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PRINCIPE SUR LEQUEL REPOSENT LES PROCÉDÉS AU CHARBON

Les divers procédés de tirage des épreuves positives au charbon ^ sont basés sur le principe indiqué par M. Poitevin en 1853.

Ce savant chimiste, auquel l'art photographique doit la plupart de ses perfectionnements importants, avait reconnu que la lumière rend insoluble même dans do l'eau chaude les corps gorameux ou mucilagineux, additionnés de bichromates alcalins ou terreux; et c'est alors qu'il eut la pensée d'ajouter, pour produire des images photographiques inaltérables, des substances colorantes insolubles, telles que le charbon, les émaux en poudre, à de la

^ Pour abréger 5 on désigne d'ordinaire par les mots épreuves au charbon, tirages au charbon, Vidée plus générale d'épreuves ou de tirages obtenus à Taide de matières fixes, charbon ou autres.

gélatine, de ralbumine, de la gomme arabique, du sucre, de Famidon, etc.

Une couche du mélange coloré se trouvant appliquée à la surface d'une feuille de papier est exposée, après dessiccation spontanée, à l'impression par la lumière à travers un cliché négatif. Après rinsolation, si on la soumet à un lavage dans Feau tiède, les parties non impressionnées se dissolvent et le dessin apparaît formé par les parties insolubles du mucilage qui a retenu la matière colorante dont

11 a été additionné, matière dont la quantité emprisonnée se trouve dans la proportion exacte de la quantité d'insolation. Telle est la base des procédés au charbon.

Cette indication fournie par M. Poitevin, il y aura bientôt quatorze ans, a servi de point de départ à la pratique de divers procédés opératoires, soit pour obtenir de la gravure héliographique, soit pour la photolithographie;, soit enfin pour le tirage direct des épreuves au charbon dont nous nous occupons ici tout spécialement.

Dès l'apparition du procédé Poitevin indiqué à l'état de réaction utilisable plutôt que décrit comme méthode opératoire complète, des essais sur cette action si remarquable de la lumière furent tentés par divers expérimentateurs, et nous avons assisté

aux perfectionnements qui ont été apportés successivement à ce procédé. M. Fabbé Laborde, dès 18S8, indiquait l'idée d'attaquer la couche pardessous à travers le subjectile, idée qu'avait à son tour, deux années plus tard, M. Fargier, à qui l'on doit d'avoir surtout vulgarisé ce tour de main heureux, car assurément M. Poitevin et bien d'autres opérateurs ont ou auraient eu la même pensée.

D'autres essais au charbon étaient poursuivis à la même époque par MM. Garnier et Salmon, photographes à Paris, Pouncy à Londres, et Testud de Beauregard, tous basés sur le même point de départ, ainsi que cela a été démontré depuis, sur l'idée mère propagée en France par M. Poitevin : l'action de la lumière sur les bichromates alcalins ajoutés aux diverses substances organiques précitées. Mais ces procédés divers auxquels il a été apporté fort peu de modifications dans ces derniers temps, semblaient presque abandonnés tant il en était peu question lorsque fut annoncé en 1864 le procédé de M. Swan, lequel, tout en utilisant la réaction indiquée par M. Poitevin, apportait une heureuse amélioration aux modes divers d'impression directe.

La méthode indiquée par M. Swan, permettant à l'aide d'une action immédiate de la lumière sur la

gélatine lichromatée, et d'un transport ultérieur de l'image, d'obtenir des épreuves plus modelées, plus riches en détails, et d'une manière plus pratique que par les autres moyens, a donné aux procédés de tirage au charbon une impulsion nouvelle^ et les a fait admettre dans la pratique industrielle, oti ils tendent à se généraliser chaque jour davantage. Il suffit de parcourir les publications photographiques actuelles, pour s'assurer de la faveur dont jouissent maintenant les procédés au charbon. Des travaux spéciaux sur cette matière ont déjà paru ou sont en voie de paraître, et il est évident que nous sommes^ en ce moment, dans la période de transition qui doit conduire l'art photographique de l'abandon des tirages sur chlorure d'argent à l'impression des images photographiques formées de substances inaltérables.

