D’où vient la doctrine du feu éternel
« Image, comme tant d’autres choses, prise pour la réalité. »
— Mais cette crainte ne peut- elle avoir un bon résultat?
« Vois donc si elle en retient beaucoup, même parmi ceux qui l’enseignent. Si vous enseignez des choses que la raison rejette plus tard , vous ferez une impression qui ne sera ni durable ni salutaire. »
L’homme, impuissant à rendre, par son langage, la nature de ces souffrances , n’a pas trouvé de comparaison plus énergique que celle du feu, car, pour lui, le feu est le type du plus cruel supplice, et le symbole de l’action la plus énergique ; c’est pourquoi
la croyance au feu éternel remonte à la plus haute antiquité, et les peuples modernes en ont hérité des peuples anciens; c’est pourquoi aussi , dans son langage figuré, il dit : le feu des passions; brûler d’amour, de jalousie, etc., etc.
975. Les Esprits inférieurs comprennent-ils le bonheur du juste?
« Oui, et c’est ce qui fait leur supplice; car ils comprennent qu’ils en sont privés par leur faute : c’est pourquoi l’Esprit, dégagé de la matière, aspire après une nouvelle existence corporelle, parce que chaque existence peut abréger la durée de ce supplice si elle est bien employée. C’est alors qu’il fait choix des épreuves par lesquelles il pourra expier ses fautes; car, sachez -le bien, l’Esprit souffre de tout le mal qu’il a fait, ou dont il a été la cause volontaire , de tout le bien qu’il aurait pu faire et qu’il n’a pas fait, et de tout le mal qui résulte du bien qu'il n’a pas fait.
« L’Esprit errant n’a plus de voile ; il est comme sorti du brouillard et voit ce qui l’éloigne du bonheur ; alors il souffre davantage , car il comprend combien il a été coupable. Pour lui il n’y a plus d’illusion : il voit la réalité des choses. »
L’Esprit à l’état errant embrasse d’un côté toutes ses existences passées, de l’autre il voit l’avenir promis et comprend ce qui lui manque pour l’atteindre. Tel un voyageur parvenu au faîte d’une montagne , voit la route parcourue et celle qui lui reste à parcourir pour arriver à son but.
976. La vue des Esprits qui souffrent n’est- elle pas pour les bons une cause d’affliction , et alors que devient leur bonheur si ce bonheur est troublé?
a Ce n’est point une affliction, puisqu’ils savent que le mal aura une fin; ils aident les autres à s’améliorer et
leur tendent la main : c’est là leur occupation , et une jouissance quand ils réussissent. »
— Cela se conçoit de la part d’Esprits étrangers ou indifférents; mais la vue des chagrins et des souffrances de ceux qu’ils ont aimés sur la terre ne trouble-t-elle pas leur bonheur?
« S’ils ne voyaient pas ces souffrances, c’est qu’ils vous seraient étrangers après la mort; or, la religion vous dit que les âmes vous voient ; mais ils considèrent vos afflictions à un autre point de vue ; ils savent que ces souffrances sont utiles à votre avancement, si vous les supportez avec résignation ; ils s’affligent donc plus du manque de courage qui vous retarde, que des souffrances en ellesmêmes qui ne sont que passagères. »
977. Les Esprits ne pouvant se cacher réciproquement leurs pensées , et tous les actes de la vie étant connus , il s’ensuivrait que le coupable est en présence perpétuelle de sa victime?
« Cela ne peut être autrement , le bon sens le dit. »
— Cette divulgation de tous nos actes répréhensibles, et la présence perpétuelle de ceux qui en ont été les victimes sont-elles un châtiment pour le coupable?
