‹ Philosophie spiritualisteChapitre 162 sur 181 · H y a des gens qui , sans être positivement mé · texte numérisé non relu

H y a des gens qui , sans être positivement mé

chants, rendent malheureux tous ceux qui les entourent, par leur caractère ; quelle en est pour eux la conséquence? .

« Ces gens-là assurément ne sont pas bons, et ils l’expieront par la vue de ceux qu’ils ont rendus malheureux, et ce sera pour eux un reproche; puis, dans une autre existence, ils endureront ce qu’ils ont fait endurer. »

Expiation et repentir.

990. Le repentir a-t-il lieu à l’état corporel ou à l’état spirituel?

« À l’état spirituel ; mais il peut aussi avoir lieu à l’état corporel quand vous comprenez bien la différence du bien et du mal. »

991. Quelle est la conséquence du repentir à l’état spirituel?

« Le désir d’une nouvelle incarnation pour se purifier. L’Esprit comprend les imperfections qui le privent d’être heureux, c’est pourquoi il aspire à une nouvelle existence où il pourra expier ses fautes. » (332-975.)

992. Quelle est la conséquence du repentir à l’état corporel?

« Avancer dès la vie présente si l’on a le temps de réparer ses fautes. Lorsque la conscience fait un reproche et montre une imperfection , on peut toujours s’améliorer. »

993. N’y a-t-il pas des hommes qui n’ont que l'instinct du mal et sont inaccessibles au repentir?

« Je t’ai dit que l’on doit progresser sans cesse. Celui qui, dans celle vie, n’a que l’instinct du mal, aura celui du bien dans une autre, et c'est pour cela qu'il venait plusieurs fois; car il faut que tous avancent et atteignent le

but, seulement les uns dans un temps plus court, les autres dans un temps plus long, selon leur désir; celui qui n’a que l’instinct du bien est déjà épuré, car il a pu avoir celui du mal dans une existence antérieure. » (894.)

994. L’homme pervers qui n’a point reconnu ses fautes pendant sa vie les reeonnait-il toujours après sa mort?

t Oui, il les reconnaît toujours, et alors il souffre davantage, car il ressent tout le mal qu’il a fait ou dont il a été la cause volontaire. Cependant le repentir n’est pas toujours immédiat ; il y a des Esprits qui s’obstinent dans la mauvaise voie malgré leurs souffrances ; mais tôt ou tard ils reconnaîtront la fausse route dans laquelle ils sont engagés, et le repentir viendra. C’est à les éclairer que travaillent les bons Esprits, et que vous pouvez travailler vous-mêmes. »

995. Y a-t-il des Esprits qui, sans être mauvais, soient indifférents sur leur sort?

« Il y a des Esprits qui ne s’occupent à rien d’utile : ils sont dans l’expectative; mais ils souffrent, dans ce cas , en proportion ; et comme il doit y avoir progrès en tout, ce progrès se manifeste par la douleur. »

— N’ont-ils pas le désir d’abréger leurs souffrances?

« Ils l’ont sans doute, mais ils n’ont pas assez d’énergie pour vouloir ce qui pourrait les soulager. Combien avez-vous de gens parmi vous qui préfèrent mourir de misère plutôt que de travailler? »

996. Puisque les Esprits voient le mal qui résulte pour eux de leurs imperfections, comment se fait-il qu’il y en ait qui aggravent leur position et prolongent leur état d’infériorité en faisant le mal comme Esprits, en détournant les hommes de la bonne voie?

« Ce sont ceux dont le repentir est tardif qui agissent ainsi. L’Esprit qui se repent peut ensuite se laisser en- *

traîner de nouveau dans la voie du mal par d’autres Esprits encore plus arriérés. » (971.)

997. On voit des Esprits d’une infériorité notoire accessibles aux bons sentiments et touchés des prières qu’on fait pour eux. Comment se fait-il que d’autres Esprits, qu’on devrait croire plus éclairés, montrent un endurcissement et un cynisme dont rien ne peut triompher?

« La prière n’a d’effet qu’en faveur de l’Esprit qui se repent; celui qui, poussé par l’orgueil, se révolte contre Dieu, et persiste dans ses égarements en les exagérant encore, comme le font de malheureux Esprits, sur ceux-là la prière ne peut rien, et ne pourra rien que du jour où une lueur de repentir se sera manifestée chez eux. » (664.)

On ne doit pas perdre de vue que l'Esprit, après la mort du corps, n’est pas subitement transformé; si sa vie a été répréhensible, c’est parce qu’il était imparfait ; or la mort ne rend pas immédiatement parfait; il peut persister dans ses erreurs, dans ses fausses opinions, dans ses préjugés, jusqu’à ce qu’il se soit éclairé par l’étude, la réflexion et la souffrance.