La collection si remarquable des épreuves de M. Braun, de Dornach, reproduisant par le procédé Swan plus de trois mille cinq cents dessins originaux des musées du Louvre, de Dresde, de Yienne, de Bade, de Munich et de Florence, est une preuve suffisante do la valeur industrielle de ce procédé, sans parler des applications sans nombre qu'on en fait déjà en Angleterre et en Allemagne.

Un très-habile amateur, M. Jeanrenaud, a fait

figurer à TExposition universelle de 1867 de magnifiques épreuves de paysages obtenues par un procédé semblable : il y a donc des faits à côté de la théorie, faits bien encourageants, puisque la plupart des spécimens dont nous parlons sont de véritables chefs-d'œuvre.

Pour rendre plus accessible à tous l'emploi du procédé qu'il a breveté, M. Swan a eu l'heureuse pensée de faire exécuter en fabrication, de manière à les tenir à la disposition du public^ des papiers recouverts de la couche de gélatine colorée, tout prêts pour l'impression. La France ne devait pas se laisser devancer longtemps dans cette voie. La maison Marion, à laquelle l'art photographique doit tant de services, s'est mise en mesure de livrer des papiers gélatinés colorés, et de faciliter, par tous moyens en son pouvoir, la vulgarisation des procédés stables. A M. A. Marion personnellement appartient une méthode spéciale fort ingénieuse et fort pratique, que nous décrirons en son lieu dans le cours de ce travail, avec tout le développement nécessaire à l'intelligence de son procédé^.

Nous n'écrivons pas uniquement, il est bon de le dire, pour des personnes déjà au courant de ces questions^ mais pour tous les amateurs auxquels il

faut, au début surtout d'une méthode opératoire, maints détails sur la marche qu'ils ont à suivre, sur les manipulations successives auxquelles ils doivent se livrer. Pour être plus clair, nous ne reculerons pas devant quelques redites, dût le côté littéraire de cet exposé en souffrir beaucoup. Notre but n'est pas de faire ici œuvre de style , mais seulement d'être précis autant que possible.

Avant de décrire les divers procédés qui sont aujourd'hui l'objet d'une sérieuse application, nous allons résumer rapidement l'ensemble des manipulations qui constituent le mode de tirage vulgairement tii^^elé procédé au charbon.

Le principe général sur lequel repose ce tirage vient d'être formulé ; il s'agit donc de remplacer les feuilles de papier salé ou albuminé, sensibilisées à l'aide du chlorure d'argent, par du papier simplement recouvert d'une couche de gélatine, emprisonnant une substance en poudre impalpable, fixe, comme le sont, par exemple, le noir de Chine, les poudres de charbon en général, la sanguine, le brun van dyck, l'indigo, la sépia, les émaux métalhques, certaines poudres terreuses.

Cette couche, une fois desséchée à la surface du papier, est sensibilisée par un bichromate alcalin en dissolution, et exposée, après nouvelle des-

siccation, à raction du soleil à travers un cliché négatif.

Ici se présentent plusieurs modes d'exposition aux rayons lumineux : dans certains cas on place le cliché négatif contre la couche de gélatine ellemême, d'autres fois on fait agir la lumière au sortir du cliché à travers l'épaisseur du papier ou de tout autre suhjectile, tels que le mica^ la toile, le collodion pelliculaire ^ d'autres fois encore on recouvre du mélange de gélatine colorée et hichromatée une glace, comme on le fait avec du collodion.

