est juste de reconnaître que, dans la seconde édition de la Critique de la raison pure, Kant rejette les conséquences de son système et qu il attaque d'une manière expresse l'idéalisme. Nous n'avons pas à voir jusqu'à quel point la seconde édition de son hvre contredit la première; il nous suffit d'avoir mis le lecteur en garde contre les conséquences fatales d'une théorie célèbre. Si le philosophe allemand la comprenait en un sens différent de celui qu'expriment ses paroles , la question devient littéraire ou personnelle, elle cesse d'être pldlosophique '.

* Voir la note à la fin du volume.

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