‹ Philosophie; [microform] extraitsChapitre 26 sur 28 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

C'est an gouvernement à calmer les malhenreusea disputes de l'école qui troublent la société.

Oui, je l'entends souvent de votre bouche auguste, Le premier des devoirs, sans doute, est d'être juste ; Et le premier des biens est la paix de nos cœurs. Comment avez-vous pu, parmi tant de docteurs, Parmi ces différends que la dispute enfante, Maintenir dans l'État une paix si constante? D'où vient que les enfants de Calvin, de Luther, Qu'on croit, delà les monts, bâtards de Lucifer, Le grec et le romain, l'empesé quiétiste, Le quakre au grand chapeau, le simple anabaptiste. Qui jamais dans leur loi n'ont pu se réunir, Sont tous, sans disputer, d'accord pour vous bénir? C'est que vous êtes sage, et que vous êtes maître. Si le dernier Valois, hélas ! avait su l'être. Jamais un jacobin, guidé par son prieur, De Judith et d'Aod fervent imitateur.

N'eût tenté dans Saint-Cloud sa funeste entreprise : Mais Valois aiguisa le poignard de l'ÉgUse, Ce poignard qui bientôt égorgea dans Paris, Aux yeux de ses sujets, le plus grand des Henris, Voilà le fruit affreux des pieuses querelles. Toutes les factions à la fin sont cruelles ; Pour peu qu'on les soutienne, on les voit tout oser : Pour les anéantir, il les faut mépriser. Qui conduit des soldats peut gouverner des prêtres. Un roi dont la grandeur éclipsa ses ancêtres Crut pourtant, sur la foi d'un confesseur normand, Jansénius à craindre, et Quesnel important ; Du sceau de sa grandeur il chargea leurs sottises. De la dispute alors cent cabales éprises. Cent bavards en fourrure, avocats, bacheliers, Colporteurs, capudns, jésuites, cordeliers,

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Troublèrent tout l'État par leurs doctes scrupules : Le régent, plus sensé, les rendit ridicules ; Dans la poussière alors on les vit tous rentrer.

L'œil du maître suffit, il peut tout opérer. L'heureux cultivateur des présents de Pomone, Des filles du printemps, des trésors de l'automne, Maître de son terrain, ménage aux arbrisseaux Les secours du soleil, de la terre et des eaux, Par de légers appuis soutient leurs bras débiles. Arrache impunément les plantes inutiles.

Et des arbres touffus dans son clos renfermés Émonde les rameaux de la sève affamés ; Son docile terrain répond à sa culture : Ministre industrieux des lois de la nature, n n'est pas traversé dans ses heureux desseins ; Un arbre qu'avec peine il planta de ses mains Ne prétend pas le droit de se rendre stérile. Et, du sol épuisé tirant un suc utile, Ne va pas refuser à son maître affligé Une part de ses fruits dont il est trop chargé ; Un jardinier voisin n'eut jamais la puissance De diriger des dieux la maligne influence. De maudire ses fruits pendants aux espaliers. Et de sécher d'un mot sa vigne et ses figuiers. Malheur aux nations dont les lois opposées Embrouillent de l'État les rênes divisées ! Le sénat des Romains, ce conseU des vainqueurs, Présidait aux autels, et gouvernait les mœurs. Restreignait sagement le nombre des vestales. D'un peuple extravagant réglait les bacchanales. Marc Aurèle et Trajan mêlaient, au Champ de Mars, Le bonnet de pontife au bandeau des Césars ; L'univers, reposant sous leur heureux génie, Des guerres de l'école ignora la manie : Ces grands législateurs, d'un saint zèle enivrés, Ne combattirent point pour leurs poulets sacrés. Rome, encore aujourd'hui conservant ces maximes, Joint le trône à l'autel par des nœuds légitimes ; Ses citoyens en paix, sagement gouvernés, Ne sont plus conquérants, et sont plus fortunés.

POÈME SUR LA LOI NATURELLE

Je ne demande pas que dans sa capitale Un roi, portant en main la crosse épiscopale, Au sortir du conseil allant en mission. Donne au peuple contrit sa bénédiction ; Toute Église a ses lois, tout peuple a son usage : Mais je prétends qu'un roi, que son devoir engage A maintenir la paix, l'ordre, la sûreté. Ait sur tous ses sujets égale autorité. Ils sont tous ses enfants : cette famille immense Dans ses soins paternels a mis sa confiance. Le marchand, l'ouvrier, le prêtre, le soldat. Sont tous également les membres de l'État. De la religion l'appareil nécessaire Confond aux yeux de Dieu le grand et le vulgaire ; Et les civiles lois, par un autre lien. Ont confondu le prêtre avec le citoyen. La loi dans tout État doit être universelle : Les mortels, quels qu'ils soient, sont égaux devant elle. Je n'en dirai pas plus sur ces points délicats. Le ciel ne m'a point fait ix)ur régir les États, Pour conseiller les rois, pour enseigner les sages ; Mais, du port où je suis contemplant les orages. Dans cette heureuse paix où je finis mes jours. Éclairé par vous-même, et plein de vos discours. De vos nobles leçons salutaire interprète, Mon esprit suit le vôtre, et ma voix vous répète.

Que conclure à la fin de tous mes longs propos ? C'est que les préjugés sont la raison des sots ; Il ne faut pas pour eux se déclarer la guerre : Le vrai nous vient du ciel, l'erreur vient de la terre ; Et, parmi les chardons qu'on ne peut arracher. Dans les sentiers secrets le sage doit marcher. La paix enfin, la paix que l'on trouble et qu'on aime, Est d'un prix aussi grand que la vérité même.

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