‹ Philosophie spiritualisteChapitre 17 sur 181 · L1VHE I. — CHAP · texte numérisé non relu

L1VHE I. — CHAP

moment à l'autre on acquière la certitude matérielle de cette antériorité de la race humaine, et alors on reconnaîtra que, sur ce point, comme sur d’autres, le texte biblique est une figure. La question est de savoir si le cataclysme géologique est le même que celui de Noé; or la durée nécessaire à la formation des couches fossiles ne permet pas de les confondre, et du moment qu’on aura trouvé les traces de l’existence de l’homme avant la grande catastrophe, il demeurera prouvé, ou qu’Adam n’est pas le premier homme, ou que sa création se perd dans la nuit des temps. Contre l’évidence, il n’y a pas de raisonnements possibles, et il faudra accepter ce fait, comme on a accepté celui du mouvement de la terre et les six périodes de la création.

L’existence de l’homme avant le déluge géologique est, il est vrai, encore hypothétique, mais voici qui l’est moins. En admettant que l’homme ait paru pour la première fois sur la terre 4,000 ans avant le Christ, si 1 ,650 ans plus tard toute la race humaine a été détruite à l’exception d’une seule famille, il en résulte que le peuplement de la terre ne date que de Noé, c’est-àdire de 2,350 ans avant notre ère. Or, lorsque les Hébreux émigrèrent en Égypte au dix-huitième siècle, ils trouvèrent ce pays très-peuplé, et déjà fort avancé en civilisation. L'histoire prouve qu'à cette époque les Indes et d'autres contrées étaient également florissantes, sans même tenir compte de la chronologie de certains peuples qui remonte à une époque bien plus reculée. Il aurait donc fallu que du vingt-quatrième au dix-huitième siècle, c’est-àdire dans l’espace de 600 ans, non-seulement la postérité d’un seul homme eût pu peupler toutes les immenses contrées alors connues, en supposant que les autres ne le fussent pas, mais que, dans ce court intervalle, l’espèce humaine ait pu s’élever de l’ignorance absolue de l’état primitif au plus haut degré du développement intellectuel, ce qui est contraire à toutes les lois — anthropologiques.

La diversité des races vient encore à l’appui de cette opinion.

Le climat et les habitudes produisent sans doute des modifications dans le caractère physique, mais on connaît jusqu’où peut aller l’influence de ces causes, et l’examen physiologique prouve qu’il y a eutre certaines races des différences constitutionnelles plus profondes que celles que peut produire le climat. Le croisement des races produit les types intermédiaires ; il tend à effacer les caractères extrêmes, mais il ne les produit pas; il ne crée que

CRÉATION

des variétés ; or, pour qu’il y ait eu croisement de races, il fallait qu’il y eût des races distinctes, et comment expliquer leur existence en leur donnant une souche commune, et surtout aussi rapprochée? Comment admettre qu’en quelques siècles certains descendants de Noé se soient transformés au point de produire la race éthiopique, par exemple ; une telle métamorphose n’est pas plus admissible que l’hypothèse d’une souche commune entre le loup et la brebis, l’éléphant et le puceron, l’oiseau et le poisson. Encore une fois rien ne saurait prévaloir contre l’évidence des faits. Tout s’explique, au contraire, en admettant l’existence de l’homme avant l’époque qui lui est vulgairement assignée ; la diversité des souches ; Adam qui vivait il y a 6,000 ans, comme ayant peuplé une contrée encore inhabitée ; le déluge de Noé comme une catastrophe partielle confondue avec le cataclysme géologique ; en tenant compte enfin de la forme allégorique particulière au style oriental, et que l’on retrouve dans les livres sacrés de tous les peuples. C’est pourquoi il est prudent de ne pas s’inscrire trop légèrement en faux contre des doctrines qui peuvent tôt ou tard, comme tant d’autres, donner un démenti à ceux qui les combattent. Les idées religieuses, loin de perdre, grandissent en marchant avec la science ; c’est le seul moyen de ne pas montrer au scepticisme un côté vulnérable.

Page 1