LE DOCTEUR FAUST ET L’IVROGNE
Ne saurait plus rien dire à mon cerveau glacé;
Le printemps ne rit pas dans les feuilles d'automne,
Et Dieu ne marche plus où le doute a passé.
— Allons, de mieux en mieux, voilà qu’il déraisonne, Dit l’autre : 1l croit, quand il est las, Que le bon Dieu ne marche pas.
— O morts qui ricanez dans cette tombe ouverte,
Et qui creusez la nuit de vos yeux sans regard,
D'un silence éternel votre bouche est couverte;
Vos crânes sont égaux, pastoureaux ou Césars! Vos rangs sont pressés, mais qu'importe?
Faites place, mon âme est morte.
Pourquoi traîner plus loin ce corps qui ne vit plus?...
L'ivrogne alors s’avance et dit: — Mon camarade, Plus que moi vous êtes malade :
Je ne vous quitte pas, appuyez-vous sur moi.
Il se faut entr’aider, c'est la commune loi.
Chez moi c’est de l'ivresse, et chez vous du délire, C’est à moi de vous reconduire.
Le riboteur avait raison.
Il n’était pas sorti de la nature humaine,
Et ne doutait de rien, bien qu'il cût quelque peint A reconnaitre sa maison.