‹ Philosophie spiritualisteChapitre 53 sur 181 · CHAI'. V · texte numérisé non relu

CHAI'. V

sa faute, mais parce qu’il n’a eu ni le temps, ni la possibilité de s’améliorer ?

3. L’homme qui fait mal , parce qu’il n’a pu s’éclairer, est-il passible d’un état de choses qui n’a pas dépendu de lui ?

4. On travaille à éclairer les hommes, à les moraliser, à les civiliser; mais pour un que l’on éclaire, il y en a des millions qui meurent chaque jour avant que la lumière soit parvenue jusqu’à eux; quel est le sort de ceux-ci? Sont-ils traités comme des réprouvés? Dans le cas contraire, qu’ont-ils fait pour mériter d’être sur le même rang que les autres ?

5. Quel est le sort des enfants qui meurent en bas âge avant d’avoir pu faire ni bien ni mal ? S’ils sont parmi les élus, pourquoi cette faveur sans avoir rien fait pour la mériter? Par quel privilège sont-ils affranchis des tribulations de la vie ?

Y a-t-il une doctrine qui puisse résoudre ces questions ? Admettez des existences consécutives, et tout est expliqué conformément à la justice de Dieu. Ce que l’on n’a pu faire dans une existence , on le fait dans une autre ; c’est ainsi que personne n’échappe à la loi du progrès , que chacun sera récompensé selon son mérite réel , et que nul n’est exclu de la félicité suprême , à laquelle il peut prétendre, quels que soient les obstacles qu’il ait rencontrés sur sa route.

Ces questions pourraient être multipliées à l’infini , car les problèmes psychologiques et moraux qui ne trouvent leur solution que dans la pluralité des existences sont innombrables ; nous nous sommes borné aux plus généraux. Quoi qu’il en soit, dira-t-on peut-être, la doctrine de la réincarnation n’est point admise par l’Église; ce serait donc le renversement de la.religion. Notre but n’est

pas de traiter cette question en ce moment ; il nous suffit d’avoir démontré qu’elle est éminemment morale et rationnelle. Or ce qui est moral et rationnel ne peut être contraire à une religion qui proclame Dieu la bonté et la raison par excellence. Que serait-il advenu de la religion si, contre l’opinion universelle et le témoignage de la science, elle se fût roidi contre l’évidence et eut rejeté de son sein quiconque n’eût pas cru au mouvement du soleil ou aux six jours de la création? Quelle créance eût méritée, et quelle autorité aurait eue, chez des peuples éclairés, une religion fondée sur des erreurs manifestes données comme articles de foi? Quand l’évidence a été démontrée, l’Église s’est sagement rangée du côté de l’évidence. S’il est prouvé que des choses qui existent sont impossibles sans la réincarnation, si certains points du dogme ne peuvent être expliqués que par ce moyen, il faudra bien l’admettre, et reconnaître que l’antagonisme de cette doctrine et de ces dogmes n’est qu’apparente. Plus tard nous montrerons que la religion en est peut-être moins éloignée qu’on ne le pense, et quelle n’en souffrirait pas plus qu’elle n’a souffert de la découverte du mouvement de la terre et des périodes géologiques qui, au premier abord, ont paru donner un démenti aux textes sacrés. Le principe de la réincarnation ressort d’ailleurs de plusieurs passages des Écritures et se trouve notamment formulé d’une manière explicite dans l’Évangile :

« Lorsqu’ils descendaient de la montagne (après la transfiguration), Jésus fit ce commandement et leur dit : Ne parlez à personne de ce que vous venez de voir, jusqu’à ce que le fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. Ses disciples l’interrogèrent alors, et lui dirent : Pourquoi donc les Scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne auparavant? Mais Jésus leur répondit: Il est vrai

qu’Élie doit venir et qu’il rétablira toutes choses. Mais je vous déclare qu’Élie est déjà venu, et ils ne l’ont point connu, mais l’ont fait souffrir comme ils ont voulu. C’est ainsi qu’ils feront mourir le fils de l’homme. Alors ses disciples comprirent que c’était de Jean- Baptiste qu’il leur avait parlé. * (Saint Matthieu, ehap. xvii.)

Puisque Jean-Baptiste était Élie, il y a donc eu réincarnation de l’Esprit ou de l’âme d’Élie dans le corps de Jean- Baptiste.

Quelle que soit, du reste, l’opinion que l’on se fasse sur la réincarnation, qu’on l’accepte ou qu’on ne l’accepte pas, il n’en faut pas moins la subir si elle existe, nonobstant toute croyance contraire; le point essentiel, c’est que l’enseignement des Esprits est éminemment chrétien ; il s’appuie sur l’immortalité de l’âme, les peines et les récompenses futures, la justice de Dieu, le libre arbitre de l’homme , la morale du Christ ; donc il n’est pas antireligieux.

Nous avons raisonné, comme nous l’avons dit, abstraction faite de tout enseignement spirite qui , pour certaines personnes, n’est pas une autorité. Si nous, et tant d’autres, avons adopté l’opinion de la pluralité des existences, ce n’est pas seulement parce qu’elle nous vient des Esprits, c’est parce qu’elle nous a paru la plus logique, et qu’elle seule résout des questions jusqu’alors insolubles. Elle nous serait venue d’un simple mortel que nous l’aurions adoptée de même , et que nous n’aurions pas hésité davantage à renoncer à nos propres idées; du moment qu’une erreur est démontrée, l’amour-propre a plus à perdre qu’à gagner à s’entêter dans une idée fausse. De même, nous l’eussions repoussée, quoique venant des Esprits, si elle nous eût semblé contraire à la raison, comme nous en avons repoussé bien d’autres; car nous savons par expérience qu’il ne faut

pas accepter en aveugle tout ce qui vient de leur part, pas plus que ce qui vient de la part des hommes. Son premier titre à nos yeux est donc avant tout d’être logique ; elle en

a un autre, ce sont les faits qui sont venus la confirmer; faits positifs et pour ainsi dire matériels qu’une étude attentive et raisonnée peut révéler à quiconque se donne la peine d’observer avec patience et persévérance, et en présence desquels le doute n’est plus permis. Quand ces faits seront popularisés comme ceux de la formation et du mouvement de la terre, il faudra bien se rendre à l’évidence, et les opposants en auront été pour leurs frais de contradiction.

Reconnaissons donc , en résumé , que la doctrine de la pluralité des existences explique seule ce qui , sans elle , est inexplicable; qu’elle est éminemment consolante et conforme à la justice la plus rigoureuse, et qu’elle est pour l’homme l’ancre de salut que Dieu lui a donnée dans sa miséricorde. (Voir le chapitre des Contradictions.)

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