« Plus grand qu’on ne pense , mais seulement jusqu’à ce qu’il ait expié ses fautes, soit comme Esprit, soit comme homme dans de nouvelles existences corporelles. »
Lorsque nous sommes nous-mêmes dans le monde des Esprits, tout notre passé étant à découvert, le bien et le mal que nous aurons faits seront également connus. C’est en vain que celui qui a fait le mal voudra échapper à la vue de ses victimes : leur présence inévitable sera pour lui un châtiment et un remords incessant jusqu’à ce qu’il ait expié ses torts, tandis que l’homme de bien, au contraire, ne rencontrera partout que des regards amis et bienveillants.
Pour le méchant, il n'est pas de plus grand tourment sur terre
que la présence de ses victimes ; c’est pourquoi il les évite sans cesse. Que sera-ce quand l’illusion des passions étant dissipée, il comprendra le mal qu’il a fait, verra ses actes les plus secrets dévoilés, son hypocrisie démasquée, et qu’il ne pourra se soustraire à leur vue? Tandis que l’àme de l’homme pervers est en proie à la honte, au regret et au remords, celle du juste jouit d’une sérénité parfaite.
978. Le souvenir des fautes que l’âme a pu commettre, alors qu’elle était imparfaite, ne trouble-t-il pas son bonheur, môme après qu’elle s’est épurée?
« Non, parce qu’elle a racheté ses fautes et qu’elle est sortie victorieuse des épreuves auxquelles elle s’était soumise dans ce bat. »
979. Les épreuves qui restent à subir pour achever la purification ne sont-elles pas pour Pâme une appréhension pénible qui trouble son bonheur?
« Pour l’âme qui est encore souillée, oui; c’est pourquoi elle ne peut jouir d’un bonheur parfait que lorsqu’elle sera tout à fait pure ; mais pour celle qui est déjà élevée , la pensée des épreuves qui lui restent à subir n’a rien de pénible. »
L’âme qui est arrivée à unteertain degré de pureté goûte déjà le bonheur ; un sentiment de douce satisfaction la pénètre; elle est heureuse de tout ce qu’elle voit, de tout ce qui l’entoure; le voile se lève pour elle sur les mystères et les merveilles de la création, et les perfections divines lui apparaissent dans toute leur splendeur.
980. Le lien sympathique qui unit les Esprits du même ordre est-il pour eux une source de félicité?
« L’union des Esprits qui sympathisent pour le bien est pour eux une des plus grandes jouissances; car ils ne craignent pas de voir cette union troublée par l’égoïsme. Ils forment, dans le monde tout à fait spirituel, des familles de même sentiment, et c’est en cela que con-
siste le bonheur spirituel , comme dans ton monde vous vous groupez par catégories, et vous goûtez un certain plaisir quand vous êtes réunis. L’affection pure et sincère qu’ils éprouvent et dont ils sont l’objet est une source de félicité, car il n’y a point là de faux amis ni d’hypocrites. »
L’homme goûte les prémices de ce bonheur surla terre quandil rencontre des âmes avec lesquelles ilpeut se confondre dans une union pure et sainte. Dans une vie plus épurée, cette jouissance sera ineffable et sans bornes , parce qu’il ne rencontrera que des âmes sympathiques que l’égoïsme ne refroidira pas; car tout est amour dans la nature : c’est l’égoïsme qui le tue.
981. Y a-t-il, pour l’état futur de l’Esprit, une différence entre celui qui, de son vivant, redoutait la mort, et celui qui la voit avec indifférence, et même avec joie?
« La différence peut être très grande; cependant elle s’efface souvent devant les causes qui donnent cette crainte ou ce désir. Soit qu’on la redoute, soit qu’on la souhaite , on peut être mû par des sentiments très divers,pt ce sont ces sentiments qui influent sur l’état de l’Esprit. 11 est évident, par exemple, que chez celui qui désire la mort uniquement parce qu’il y voit le terme de ses tribulations , c’est une sorte de murmure contre la Providence et contre les épreuves qu’il doit subir. »
982. Est-il nécessaire de faire profession de spiritisme et de croire aux manifestations pour assurer notre sort dans la vie future?
