‹ Phosphorides cutanées: Contribution expérimentale à l'étude de cette affectionChapitre 20 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pathogénie

D’après les observations et le résultat de recherches que nous avons rapportés, nous allons essayer de dégager la pathogénie de cette affection.

Du fait que seuls les ouvriers préposés à la manutention du sesquisulfure de phosphore ont montré des lésions, on peut conclure que c’est la poudre qui en est responsable.

La présence de l’air est, nous l’avons vu, nécessaire.

Les lésions sont enfin plus marquées et plus précoces lorsque l’on fait agir le produit, en présence de corps gras.

Il semble que les peaux naturellement grasses, soient plus portées à faire des éruptions ; de toute façon, si tous les individus réagissent à la longue à une application de sesquisulfure et si on a pu fixer à 7 jours sa durée moyenne nécessaire pour obtenir des lésions, il n’en reste pas moins évident que cette

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durée varie avec les individus : si ceux-ci ont une peau naturellement grasse, cette durée sera plus courte et l’éruption sera plus marquée que si la peau est naturellement sèche.

Recherchons le mécanisme d’action du sesquisulfure lorsqu'il est arrivé dans le derme. D’après M. Ie Professeur MoREL, on peut invoquer deux mécanismes d’action différente :

Première hypothèse. — Dans une première hypothèse, on peut n’envisager que la formation de produits minéraux. Il est possible d'admettre que le produit par un chimiotactisme positif, fait un appel de globules blancs et ce sont ces globules blancs, par l’action de leurs diastases saponifiantes, c’est-à-dire hydrolysantes, qui vont dégager de l'hydrogène phosphoré et un acide phosphoreux analogue au PO2SHS. Il est alors vraisemblable d'admettre que ce sont ces agents, certainement toxiques, irritants et caustiques, qui agissent pour produire les lésions constatées. Ces corps ne sont évidemment pas très stables, ils sont avides d'oxygène et les agents d’oxydation doivent les transformer en acide phosphorique et en acide sulfurique.

Si l’on ajoute des alcalins auxdits agents d’oxydation les acides produits seront neutralisés et éliminés sans effectuer d’action nocive, d’où l’idée directrice qui a amené MM. NicoLas, GATÉ et ROUSSET à employer pour le traitement de l’affection des oxydants doux additionnés d’alcalins non caustiques, tels que le bicarbonate de soude, en s'inspirant ainsi des formules préconisées durant la guerre pour le traitement des brüû-

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fures par l’ypérite, laquelle est un corps sulfuré cotitenant, dans la partie organique de la molécule, des éléments électro-négatifs susceptibles, eux aussi, sous l’action des globules blancs, de donner naissance à des produits caustiques acides mais qui peuvent être détruits et éliminés par l’action des oxydants doux, en particulier alcalins, non caustiques.

Deuxième hypothèse. — Dans une deuxième hypothèse, on peut envisager l’action possible du sesquisulfure de phosphore sur les corps organiques qui pourraient peut-être donner naissance à des corps du groupe des éthers sulfhydriques, les uns, éthers acides du groupe des mercaptans, et les autres, éthers neutres du groupe des sulfures dont nous connaissons le sulfure d’allyle, constituant de l'essence d’ail, le sulfure de vinyle, constituant également de la même essence et dont nous connaissons aussi comme exemple le sulfure d’éthyle dichloré, type des vésicants, plus connu sous le nom d’ypérite.

On donne comme mode de formation des mercaptans la substitution de l’oxygène des alcools par le soufre au moyen du pentasulfure de phosphore. Par exemple :

5C2HSOH + P2SS — 5C2H5SH + P20$

Alcool éthylique +Pentasulfure de P—Ethyl mer captan + Anhydride phosphorique

et l’on donne comme méthode de préparation des sulfures d’alcoyles l’action du pentasulfure de phosphore sur les éthers oxydes :

5 (C2HS)20 + P?2SS = 5 (C2HS)2S + P20*

Oxyde d'éthyle—Sulfure d'éthyle

Bien qu'il s'agisse là de pentasulfure et non de sesquisulfure on peut supposer à ce dernier des propriéiés analogues et il ÿ a là également de nouvelles recherches de chimie organique et également de nouvelles recherches de pharmacodynamie pour l'essai des effets des corps organiques sulfurés qu'on pourri obtenir sur des cellules.

Mais il nous semble plus probable que c'est le premier mécanisme expose qui doit être retenu.

On pourrait peut-être interpréter par la production d'un corps comme le sulfure d'allyle à odeur alliacée le fait qui nous a frappé dans les observations du dégagement d'odeur alliacée que présentaient les malades quand on leur faisait des applications d'huile sur la peau qui avait fixe du sulfure de phosphore. Ce ne sont là que des indications de travaux. Mais nous les croyons assez bien étayées par des raisonnements chimiques pour les considérer comme devant nous diriger dans nos recherches ultérieures.

Il nous reste, avant d'achever ce paragraphe, à rechercher le mécanisme probable des lésions à distance du point d'application que présenta le malade en expérience, R...

Trois mécanismes nous semblent possibles.

C'est tout d'abord la diffusion à distance par les glo-

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