Dans quel but l’avenir est-il caché à l’homme
« Si l’homme connaissait l’avenir, il négligerait le présent , et n’agirait pas avec la même liberté , parce qu’il serait dominé par la pensée que, si une chose doit arriver, jl n’a pas à s’en occuper, ou bien il chercherait à l’entraver. Dieu n’a pas voulu qu’il en fût ainsi, afin que chacun concourût à l’accomplissement des choses , même de celles auxquelles il voudrait s’opposer ; ainsi toi-même, tu prépares souvent, sans t’en douter, les événements qui surviendront dans le cours de ta vie. »
870. Puisqu’il est utile que l’avenir soit caché, pourquoi Dieu en permet-il quelquefois la révélation?
« C’est lorsque cette connaissance préalable doit faciliter l’accomplissement de la chose au lieu de l’entraver, en engageant à agir autrement qu’on n’eût fait sans cela. Et puis , souvent c’est une épreuve. La perspective d’un événement peut éveiller des pensées plus ou moins bonnes; si un homme doit savoir, par exemple, qu’il fera
un héritage sur lequel il ne compte pas , il pourra être sollicité par le sentiment de la cupidité, par la joie d’augmenter ses jouissances terrestres, par le désir de posséder plus tôt en souhaitant peut-être la mort de celui qui doit lui laisser sa fortune; ou bien cette perspective éveillera en lui de bons sentiments et des pensées généreuses. Si la prédiction ne s’accomplit pas , c’est une autre épreuve : celle de la manière dont il supportera la déception; mais il n’en aura pas moins le mérite ou le tort des pensées bonnes ou mauvaises que la croyance à l’événement a fait naître en lui. >
871. Puisque Dieu sait tout, il sait également si un homme doit succomber ou non dans une épreuve; dès lors quelle est la nécessité de celle épreuve , puisqu’elle ne peut rien apprendre à Dieu qu’il ne sache déjà sur le compte de cet homme ?
« Autant vaudrait demander pourquoi Dieu n’a pas créé l’homme parfait et accompli (1 19) ; pourquoi l’homme passe par l’enfance avant d’arriver à l’état d’adulte (379). L’épreuve n’a pas pour but d’éclairer Dieu sur le mérite de cet homme , car Dieu sait parfaitement ce qu’il vaut , mais de laisser à cet homme toute la responsabilité de son action, puisqu'il est libre de la faire ou de ne la pas faire. L’homme ayant le choix entre le bien et le mal, l’épreuve a pour effet de le mettre aux prises avec la tentation du mal et de lui laisser tout le mérite de la résistance; or, quoique Dieu sache très bien d’avance s'il réussira ou non, il ne peut, dans sa justice, ni le punir ni le récompenser pour un acte qui n’a pas été accompli. » (2f>8.)
11 en est ainsi parmi les hommes. Quelque capablo que soit un aspirant, quelque certitude qu’on ait do le voir réussir, on ne lui confère aucun grade sans examen, c’est-à-dire sans épreuve; de môme le juge ne condamne un accusé que sur un acte con-
LOI DE LIBERTÉ. 363
sommé, et non sur la prévision qu’il peut ou doit consommer cet acte.
Plus on réfléchit aux conséquences qui résulteraient pour l’homme de la connaissance de l’avenir, plus on voit combien la Providence a été sage de le lui cacher. La certitude d’un événement heureux le plongerait dans l’inaction ; celle d’un événement malheureux, dans le découragement; dans l’un et l’autre cas ses forces seraient paralysées. C’est pourquoi l’avenir n’est montré à l’homme que comme un but qü’il doit atteindre par ses efforts, mais sans connaître la filière par laquelle il doit passer pour l’atteindre. La connaissance de tous les incidents de la route lui ôterait son initiative et l’usage de son libre arbitre ; il se laisserait entraîner à la pente fatale des événements, sans exercer ses facultés. Quand le succès d’une chose est assuré, on ne s’en préoccupe plus.
Résumé théorique du mobile des actions de l'homme.
