L’homme a-t-il le droit de disposer de sa propre vie
« Non, Dieu seul a ce droit. Le suicide volontaire est une transgression de cette loi. »
— Le suicide n’est-il pas toujours volontaire?
« Le fou qui se tue ne sait ce qu’il fait. »
945. Que penser du suicide qui a pour cause le dégoût de la vie?
« Insensés! pourquoi ne travaillaient-ils pas? l’existence ne leur aurait pas été à charge ! »
946. Que penser du suicide qui a pour but d’échapper aux misères et aux déceptions de ce monde?
« Pauvres Esprits, qui n’ont pas le courage de supporter les misères de l’existence! Dieu aide ceux qui souffrent, et non pas ceux qui n’ont ni force, ni courage. Les tribulations de la vie sont des épreuves ou des expiations;
heureux ceux qui les supportent sans murmurer, car ils en seront récompensés ! Malheur au contraire à ceux qui attendent leur salut de ce que, dans leur impiété, ils appellent le hasard ou la fortune ! Le hasard ou la fortune, pour me servir de leur langage, peuvent en effet les favoriser un instant, mais c’est pour leur faire sentir plus tard et plus cruellement le néant de ces mots. »
— Ceux qui ont conduit le malheureux à cet acte de désespoir en subiront-ils les conséquences?
« Oh ! ceux-là, malheur à eux ! car ils en répondront comme d'un meurtre . »
947. L’homme qui est aux prises avec le besoin et qui se laisse mourir de désespoir, peut-il être considéré comme se suicidant ?
« C’est un suicide, mais ceux qui en sont cause, ou qui pourraient l’empêcher, sont plus coupables que lui, et l’indulgence l’attend. Pourtant ne croyez pas qu’il soit entièment absous s’il a manqué de fermeté et de persévérance, et s’il n’a pas fait usage de toute son intelligence pour se tirer du bourbier. Malheur surtout à lui si son désespoir naît de l’orgueil ; je veux dire s’il est de ces hommes en qui l’orgueil paralyse les ressources de l’intelligence, qui rougiraient de devoir leur existence au travail de leurs mains, et qui préfèrent mourir de faim plutôt que de déroger à ce qu’ils appellent leur position sociale! N’y a-t-il pas cent fois plus de grandeur et de dignité à lutter contre l’adversité, à braver la critique d’un monde futile et égoïste qui n’a de bonne volonté que pour ceux qui ne manquent de rien, et vous tourne le dos dès que vous avez besoin de lui? Sacrifier sa vie à la considération de ce monde est une chose stupide, car il n’en tient aucun compte. » *
408 L1VKE IV. — CHAI». 1.
948. Le suicide qui a pour but d’échapper à la honte d’une mauvaise action est-il aussi répréhensible que celui qui est causé par le désespoir ?
« Le suicide n’cfiace pas la faute, au contraire, il y en a deux au lieu d’une. Quand on a eu le courage de faire le mal, il faut avoir celui d’en subir les conséquences. Dieu juge, et selon la cause peut quelquefois diminuer ses rigueurs. »
949. Le suicide est-il excusable lorsqu’il a pour but d’empêcher la honte de rejaillir sur les enfants ou la famille?
« Celui qui agit ainsi ne fait pas bien, mais il le croit, et Dieu lui en tient compte, car c’est une expiation qu’il s’impose lui-même. 11 atténue sa faute par l’intention, mais il n’en commet pas moins une faute. Du reste, abolissez les abus de votre société et vos préjugés, et vous n’aurez plus de ces suicides. »
Celui qui s’ôte la vie pour échapper à la honte d’une mauvaise action, prouve qu’il tient plus à l’estime des hommes qu’à celle de Dieu, car il va rentrer dans la vie spirituelle chargé de ses iniquités, et il s’est ôté les moyens de les réparer pendant sa vie. Dieu est souvent moins inexorable que les hommes; il pardonne au repentir sincère et nous lient compte de la réparation; le suicide ne répare rien.
950. Que penser de celui qui s’ôte la vie dans l’espoir d’arriver plus lot à une meilleure?
« Autre folie! qu’il fasse le bien et il sera plus sur d’y arriver; car il retarde son entrée dans un monde meilleur, et lui-même demandera à venir finir cette vie qu’il a tranchée par une fausse idée. Une faute, quelle qu’elle soit, n’ouvre jamais le sanctuaire des élus. »