IX. LOI DE LIBERTÉ
I. Liberté naturelle. — l. Esclavage. — 3. Liberté de penser. — é. Liberté de conscience. — 5. Libre arbitre. — fl. Fatalité. — 7. Connaissance de l’avenir. — 8. Résumé théorique du mobile des actions de l’homme.
Liberté naturelle.
825. Est-il des positions dans le monde où l’homme puisse se flatter de jouir d'une liberté absolue?
« Non, parce que tous vous avez besoin les uns des autres, les petits comme les grands. »
826. Quelle serait la condition dans laquelle l’homme pourrait jouir d’une liberté absolue?
« L’ermite dans un désert. Dès qu'il y a deux hommes ensemble , ils ont des droits à respecter , et n'ont , par conséquent, plus de liberté absolue. »
827. L’obligation de respecter les droits d’autrui ôtetrelle à l’homme le droit de s’appartenir à lui-même?
« Nullement, car c’est un droit qu’il lient de la nature. >»
828. Comment concilier les opinions libérales de certains hommes avec le despotisme qu’ils exercent souvent eux-mêmes dans leur intérieur et sur leurs subordonnés?
c Ils ont l’intelligence de la loi naturelle, mais elle est contre-balancée par l’orgueil et l’égoïsme. Us compren-
nent ce qui doit être, quand leurs principes ne sont pas une comédie jouée par calcul, mais ils ne le font pas. »
— Leur sera-t-il tenu compte dans l’autre vie des principes qu’ils ont professés ici-bas?
« Plus on a d’intelligence pour comprendre un principe , moins on est excusable de ne pas l’appliquer à soimême. Je vous dis, en vérité, que l’homme simple, mais sincère , est plus avancé dans la voie de Dieu que celui qui veut paraître ce qu’il n’est pas. »
Esclavage.
829. Y a-t-il des hommes qui soient, par la nature, voués à être la propriété d’autres hommes?
« Toute sujétion absolue d’un homme à un autre homme est contraire à la loi de Dieu. L’esclavage est un abus de la force; il disparait avec le progrès, comme disparaîtront peu à peu tous les abus. »
La loi humaine qui consacre l’esclavage est une loi contre nature, puisqu’elle assimile l'homme à la brute, et le dégrade moralement et physiquement.
830. Lorsque l’esclavage est dans les mœurs d’un peuple , ceux qui en profitent sont-ils répréhensibles , puisqu’ils ne font que se conformer à un usage qui leur paraît naturel?
« Le mal est toujours le mal, et tous vos sophismes ne feront pas qu’une mauvaise action devienne bonne ; mais la responsabilité du mal est relative aux moyens qu’on a de le comprendre. Celui qui tire profit delà loi de l’esclavage est toujours coupable d’une violation de la loi de nature ; mais en cela , comme en toutes choses , la culpabilité est relative. L’esclavage étant passé dans les mœurs
LOI DE LIBERTÉ
de certains peuples, l’homme a pu en profiter de bonne foi et comme d’une chose qui lui semblait naturelle; mais dès que sa raison plus développée, et surtout éclairée par les lumières du christianisme, lui a montré dans l’esclave son égal devant Dieu, il n’a plus d’excuse. »
831. L’inégalité naturelle des aptitudes ne place-t-elle pas certaines races humaines sous la dépendance des races les plus intelligentes?
« Oui, pour les relever, et non pour les abrutir encore davantage par la servitude. Les hommes ont trop longtemps regardé certaines races humaines comme des animaux travailleurs munis de bras et de mains qu’ils se sont cru le droit de vendre comme des bêtes de somme. Iis se croient d'un sang plus pur; insensés qui ne voient que la matière ! ce n’est pas le sang qui est plus ou moins pur, mais bien l’Esprit. » (361-803.)
832. Il y a des hommes qui traitent leurs esclaves avec humanité; qui ne les laissent manquer de rien, et pensent que la liberté les exposerait à plus de privations ; qu’en dites-vous?
« Je dis que ceux-là comprennent mieux leurs intérêts; ils ont aussi grand soin de leurs bœufs et de leurs chevaux , afin d’en tirer plus de profit au marché. Ils ne sont pas aussi coupables que ceux qui les maltraitent, mais ils n’en disposent pas moins comme d’une marchandise, en les privant du droit de s’appartenir. »
Liberté de penser.
833. Y a-t-il en l’homme quelque chose qui échappe à toute contrainte, et pour laquelle il jouisse d’une liberté absolue?
« C’est dans la pensée que l’homme jouit d’une liberté
sans limite , car elle ne connaît pas d’entraves. On peut en arrêter l’essor , mais non l’anéantir. *