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Quelle est la plus méritoire -de toutes les vertus

<r Toutes les vertus ont leur mérite, parce que toutes

sont des signes de progrès dans la voie du bien. Il y a vertu toutes les fois qu’il y a résistance volontaire à l’entraînement des mauvais penchants; mais le sublime de la vertu consiste dans le sacrifice de l’intérêt personnel pour le bien de son prochain sans arrière-pensée; la plus méritoire est celle qui est fondée sur la charité la plus désintéressée. »

894. Il y a des gens qui font le bien par un mouvement spontané, sans qu’ils aient à vaincre aucun sentiment contraire; ont-ils autant de mérite que ceux qui ont à lutter contre leur propre nature et qui la surmontent?

a Ceux qui n’ont point à lutter, c’est que chez eux le progrès est accompli : ils ont lutté jadis et ils ont triomphé ; c’est pourquoi les bons sentiments ne leur coûtent aucun effort, et leurs actions leur paraissent toutes simples : le bien est devenu pour eux une habitude. On doit donc les honorer comme de vieux guerriers qui ont conquis leurs grades.

c Comme vous êtes encore loin de la perfection , ces

exemples vous étonnent par le contraste, et vous les admirez d’ auttfht plus qu’ils sont plus rares ; mais sachez bien que dans les mondes plus avancés que le vôtre , ce qui chez vous est une exception est la règle. Le sentiment du bien y est partout spontané, parce qu’ils ne sont habités que par de bons Esprits , et une seule mauvaise intention y serait une exception monstrueuse. Voilà pourquoi les hommes y sont heureux; il en sera ainsi sur la terre quand l’humanité se sera transformée, et quand elle comprendra et pratiquera la charité dans sa véritable acception. »

895. A part les défauts et les vices sur lesquels personne ne saurait se méprendre, quel est le signe le plus caractéristique de l’imperfection?

« C’est l’intérêt personnel. Les qualités morales sont souvent comme la dorure mise sur un objet de cuivre, et qui ne résiste pas à la pierre de touche. Un homme peut posséder des qualités réelles qui en font, pour le monde, un homme de bien ; mais ces qualités, quoiqu’elles soient un progrès, ne supportent pas toujours certaines épreuves, et il suffit quelquefois de toucher à la corde de l’intérêt personnel pour mettre le fond à découvert. Le véritable désintéressement est même chose si rare sur la terre, qu’on l’admire comme un phénomène quand il se présente.

« L’attachement aux choses matérielles est un signe notoire d’infériorité, parce que, plus l’homme tient aux biens de ce monde, moins il comprend sa destinée ; par le désintéressement, au contraire, il prouve qu’il voit l’avenir d’un point plus élevé. »

896. H y a des gens désintéressés sans discernement, qui prodiguent leur avoir sans profit réel, faute d’en faire un emploi raisonné; ont-ils un mérite quelconque ?

« Ils ont le mérite du désintéressement, mais ils n’ont

PERFECTION MORALE

pas celui du bien qu’ils pourraient faire. Si le désintéressement est une vertu, la prodigalité irréfléchie est toujours au moins un manque de jugement. La fortune n’est pas plus donnée à quelques-uns pour être jetée au vent, qu’à d’autres pour être enterrée dans un coffre-fort ; c’est un dépôt dont iks auront à rendre compte, car ils auront à répondre de tout le bien qu’il était en leur pouvoir de faire, et qu’ils n’auront pas fait; de toutes les larmes qu’ils auraient pu sécher avec l’argent qu’ils ont donné à ceux qui n’en avaient pas besoin. >

897. Celui qui fait le bien , non en vue d’une récompense sur la terre, mais dans l’espoir qu’il lui en sera tenu compte dans l’autre vie, et que sa position y sera d’autant meilleure , est-il répréhensible, et cette pensée lui nuit-elle pour son avancement?