872. La question du libre arbitre peut se résumer ainsi : L’homme n’est point fatalement conduit au mal ; les actes qu’il accomplit ne sont point écrits d’avance; les crimes qu’il commet ne sont point le fait d’un arrêt du destin. Il peut , comme épreuve et comme expiation , choisir une existence où il aura les entraînements du crime , soit par le milieu où il se trouve placé , soit par les circonstances qui surviennent , mais il est toujours libre d’agir ou de ne pas agir. Ainsi le libre arbitre existe à l’état d'Esprit dans le choix de l’existence et des épreuves , et à l’état corporel dans la faculté de céder ou de résister aux entraînements auxquels nous nous sommes volontairement soumis. C’est à l’éducation à combattre ces mauvaises tendances; elle le fera utilement quand elle sera basée sur l’étude approfondie de la nature morale de l’homme. Par la connaissance des lois qui régissent cette nature morale, on parviendra à la modifier, comme on modifie
l'intelligence pur l'instruction, et le tempérament par l’hygiène.
L’Esprit dégagé de la matière, et à l’état errant, fait choix de ses existences corporelles futures selon le degré de perfection auquel il est arrivé, et c’est en cela, comme nous l’avons dit , que consiste surtout son libre arbitre. Cette liberté n’est point annulée par l’incarnation; s’il cède à l’influence de la matière, c’est qu’il succombe sous les épreuves mêmes qu’il a choisies, et c’est pour l’aider à les surmonter qu’il peut invoquer l’assistance de Dieu et des bons Esprits. (337.)
Sans le libre arbitre l’homme n’a ni tort dans le mal , ni mérite dans le bien; et cela est tellement reconnu, que , dans le monde , on proportionne toujours le blâme ou l’éloge à l’intention, c’est-à-dire à la volonté; or, qui dit volonté dit liberté. L’homme ne saurait donc chercher une excuse de ses méfaits dans son organisation, sans abdiquer sa raison et sa-condition d’être humain, pour s’assimiler à la brute. S’il en était ainsi pour le mal , il en serait de même pour le bien ; mais quand l’homme fait le bien , il a grand soin de s’en faire un mérite, et n’a garde d’en gratifier ses organes , ce qui prouve qu’instinctivement il ne renonce pas, malgré l’opinion de quelques systématiques , au plus beau privilège de son espèce : la liberté de penser.
La fatalité, telle qu’on l’entend vulgairement, suppose la décision préalable et irrévocable de tous les événements de la vie, quelle qu’en soit l’importance. Si tel était l’ordre des choses, l’homme serait une machine sans volonté. A quoi lui servirait son intelligence, puisqu’il serait invariablement dominé dans tous ses actes par la puissance du destin? Une telle doctrine, si elle était vraie, serait la destruction de toute liberté morale; il n’y aurait plus
LOI DE LIItERTÉ.
pour l’homme de responsabilité, et par conséquent ni bien, ni mal, ni crimes, ni vertus. Dieu, souverainement juste, ne pourrait châtier sa créature pour des fautes qu’il n’aurait pas dépendu d’elle de ne pas commettre, ni la récompenser pour des vertus dont elle n’aurait pas le mérite. Une pareille loi serait en outre la négation de la loi du progrès, car l’homme qui attendrait tout du sort ne tenterait rien pour améliorer sa position, puisqu’il n’en serait ni plus ni moins.
La fatalité n’est pourtant pas un vain mot; elle existe dans la position que l’homme occupe sur la terre, et dans les fonctions qu’il y remplit, par suite du genre d’existence dont son Esprit a fait choix, comme épreuve , expiation ou mission ; il subit fatalement toutes les vicissitudes de cette existence, et toutes les tendances bonnes ou mauvaises qui y sont inhérentes; mais là s’arrête la fatalité, car il dépend de sa volonté de céder ou non à ces tendances. Le détail des événements est subordonné aux circonstances qu'il provoque lui-même par ses actes, et sur lesquelles peuvent influer les Esprits par les pensées qu’ils lui suggèrent. (459.)