Quel que soit le rapport et le mode d'exposition adoptés, on développe l'image après une impression jugée suffisante, en la plongeant dans de l'eau tiède, et en maintenant la température iiécessaire à l'entière dissolution de toutes les parties non insolubihsées par la lumière. Le développement est complet quand il ne reste plus à la surface du subjectiie que les parties insolubles de la gélatine tenant emprisonnée la matière colorante dont elle a été additionnée.

Un simple lavage dans une eau bien propre, et quelquefois untannage de l'épreuve dans une faible dissolution d'alun constituent la dernière opération; il n'y a plus qu'à laisser sécher et à monter.

Dans les cas où un ou deux transports sont nécessaires, les choses ne se passent pas absolument ainsi, mais ces modifications de détail seront décrites spécialement : nous ne donnons ici qu'une idée générale du procédé.

On le voit donc, plus de nitrate d'argent, matière coûteuse; plus d'images métalliques déposées à la surface d'un papier recouvert d'albumine, substance renfermant des germes d'altération et de destruction de l'image; plus de sels d'or, corps très-coûteux encore ; enfin plus d'hyposulfite de soude, autre source de destruction des épreuves. Tout cela est remplacé par des matières bien plus économiques, poudre de charbon, gélatine, bichromate de potasse; et, comme conséquence inappréciable, à la durée vraiment éphémère des images fournies parles anciens procédés, succède l'inaltérabilité complète.

Il est vrai que la fabrication des papiers gélatino-charbonnés n'est pas arrivée encore à un degré de production industrielle suffisant pour abaisser assez les prix de ces produits, mais c'est une question de temps. A mesure que les tirages au charbon se vulgariseront davantage, la production de ces papiers spéciaux pourra s'étendre en proportion, et iln'est pas douteux pour nous qu'on arrivera

PROCÉDÉS AU CHARBOIN. 17

graduellement et bientôt à diminuer beaucoup les prix actuels de la vente de ces papiers. Mais, même en l'état, au début presque de cette transformation des tirages, il y a déjà une économie notable à réaliser en substituant le charbon à l'argent.

Nous jugerons plus loin la valeur de ces procédés dont une application absolument pratique ne peut être faite encore à tous les besoins de la photographie artistique ou industrielle. Le moindre tour de main nouveau, dont l'heure ne se fera pas attendre, fera faire vers le progrès un pas immense à un procédé déjà si ingénieux. Le moyen de hâter ce progrès, c'est de vulgariser l'acquis de la science sur cette matière. Ainsi faisons-nous.

Commençons par celui des procédés personnels qui, tout en s'appuyant sur la donnée générale que nous venons d'exposer, s'est produit avec tout un ensemble de manipulations décrites avec assez de précision pour provoquer le retour vers un procédé quelque peu oublié, et pour devenir l'objet d'une grande application industrielle : nous avons cité le procédé Swan.

z ihin ' ^^^^

Ainsi que nous venons de le dire, c'est dans les premiers temps de Tannée 1864 que fut publié le procédé Swan ; il fixa alors pendant plusieurs mois consécutifs l'attention générale, tant étaient remarquables les résultats qui accompagnaient sa spécification.

D'ailleurs les détails opératoires décrits par M. Swan étaient tellement précis et intelligibles, que le succès ne tarda pas à couronner les essais multiples qui furent faits de ce procédé.

Comprenant qu'il était essentiel de tout prévoir au moment de vulgariser une méthode nouvelle basée sur des données connues déjà, mais peu à peu abandonnées par suite sans doute d'insuccès nombreux, M. Swan n'a négligé aucun des points de son procédé, et ce n'est qu'après l'avoir sérieu-

sèment étudié, qu'il Ta lancé dans le monde photographique oti il devait faire bientôt son chemin. A notre tour d'appeler l'attention sur les travaux utiles de ce savant photographe anglais.