998. L’expiation s’accomplit-elle à l’état corporel ou à l’état, d’Esprit?

« L’expiation s’accomplit pendant l’existence corporelle par les épreuves auxquelles l’Esprit est soumis, et dans !a vie spirituelle par les souffrances morales attachées à l’état d’infériorité de l’Esprit. »

999. Le repentir sincère pendant la vie suffit-il pour effacer les fautes, et faire trouver grâce devant Dieu?

« Le repentir aide à l’amélioration de l’Esprit, mais le passé doit être expié. »

— Si, d’après cela, un criminel disait que, puisqu’il doit, en tout état de cause, expier son passé, il n’a pas < besoin de se repentir, qu’en résulterait-il pour lui?

« S’il s’endurcit dans la pensée du mal, son expiation sera plus longue et plus pénible.

1000. Pouvons-nous, dès cette vie, racheter nos fautes?

a Oui, en les réparant; mais ne croyez pas les racheter

par quelques privations puériles, ou en donnant après votre mort quand vous n’aurez plus besoin de rien. Pieu ne tient aucun compte d’un repentir stérile , toujours facile, et qui ne coûte que la peine de se frapper la poitrine. La perte d’un petit doigt en rendant service efface plus de fautes que le supplice de la haire enduré pendant des années sans autre but que soi-même. (726.)

« Le mal n’est réparé que par le bien, et la réparation n’a aucun mérite si elle n’atteint l’homme ni dans son orgueil, ni dans ses intérêts matériels.

« Que lui sert, pour sa justification, de restituer après sa mort le bien mal acquis, alors qu’il lui devient inutile et qu’il en a profité ?

« Que lui sert la privation de quelques jouissances futiles et de quelques superfluités, si le tort qu’il a fait à autrui reste le même?

« Que lui sert enfin de s’humilier devant Dieu, s’il conserve son orgueil devant les hommes? » (720-721.)

1001. N’y a-t-il aucun mérite à assurer, après sa mort, un emploi utile des biens que nous possédons?

« Aucun mérite n’est pas le mot; cela vaut toujours mieux que rien; mais le malheur est que celui qui ne donne qu’après sa mort est souvent plus égoïste que généreux; il veut avoir l’honneur du bien sans en avoir la peine. Celui qui se prive de son vivant a double profit : le mérite du sacrifice, et le plaisir de voir les heureux qu’il fait. Mais l’égoïsme est là qui lui dit : Ce que tu donnes, c’est autant de retranché sur tes jouissances ; et comme l’égoïsme crie plus fort que le désintéressement et la cha-

rité, il garde, sous prétexte de ses besoins et des nécessités . de sa position. Ah! plaignez celui qui ne connaît pas le plaisir de donner ; celui-là est vraiment déshérité d’une des plus pures et des plus suaves jouissances. Dieu, en le soumettant à l’épreuve de la fortune, si glissante et si dangereuse pour son avenir, a voulu lui donner pour compensation le bonheur de la générosité dont il peut jouir dès ici-bas. » (814.)

1002. Que doit faire celui qui, à l’article de la mort, reconnaît ses fautes, mais n’a pas le temps de les réparer? Se repentir suffit-il dans ce cas?

« Le repentir hâte sa réhabilitation, mais il ne l’absout pas. N’a-t-il pas l'avenir devant lui qui ne lui est jamais fermé? »

Durée des peines futures.

1003. La durée des souffrances du coupable, dans la vie future, est-elle arbitraire ou subordonnée à une loi quelconque ?

« Dieu n’agit jamais par caprice, et tout, dans l’univers, est régi par des lois où se révèlent sa sagesse et sa

bonté. >

1004. Sur quoi est basée la durée des souffrances du coupable?

« Sur le temps nécessaire à son amélioration. L’état de souffrance et de bonheur étant proportionné au degré d'épuration de l’Esprit, la durée et la nature de ses souffrances dépendent du temps qu’il met à s’améliorer. A mesure qu'il progresse et que ses sentiments s’épurent , ses souffrances diminuent et changent de nature. »

SAINT LOUIS

1005. Pour l’Esprit souffrant, le temps paraît-il aussi long ou moins long que s’il était vivant?

' « Il lui paraît plutôt plus long : le sommeil n’existe pas

pour lui. Ce a’est que pour les Esprits arrivés à un certain degré d’épuration que le temps s'efface, pour ainsi dire, devant l’infini. » (240.)

