L1VUE U. — CHAP. IV
tion. Mais, de même que, dans la vie de l’homme, il y a des jours qui ne portent aucun fruit, dans celle de l’Esprit il y a des existences corporelles qui sont sans résultat, parce qu’il n’a pas su les mettre à profit.
192. Peut-on, dès cette vie, par une conduite parfaite, franchir tous les degrés, et devenir pur Esprit sans passer par d’autres intermédiaires?
« Non, car ce que l’homme croit parfait est loin de la perfection; il y a des qualités qui lui sont inconnues et qu’il ne peut comprendre. Il peut être aussi parfait que le comporte sa nature terrestre, mais ce n’est pas la perfection absolue. De même un enfant, quelque précoce qu’il soit, doit passer par la jeunesse avant d’arriver à l’âge mûr; de même aussi le malade passe par la convalescence avant de recouvrer toute sa santé. Et puis, l’Esprit doit avancer en science et en moralité ; s’il n’a progressé que dans un sens, il faut qu’il progresse dans un autre pour atteindre le haut de l’échelle; mais plus l’homme avance dans sa vie présente, moins les épreuves suivantes sont longues et pénibles. »
— L’homme peut-il au moins s’assurer dès cette vie une existence future moins remplie d’amertume?
« Oui, sans doute, il peut abréger la longueur et les difficultés de la route. L insouciant seul se trouve toujours au même point. »
193. Un homme, dans ses nouvelles existences, peut-il descendre plus bas qu’il n’était?
« Comme position sociale , oui ; comme Esprit, non. »
194. L’âme d’un homme de bien peut-elle, dans une nouvelle incarnation, animer le corps d’un scélérat?
« Non, puisqu’elle ne peut dégénérer. »
— L’âme d’un homme pervers peut-elle devenir celle d’un homme de bien ?
PLURALITE DES EXISTENCES.
« Oui, s’il s’est repenti, et alors c’est une récompense. »
La marche des Esprits est’progressivo et jamais rétrograde ; ils s’élèvent graduellement dans la hiérarchie, et ne descendent point du rang auquel ils sont parvenus. Dans leurs différentes existences corporelles ils peuvent descendre comme hommes, mais non comme Esprits. Ainsi l’âme d’un puissant de la terre peut plus tard animer le plus humble artisan, et vice versd; car les rangs parmi les hommes sont souvent en raison inverse de l’élévation des sentiments moraux.. Hérode était roi, et Jésus charpentier.
195. La possibilité de s’améliorer dans une autre existence ne peut-elle pas porter certaines personnes à persévérer dans une mauvaise voie par la pensée qu’elles pourront toujours se corriger plus tard?
« Celui qui pense ainsi ne croit à rien, et l’idée d’un châtiment éternel ne le retient pas davantage, parce que sa raison le repousse, et cette idée conduit à l’incrédulité sur toutes choses. Si l’on n’avait employé que des moyens rationnels pour conduire les hommes, il n’y aurait pas autant de sceptiques. Un Esprit imparfait peut, en effet, penser comme tu le dis pendant sa vie corporelle; mais une fois dégagé de la matière il pense autrement, car il s’aperçoit bientôt qu’il a fait un faux calcul, et c'est alors qu’il apporte un sentiment contraire dans une nouvelle existence. C’est ainsi que s’accomplit le progrès, et voilà pourquoi vous avez sur la terre des hommes plus avancés les uns que les autres; les uns ont déjà une expérience que d’autres n’ont pas encore, mais qu’ils acquerront peu à peu. 11 dépend d’eux d’avancer leur progrès ou de le retarder indéfiniment. »
L’homme qui a une mauvaise position désire en changer le plus tôt possible. Celui qui est persuadé que les tribulations de celte vie sont la conséquence de ses imperfections, cherchera à s’assurer une nouvelle existence moins pénible; et cette pensée
le détournera plutôt de la voie du mal que celle du feu éternel auquel il ne croit pas.
196. Les Esprits ne pouvant s’améliorer qu’en subissant les tribulations de l’existence corporelle, il s’ensuivrait que la vie matérielle serait une sorte à' étamine ou à' épuratoire, par où doivent passer les êtres du monde spirite pour arriver à la perfection ?
« Oui, c’est bien cela. Ils s’améliorent dans ces épreuves en évitant le mal et en pratiquant le bien. Mais ce n’est qu’après plusieurs incarnations ou épurations successives qu’ils atteignent, dans un temps plus ou moins long, selon leurs efforts, le but auquel ils tendent. »
— Est-ce le corps qui influe sur l’Esprit pour l’améliorer, ou l’Esprit qui influe sur le corps?
« Ton Esprit est tout ; ton corps est un vêtement qui se pourrit : voilà tout. »
Nous trouvons une comparaison matérielle des différents degrés de l’épuration de l’àme dans le suc de la vigne. Il contient la liqueur appelée esprit ou alcool, mais affaiblie par une foule de matières étrangères qui en allèrent l’essence; elle n’arrive à la pureté absolue qu’après plusieurs distillations, à chacune desquelles elle se dépouille de quelque impurté. L’alambic est le corps dans lequel elle doit entrer pour s’épurer ; les matières étrangères sont comme le périsprit qui s’épure lui-mème à mesure que l’Esprit approche de la perfection.
Sort des enfants après la mort.
197. L’Esprit d’un enfant mort en bas âge est-il aussi avancé que celui de l’adulte?
« Quelquefois beaucoup plus, car il peut avoir beaucoup plus vécu et avoir plus d'expérience, si surtout il a progressé. »
PLURALITE DES EXISTENCES.
— L’Esprit d’un enfant peut ainsi être plus avancé que celui de son père?
« Cela est très fréquent; ne le voyez-vous pas souvent vous-mêmes sur la terre ? »
198. L’enfant qui meurt en bas âge n’ayant pu faire de mal, son Esprit appartient-il aux degrés supérieurs?
« S’il n’a point fait de mal, il n’a pas fait de bien, et Dieu ne l'affranchit pas des épreuves qu’il doit subir. S'il est pur, ce n’est pas parce qu’il était enfant, mais parce qu’il était plus avancé. »
199. Pourquoi la vie est-elle souvent interrompue dès l’enfance?
« La durée de la vie de l’enfant peut être pour l’Esprit qui est incarné en lui le complément d’une existence interrompue avant le terme voulu, et sa mort est souvent une épreuve ou une expiation pour les parents. »
— Que devient l’Esprit d’un enfant qui meurt en bas âge?
« Il recommence une nouvelle existence. »
Si l’homme n’avait qu’une seule existence, et si après cette existence son sort futur était fixé pour l’éternité, quel serait le mérite de la moitié de l’espèce humaine qui meurt en bas âge, pour jouir sans efforts du bonheur éternel, et de quel droit serait-elle affranchie des conditions souvent si dures imposées à l’autre moitié? Un tel ordre de choses ne saurait être selon la justice de Dieu. Par la réincarnation, l’égalité est pour tous; l’avenir appartient à tous sans exception et sans faveur pour aucun ; ceux qui arrivent les derniers no peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. L’homme doit avoir le mérite de ses actes, comme il en a la responsabilité.
Il n’est d’ailleurs pas rationnel de considérer l’enfance comme un état normal d’innocence. Ne voit-on pas des enfants doués des plus mauvais instincts à un âge où l’éducation n’a point encore pu exercer son influence ? N’en voit-on pas qui semblent apporter en naissant l’astuce, la fausseté, la perfidie, l’instinct même du