Ce qui distingue spécialement le procédé Swan, c'est la production de ce qu'il appelle un tissu^ soit un subjectile tout recouvert en fabrication de la couche de gélatine charbonnée, opération trèsdifficile à effectuer sans des moyens spéciaux, et que les photographes praticiens ou amateurs ne pouvaient tenter eux-mêmes sans s'exposer à de continuels insuccès. L'impossibilité d'obtenir des couches convenables était une des causes de l'abandon des procédés au charbon précédemment décrits ; mais là n'est pas la seule distinction à étabhr. Tandis que l'oi^ croyait indispensable pour obtenir des demi-teintes de faire agir la lumière sur la couche interne la plus rapprochée du papier ou d'un subjectile translucide, M. Swan expose directement la couche gélatino-charbonnée en contact avec le cliché négatif ; il évite ainsi l'inconvénient qui résultait d'une pose plus longue et d'une déperdition de finesse, alors qu'on interposait une feuille de papier entre le négatif et la gélatine.

Le procédé Fargier, que nous décrirons plus tard, obviait^ il est vrai, dans une certaine mesure,

à ces inconvénients ; mais il était d'une application fort difficile, quand il s'agissait d'épreuves d'une grande dimension, vu l'impossibilité d'appliquer parfaitement une grande feuille de coUodion sur du papier, tandis que le transport des épreuves obtenues par le procédé Swan sur leur support définitif s'effectue très-aisément, quelle que soit leur dimension^ et, ainsi qu'on le verra, d'une manière plus courante, plus industrielle.

On peut procéder de deux manières différentes, suivant les circonstances.

La première méthode consiste à recouvrir une glace de collodion normal épais, et à verser sur cette couche une mixtion de gélatine et de sucre colorée et bichromatée.

Après dessiccation, la couche de collodion supportant la mixtion est séparée de la glace, et l'on obtient ainsi une feuille souple que l'on n'a plus qu'à soumettre à l'irradiation solaire en l'appliquant contre un cliché négatif, de telle sorte que les deux couches de collodion soient en contact, après quoi on la fait adhérer, le charbon en dedans, contre une feuille de papier, soit temporairement au moyen d'un vernis au caoutchouc, soit définitivement à l'aide de l'albumine. Elle est alors développée, et si elle n'a été collée sur papier que

temporairement, retraasportée ainsi que nous l'indiquerons plus loin.

La deuxième méthode pratique consiste dans l'application sur papier d'une couche de gélatine colorée, que l'on sensibihse quand on veut par l'immersion dans une solution de bichromate de potasse. Alors on l'expose à la lumière, puis elle est reportée contre une autre feuille de papier couverte de vernis au caoutchouc (vernis inattaquable par l'eau), et le premier papier est enlevé par l'immersion du tout dans de l'eau suffisamment chaude ; puis l'image, une fois développée, est retransportée du papier au caoutchouc sur son support définitif.

C'est l'ensemble de ces deux méthodes que nous allons décrire avec tous les détails publiés par l'inventeur lui-même.

Préparation des papiers*

Bien que la préparation de papiers recouverts d'une couche égale de mixtion colorée soit chose difficile pour tout opérateur, et que ce travail soit plutôt du ressort d'une fabrication spéciale, il ne peut être sans intérêt de savoir comment on pro-

cède pour faire les papiers gélatino-cliarbonnés dans rétablissement de MM. Mawson et Swan, à Newcastle, sur la Tyne.

Le papier est préparé par un moyen mécanique qui assure une couche uniforme. On place chaque feuille sur une bande sans fin s'enroulant autour de rouleaux cylindriques qui la tiennent bien tendue, et on la fait passer à plusieurs reprises consécutives à la surface d'un mélange de gélatine de sucre et de la matière colorante adoptée, jusqu'à ce que la feuille se trouve recouverte sur toute son étendue d'une couche d'une épaisseur convenable. Le mélange se trouve maintenu à Ja température convenable par un courant de vapeur ; une même couche se trouve appliquée à chaque nouveau contact, et l'on obtient ainsi, en répétant l'opération autant de fois que cela est nécessaire, une couche de mixtion parfaitement égale, sans aucune de ces ondulations qui résulteraient de l'emploi d'une méthode moins régulière.