1006. La durée des souffrances de l’Esprit peut-elle être éternelle?

« Sans doute, s’il était éternellement mauvais, c’est-àdire s’il ne devait jamais se repentir ni s’améliorer, il souffrirait éternellement; mais Dieu n’a pas çréé des êtres pour qu’ils soient voués au mal à perpétuité; il ne les a créés que simples et ignorants, et tous doivent progresser dans un temps plus ou moins long, selon leur volonté. La volonté peut être plus ou moins tardive, comme il y a des enfants plus ou moins précoces, mais elle vient tôt ou lard par l’irrésistible besoin qu’éprouve l’Esprit de sortir de son infériorité, et d’être heureux. La loi qui régit la durée des peines est donc éminemment sage et bienveillante , puisqu’elle subordonne cette durée aux efforts de l’Esprit; elle ne lui enlève jamais son libre arbitre : s’il en fait un mauvais usage, il en subit les conséquences. »

SAINT LOUIS

1007. Y a-t-il des Esprits qui ne se repentent jamais?

« 11 y en a dont le repentir est très tardif; mais prétendre qu’ils ne s’amélioreront jamais, ce serait nier la loi du progrès, et dire que l’enfant ne peut devenir adulte. »

SAINT LOUIS

1008. La durée des peines dépend-elle toujours de la volonté de l’Esprit, et n’y en a-t-il pas qui lui sont imposées pour un temps donné ?

« Oui, des peines peuvent lui être imposées pour un temps, mais Dieu, qui ne veut que le bien de ses créais

tures, accueille toujours le repentir, et le désir de s'améliorer n’est jamais stérile. »

SAINT LOUIS

1009. D’après cela les peines imposées ne le seraient jamais pour l’éternité?

« Interrogez votre bon sens, votre raison, et demandezvous si une condamnation perpétuelle pour quelques moments d’erreur ne serait pas la négation de la bonté de Dieu? Qu’est-ce en effet que la durée de la vie, fùt-elle de cent ans , par rapport à l 'éternité? Éternité! comprenezvous bien ce mot? souffrances, tortures sans fin, sans espoir, pour quelques fautes! Votre jugement ne repousset-il pas une pareille pensée? Que les anciens aient vu dans le maître de l’univers un Dieu terrible, jaloux et vindicatif, cela se conçoit; dans leur ignorance ils ont prêté à la divinité les passions des hommes; mais ce n’est pas là le Dieu des chrétiens, qui place l’amour, la charité, la miséricorde, l'oubli des offenses, au rang des premières vertus : pourrait-il manquer lui-même des qualités dont il fait un devoir? N’y a-t-il pas contradiction à lui attribuer la bonté infinie et la vengeance infinie? Vous dites qu’avant tout il est juste, et que l’homme ne comprend passa justice; mais la justice n’exclut pas la bonté, et il ne serait pas bon s’il vouait à des peines horribles, perpétuelles, la plus grande partie de ses créatures. Pourrait-il faire à ses enfants une obligation de la justice, s’il ne leur avait pas donné les moyens de la comprendre? D’ailleurs, n’estce pas le sublime de la justice unie à la bonté, de faire dépendre la durée des peines des efforts du coupable pour s’améliorer? Là est la vérité de cette parole : « A chacun selon ses œuvres. »

SAINT AUGUSTIN

v. Attachez-vous, par tous les moyens qui sont en

votre pouvoir, à combattre, à anéantir l’idée de l’éternité des peines, pensée blasphématoire envers la justice et la bonté de Dieu, source la pins féconde de l’incrédulité, du matérialisme et de l'indifférence qui ont envahi les masses depuis que leur intelligence a commencé à se développer. L’Esprit, près de s’éclairer, ne fùt-il même que dégrossi, en a bientôt saisi la monstrueuse injustice; sa raison la repousse, et alors il manque rarement de confondre dans un même ostracisme et la peine qui le révolte, et le Dieu auquel il l’attribue; de là les maux sans nombre qui sont venus fondre sur vous et auxquels nous venons vous apporter remède. La tâche que nous vous signalons vous sera d’autant plus facile, que les autorités sur lesquelles s’appuient les défenseurs de cette croyance ont toutes évité de se prononcer formellement; ni les conciles, ni les Pères de l'Église n’ont tranché cette grave question. Si, d’après les Évangélistes eux-mêmes, et en prenant au pied de la lettre les paroles emblématiques du Christ, il a menacé les coupables d’un feu qui ne s’éteint pas, d’un feu éternel , il n’est absolument rien dans ses paroles qui prouve qu’il les y ait condamnés éternellement.

« Pauvres brebis égarées, sachez voir venir à vous le bon Pasteur, qui, loin de vouloir vous bannir à tout jamais de sa présence, vient lui-même à votre rencontre pour vous ramener au bercail. Enfants prodigues, quittez votre exil volontaire; tournez vos pas vers la demeure paternelle : le père vous tend les bras et se tient toujours prêt à fêter votre retour en famille. »

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