VÉNUS ET ADONIS
Il vient de s'endormir sur ces mêmes tapis
Qui l'ont senti souvent, pendant vos nuits heureuses, fressaillir au toucher de tes mains amoureuses. Heureux du moins, il meurt digne encor d’être aimé. Mais à peine sur lui le cercueil est fermé,
Que Vénus, oubliant ses dépouilles mortelles, Cherche un autre vainqueur et des amours nouvelles + Elle sent que les pleurs fatigueraient ses yeux. Momus bientôt murmure à l'oreille des dieux
Que Mars est mal puni de sa cruelle audace,
Et qu'il a de Vénus enfin ravi la grâce;
Puis, devant le soleil, souriant et jaloux,
Dans ses filets d’acier son malheureux époux
Aux mânes d'Adonis la surprend infidèle,
Et seulement alors se croit trahi par elle.
Promesses des amours, larmes de la beauté,
Qu'est-ce que tout cela ? Mensonge et vanité!
Heureux pourtant celui, quand vient sa dernière heure, beauté pleure.
FABLE XIX