Le papier, après dessiccation, est coupé de dimension et on le conserve indéfiniment tout prêt à être sensibilisé.

Il est important que le papier employé possède une surface lisse et exempte de toutes inégalités et imperfections pour être susceptible de recevoir une

couche uniforme de l'enduit coloré, toute imperfection dans la, couche devant se traduire par une tache dans l'image. Il faut aussi que le papier soit assez perméable à l'eau pour que l'on puisse le séparer facilement de la couche de gélatine lors du développement.

Trois sortes de papiers gélatinés sont préparées, contenant des quantités différentes de matière colorée, et chacune de ces qualités spéciales répond à une série de négatifs dont l'ensemble se trouve divisé aussi en trois catégories distinctes.

Les matières colorantes employées sont : l'encre de Chine, la sépia et la purpurine. Cette dernière substance ayant pour objet de donner -plus de chaleur au ton de Fimage et un aspect analogue à celui des belles épreuves photographiques richement virées.

Chacune de ces couleurs est employée suivant trois proportions correspondantes aux divers degrés d'intensité des négatifs.

Dans cette méthode d'impression au charbon, bien que les meilleures images doivent évidemment être le résultat des négatifs les plus parfaits, il est possible, avec un négatif très-dur et offrant de grandes oppositions, d'o})tenir une imago d'une grande douceur, tandis que l'on peut, dans l'ordre

inverse, obtenir des épreuves brillantes de négatifs faibles offrant peu d'intensité et d'opposition.

Le principe sur lequel reposent ces effets est le suivant : On sait que les divers degrés d'intensité des images répondent à des épaisseurs différentes de la couche de matière colorée qui demeure après le développement à la surface du papier ; il s'ensuit qu'une plus grande proportion de matière colorante, au sein d'une couche d'une épaisseur déterminée, produit une image plus intense que s'il y a moins de matière colorante dans lamême épaisseur de couche, de telle sorte que si on voulait avoir la même intensité, il faudrait, dans ce dernier cas, augmenter la profondeur de la couche colorée.

Si donc on prend un morceau de papier préparé pour un bon négatif et qu'on l'imprime à travers un négatif dur et intense, il en résulte qu'une profondeur suffisante de la couche colorée deviendra insoluble, produisant des ombres profondes et des demi-teintes très-marquées dans les tons élevés, longtemps avant que les plus légères demi-teintes aient été formées, et si on continue l'impression jusqu'au moment oîi les demi-teintes sont imprimées, les tons les plus faibles qui forment les détails dans les ombres seront obscurcis par l'insolubilisation d'une profondeur trop grande des

parties éclairées de ces ombres et suffisantes pour masquer complètement le hlanc du papier.

Si avec ce même négatif on emploie un papier contenant une plus faible proportion de matière colorante, on peut arriver à obtenir l'insolubilisation d'une couche plus profonde avant que les demi-teintes les plus sombres soient trop obscurcies, et pendant ce temps une quantité suffisante de lumière a pu traverser les parties les plus denses du cliché pour rendre les détails avec leurs valeurs respectives.

D'autre part, en augmentant la proportion de matière colorante, on peut obtenir une image offrant de grands contrastes, lors même qu'il en existerait de très-faibles dans le négatif employé, puisqu'une faible épaisseur dans la couche de matière peut donner des tons très-noirs si elle contient une grande proportion de la substance colorante.

Dans le cas d'un cliché faible, la lumière, dans un même temps donné, traverse suffisamment pour produire des détails dans les parties éclairées, tout en produisant dans les ombres une vigueur convenable, safis qu'il soit nécessaire de pousser plus longtemps l'impression, parce que l'on arriverait ainsi à l'altération de l'image en augmentant trop

dans les lumières l'épaisseur de la couche colorée.

