PREMIER APPENDICE
Septième leçon, p. 282 : « Tous nos devoirs sociaux se réduisent a deux, la justice et la charité. De là deux principes généraux de l’ordre civil, principes différents, mais qui s'accordent et s'appuyent, et dans leur sein contiennent tous les autres; le premier est la justice ou le respect des droits ; le second est la charité civile qui, non-seulement respecte les droits des hommes, mais s’occupe de leur bien-être physique, intellectuel et moral. »
Pour servir de développement a cette théorie, nous donnons ici l’écrit suivant, le premier des Petits traités que publia l’Académie des sciences morales et politiques, en 1848, alin de répondre à l'honorable invitation du gouvernement et d’opposer la voix de la science et de l’expérience aux prétentions insensées du socialisme. Notre écrit n’était guère autre chose qu’un résumé et souvent un simple extrait de leçons faites trente ans auparavant. On y reconnaît des passages de la XV* leçon du Vrai, du Beau et du Bien, surtout de la Vil* leçon du présent ouvrage, ainsi que de nos leçons de 1820 sur la philosophie morale de Kant.
JUSTICE ET CHARITÉ La philosophie morale et politique est ou doit être une science d’observation.
Elle doit se proposer de recueillir tous les grands phé-
PHILOSOPHIE SENSUAL1STE
nomènes dont se compose la vie nfbrale des individus et des États, de les classer selon leurs caractères essentiels, et de les rappeler à leurs principes les plus simples.
Or on peut élever contre la plupart des systèmes les plus célèbres de morale, de législation, d’économie politique, cette accusation générale de s'être laissé égarer par la passion d’une fausse unité, et de n’avoir reconnu qu’un seul principe l'a où la nature humaine et les sociétés humaines en renferment deux, qui se tiennent intimement, mais qui diffèrent, a savoir, la justice et la charité. Selon nous, il est impossible qu'aucun système se soutienne ni qu’aucune société vive et marche un . jour avec un seul de ces deux principes. Tout système légitime les doit comprendre tous les deux, parce que toute société, comme tout individu, obéit a la fois il l’un et a l'autre.
Donnez-nous la déclaration la plus étendue des devoirs et des droits de l’homme et du citoyen. Nous nous chargeons de prouver que cette déclaration se peut ramener à la justice et a la charité, et qu’elle est incomplète si elle ne fait une part convenable a ces deux sentiments naturels dont toute société est le développement plus ou moins harmonieux.
Pour bien établir ces deux ordres distincts de sentiments et leur intervention nécessaire dans les sociétés humaines, nous diviserons cet écrit en deux parties, l’une qui sera relative à l’ordre de la justice, l’autre à l’ordre de la charité.