La fatalité est donc dans les événements qui se présentent, puisqu’ils sont la conséquence du choix de l’existence fait par l’Esprit; elle peut ne pas être dans le résultat de ces événements, puisqu’il peut dépendre de l’homme d’en modifier le cours par sa prudence; elle n’est jamais dans les actes de la vie morale.
C’est dans la mort que l’homme est soumis d’une manière absolue à l’inexorable loi de la fatalité; car il ne peut échapper à l’arrêt qui fixe le terme de son existence, ni au genre de mort qui doit en interrompre le cours.
Selon la doctrine vulgaire, l’homme puiserait toys ses instincts en lui-même; ils proviendraient, soit de son or-
ganisation physique dont il ne saurait être responsable , soit de sa propre nature dans laquelle il peut chercher une excuse à ses propres yeux, en disant que ce n’est pas sa faute s’il est ainsi fait. La doctrine spirite est évidemment plus morale : elle admet chez l’homme le libre arbitre dans toute sa plénitude; et en lui disant que s’il fait mal, il cède à une mauvaise suggestion étrangère, elle lui en laisse toute la responsabilité , puisqu’elle lui reconnaît le pouvoir de résister, chose évidemment plus facile que s’il avait à lutter contre sa propre nature. Ainsi, selon la doctrine spirite, il n’y a pas d’entraînement irrésistible: l’homme peut toujours fermer l’oreille à la voix occulte qui le sollicite au mal dans son for intérieur , comme il peut la fermer à la voix matérielle de celui qui lui parle; il le peut par sa volonté , en demandant à Dieu la force nécessaire, et en réclamant à cet elfet l’assistance des bons Esprits. C’est ce que Jésus nous apprend dans la sublime prière de l’Oraison dominicale, quand il nous fait dire : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. s Cette théorie de la cause excitante de nos actes ressort évidemment de tout l’enseignement donné par les Esprits ; non -seulement elle ost sublime de moralité, mais nous ajouterons qu’elle relève l’homme à ses propres yeux ; elle le montre libre de secouer un joug obsesseur, comme il est libre de fermer sa maison aux importuns; ce n’est plus une machine agissant par une impulsion indépendante de sa volonté, c’est un être de raison, qui écoute, qui juge et qui choisit librement entre deux conseils. Ajoutons que , malgré cela , l’homme n’est point privé de son initiative; il n’en agit pas moins de son propre mouvement, puisqu’on définitive il n’est qu’un Esprit incarné qui conserve, sous l’enveloppe corporelle, les qualités et les dé-
LOI DE LIBERTÉ
fauts qu’il avait comme Esprit. Les fautes que nous commettons ont donc leur source première dans l’imperfection de notre propre Esprit, qui n’a pas encore atteint la supériorité morale qu’il aura un jour, mais qui n’en a pas moins son libre arbitre ; la vie corporelle lui est donnée pour se purger de ses imperfections par les épreuves qu’il y subit, et ce sont précisément ces imperfections qui le rendent plus faible et plus accessible aux suggestions des autres Esprits imparfaits, qui en profitent pour lâcher de le faire succomber dans la lutte qu’il a entreprise. S’il sort vainqueur de cette lutte, il s’élève; s’il échoue, il reste ce qu’il était, ni plus mauvais, ni meilleur : c’est une épreuve à recommencer, et cela peut durer longtemps ainsi. Plus il s’épure, plus ses côtés faibles diminuent, et moins il donne de prise à ceux qui le sollicitent au mal; sa force morale croit en raison de son élévation , et les mauvais Esprits s’éloignent de lui.
Tous les Esprits, plus ou moins bons, alors qu’ils sont incarnés, constituent l’espèce humaine ; et, comme notre terre est un des mondes les moins avancés, il s’y trouve plus de mauvais Esprits que de bons, voilà pourquoi nous y voyons tant de perversité. Faisons donc tous nos efforts pour n’y pas revenir après celte station, et pour mériter d’aller nous reposer dans un monde meilleur , dans un de ces mondes privilégiés où le bien règne sans partage , et où nous ne nous souviendrons de notre passage ici-bas que comme d’un temps d’exil. •