« Il faut faire le bien par charité, c’est-à-dire avec désintéressement, »

— Cependant chacun a le désir bien naturel de s’avancer pour sortir de l’état pénible de celte vie ; les Esprits eux-mêmes nous enseignent à pratiquer le bien dans ce but; est-ce donc un mal de penser qu’en faisant le bien on peut espérer mieux que sur la terre?

« Non, certainement; mais celui qui fait le bien sans arrière-pensée, et pour le seul plaisir d’être agréable à Dieu et à son prochain souffrant, est déjà à un certain degré d’avancement qui lui permettra d’arriver beaucoup plus tôt au bonheur que son frère qui, plus positif, fait le bien par raisonnement, et n’y est pas poussé par la chaleur naturelle de son cœur. » (894.)

— N’y a-t-il pas ici une distinction à faire entre le bien que l’on peut faire à son prochain et le soin que l’on met à se corriger de ses défauts? Nous concevons que faire le bien avec la pensée qu’il en sera tenu compte dans

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l’autre vie est peu méritoire ; mais s’amender, vaincre ses passions , corriger son caractère en vue de se rapprocher des bons Esprits et de s’élever, est-ce également un signe d’infériorité?

« Non , non ; par faire le bien , nous voulons dire être charitable. Celui qui calcule ce que chaque bonne action peut lui rapporter dans la vie future, aussi bien que dans la vie terrestre, agit en égoïste; mais il n’y a aucun égoïsme à s’améliorer en vue de se rapprocher de Dieu, puisque c’est le but auquel chacun doit tendre. »

898. Puisque la vie corporelle n’est qu’un séjour temporaire ici-bas, et que notre avenir doit être notre principale préoccupation, est-il utile de s’efforcer d’acquérir des connaissances scientifiques qui ne touchent qu’aux choses et aux besoins matériels?

« Sans doute; d’abord cela vous met à même de soulager vos frères; puis, votre Esprit montera plus vite s’il a déjà progressé en intelligence; dans l’intervalle des incarnations, vous apprendrez en une heure ce qui vous demanderait des années sur votre terre. Aucune connaissance n’est inutile ; toutes contribuent plus ou moins à l’avancement, parce que l’Esprit parfait doit tout savoir, et que le progrès devant s’accomplir en tous sens, toutes les idées acquises aident au développement de l’Esprit. »

899. De deux hommes riches, l’un est né dans l’opulence et n’a jamais connu le besoin ; l’autre doit sa fortune à son travail; tous les deux l’emploient exclusivement à leur satisfaction personnelle; quel est le plus coupable?

« Celui qui a connu les souffrances; il sait ce que c’est que de souffrir ; il connaît la douleur qu’il ne soulage pas, mais trop souvent pour lui il ne s’en souvient plus. »

900. Celui qui accumule sans cesse et sans faire de bien à personne, trouve-t-il une excuse valable dans la

PERFECTION MORALE

pensée qu’il amasse pour laisser davantage à ses héritiers?

« C’est un compromis avec la mauvaise conscience. »

901. De deux avares, le premier se refuse le nécessaire et meurt de besoin sur son trésor; le second n’est avare que pour les autres : il est prodigue pou* lui-même; tandis qu’il recule devant le plus léger sacrifice pour rendre service ou faire une chose utile, rien ne lui coûte pour satisfaire ses goûts et ses passions. Lui demande-t-on un service, il est toujours gêné; veut-il se passer une fantaisie, il a toujours assez. Quel est le plus coupable, et quel est celui qui aura la plus mauvaise place dans le monde des Esprits ?

« Celui qui jouit : il est plus égoïste qu’avare; l’autre a déjà trouvé une partie de sa punition. »

902. Est-on répréhensible d’envier la richesse, quand c’est par le désir de faire le bien?

< Le sentiment est louable, sans doute, quand il est pur; mais ce désir est-il toujours bien désintéressé, et ne cachet-il aucune arrière-pensée personnelle? La première personne à qui l’on souhaite faire du bien, n’est-ce pas souvent soi-même? »

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