« S’il en était ainsi, il s’ensuivrait que tous ceux qui ne croient pas, ou qui n’ont pas été à même de s’éclairer, sont déshérités , ce qui serait absurde. C’est le bien qui assure le sort à venir; or, le bien est toujours le bien, quelle que soit la voie qui y conduit. » (165-799.)
La croyance au spiritisme aide à s’améliorer en fixant les idées sur certains points de l’avenir; elle bâte l’avancement des individus et des masses, parce qu’elle permet de se rendre compte de ce que nous serons un jour; c’est un point d’appui, une lumière qui nous guide. Le spiritisme apprend à supporter les épreuves avec patience et résignation ; il détourne des actes qui peuvent retarder le bonheur futur; c’est ainsi qu’il contribue à ce bonheur, mais il n’est pas dit que sans cela on n’y puisse arriver.
Peine* temporelle*.
983. L’Esprit qui expie ses fautes dans une nouvelle existence n’a-t-il pas des souffrances matérielles , et dès lors est-il exact de dire qu’après la mort l’âme n’a que des souffrances morales?
« Il est bien vrai que lorsque l’âme est réincarnée, les tribulations de la vie sont pour elle une souffrance; mais il n’y a que le corps qui souffre matériellement.
« Vous dites souvent de celui qui est mort qu’il n’a plus à souffrir ; cela n’est pas toujours vrai. Comme Esprit, il n’a plus de douleurs physiques; mais, selon les fautes qu’il a commises , il peut avoir des douleurs morales plus cuisantes, et dans une nouvelle existence il peut être encore plus malheureux. Le mauvais riche y demandera l’aumône , et sera en proie à toutes les privations de la misère, l’orgueilleux à toutes les humiliations; celui qui abuse de son autorité et traite ses subordonnés avec mépris et dureté y sera forcé d’obéir à un maître plus dur qu’il ne l’a été. Toutes les peines et les tribulations de la vie sont l’expiation des fautes d’une autre existence, lorsqu’elles ne sont pas la conséquence des fautes de la vie actuelle. Quand vous serez sortis d’ici vous le comprendrez. (273, 393, 399.)
« L’homme qui sc croit heureux sur la terre, parce
qu’il peut satisfaire ses passions, est celui qui fait le moins d’efforts pour s’améliorer. Il expie souvent dès cette vie ce bonheur éphémère , mais il l’expiera certainement dans une autre existence tout aussi matérielle. »
984. Les vicissitudes de la vie sont-elles toujours la punition des fautes actuelles?
« Non; nous l’avons déjà dit : ce sont des épreuves imposées par Dieu , ou choisies par vous-mêmes à l’état d’ Esprit et avant votre réincarnation pour expier les fautes commises dans une autre existence; car jamais l’infraction aux lois de Dieu, et surtout à la loi de justice, ne reste impunie ; si ce n’est dans celte vie ce sera nécessairement dans une autre; c’est pourquoi celui qui est juste à vos yeux est souvent frappé pour son passé. » (393.)
985. La réincarnation de l’âme dans un monde moins grossier est-elle une récompense?
« C’est la conséquence de son épuration ; car à mesure que les Esprits s’épurent, ils s’incarnent dans des mondes de plus en plus parfaits, jusqu’à ce qu’ils aient dépouillé toute matière et se soient lavés de toutes leurs souillures, pour jouir éternellement de la félicité des purs Esprits dans le sein de Dieu. »
Dans les mondes où l’existence est moins matérielle qu'ici-bas, les besoins sont moins grossiers et toutes les souffrances physiques moins vives. Les hommes ne connaissent plus les mauvaises passions qui, dans les mondes inférieurs, les font ennemis les uns des autres. N’ayant aucun sujet de haine ni de jalousie, ils vivent entre eux en paix, parce qu’ils pratiquent la loi de justice, d’amour et de charité ; ils ne connaissent point les ennuis et les soucis qui naissent de l’envie, de l’orgueil et de l’égoïsme, et qui font le tourment de notre existence terrestre. (172-182.)