‹ Philosophie proverbialeChapitre 14 sur 81 · DE LESTIMATION DU CARACTERE · texte numérisé non relu

DE LESTIMATION DU CARACTERE

Voilà le Syrien portant turban, son frère tatoué, le Zélandais, Voilà l'homme au corps grêle qui se baigne dans le Gange, et le Moscovite, rustre vigoureux, L'habitant inerte des antres polaires, et la fille du Brésil à l'ame de feu, L'esclave abruti de l'île de Cuba, l'Anglais bien né. Tous sont son héritage, la dîme lui en est due : Et l'Église, l'arche de sa miséricorde, en a de toute chair. Qui es-tu, ô homme, toi qui prétends mettre des limites au bercail ? À quoi bon planter des pieux ? est-ce pour dresser la tente du ciel ? N'ajuste point le plomb à la ligne : la religion ne veut pas de bornes. La sagacité humaine ne saurait distinguer les nuances délicates de la foi : Dans les uns c'est le jour qui commence à poindre, une obscurité à peine

délayée ; Dans les autres c'est un crépuscule douteux, froid, brumeux, sombre ; Dans les uns l'est, que la nuit voile encore, est sillonnée d'or ; Dans les autres l'orient d'en haute éclate dans toute sa splendeur. Eh ! qui est-ce qui a déterminé le temps, séparant la lumière des ténèbres ? Qui est-ce qui arrachera la promesse du jour à l'aube naissante? Laisse au Laboureur ce soin-là, de pem^ que tu n'amasses de l'ivraie. Assiste le Pasteur dans ses recherches, mais n'oublie point que séparer

est son droit ; Car j'ai souvent vu quelque noble esprit égaré Naufragé sur l'écueil des passions : on le croyait un homme perdu ; Souvent un cœur généreux, qu'un feu sacrilège embrasait, A été regardé comme un tison d'enfer ; c'était un pécheur, tous le négligeaient :

J'attendis, toutefois, une courte année, et la miséricorde, malgré ton oubli, A purifié ce noble enfant de Dieu, le lavant dans les eaux de la pénitence ; Ce cœur ardent et généreux, ayant brûlé toute la scorie, C'est un encensoir d'or : il demande l'aloès et la casse : Tandis que toi, homme aux traits durs, censeur austère et farouche, Oui ! toi, qui, présumant de tes vertus, lui as refusé ta sympathie, H te couvre de honte ! son cœur est une source d'amour, Tandis que Mammon comble sourdement le puits sec de tes affections.

(Dcuelpefots, au premier aspect, tu juges bien ; le temps n'a plus rien à

te révéler :

Lorsque la joue brille de charité, lorsque la malignité fronce le sourcil, Lorsque tu as devant toi le visage ouvert de la probité, la ruse à face de

belette, 5*

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