Uon peut donc ainsi améliorer les clichés par la faculté qu'on a d'accroître les oppositions dans ceux qui sont un peu plats, et d'obtenir de la douceur avec ceux qui présentent trop de dureté ; mais il ne s'ensuit pas, dans la pensée de l'inventeur, que l'on puisse ainsi faire rien de bon avec de mauvais clichés ; il ne s'agit ici que d'une certaine correction relative et nullement d'une métamorphose complète.

En vertu de ce principe, le papier est donc préparé avec trois proportions différentes de matière colorante, correspondante à trois catégories de négatifs désignées par les numéros spécifiques 1, 2 et 3.

Le numéro 1 contient la moindre proportion de couleur et convient aux reproductions de négatifs oflrant de la dureté, soit à cause de la nature du sujet, soit par suite d'un excès de pose ou d'un renforçage exagéré.

Le numéro 2 convient aux négatifs d'une valeur normale et dans lesquels les parties les plus intenses ne sont pas absolument opaques.

Le numéro 3 contient une proportion plus grande de couleur, il est propre à l'impression des négatifs doux et manquant un peu d'intensité.

M. Swan assure qu'en opérant une classification convenable des négatifs appartenant à chacune de ces trois catégories, et en appliquant à chacune d'elles le papier qui lui est propre, on arrive à des résultats aussi réguliers et aussi complets que ceux que fournit l'impression usuelle au chlorure d'argent.

Voici la formule de la mixtion destinée à recouvrir les papiers :

Gélatine 20 grammes ^

Sucre 5 —

Eau 80 —

Quant à la quantité de matière colorante, elle dépend d'une infinité de circonstances : elle doit varier d'abord en raison de la nature des clichés, ainsi que cela vient d'être expliqué, et, en outre, la nature elle-même de la substance employée influe sur les proportions à introduire dans le mélange.

Le papier préparé doit être conservé dans un endroit frais et sec, étendu à plat et placé sous un poids.

^ Voir au chapitre IX, pour les détails relatifs à la qualité de gélatine la plus convenable.

On doit éviter de le laisser exposé à Fair, qui lui donne la propriété de se racornir lorsqu'il est chaud, et le transforme en un rouleau difficile à manipuler.

L'air humide lui est aussi très-nuisible, puisque la gélatine, vu sa nature hygroscopique, absorbe de l'humidité.

{Sensibilisation du papier.

On opère la sensibilisation des papiers avec une dissolution convenablement saturée de bichromate de potasse, elle est faite de telle sorte qu'il ne s'y produise aucune trace de cristallisation par une température froide. La proportion employée est celle-ci :

Bichromate de potasse 8 grammes ^

Eau 100 —

Le papier est appliqué, la couche de mixtion en dessous, à la surface de la solution versée en quantité suffisante dans une cuvette. Il faut avoir bien soin d'éviter les bulles d'air.

^ Voir chap. IX.

Après l'immersion, on retourne la feuille et on fait disparaître avec un pinceau souple les bulles qui ont pu se former sous la couche de gélatine. Celle-ci ayant la propriété de refuser partiellement la solution, doit être légèrement brossée au pinceau pour que tous les points de la surface se sensibilisent également. On passe de nouveau le papier sur la solution de bichromate après cette opération, puis on le pince sur un de ses côtés avec des épingles américaines et on le retire lentement de manière que la solution s'écoule sans former des ruisseaux à la surface. Si on opère sur une feuille de grande dimension, il convient d^appliquer une règle de bois le long du côté qui sort le premier de la solution. Cette règle est fixée par des pinces américaines contre le papier.

Le temps de l'immersion peut varier d'une à trois minutes, selon la température et la facilité avec laquelle le mélange absorbe la solution. Plus longue est la durée de l'immersion, dans de certaines limites, et plus grande est la sensibilité du papier; mais on s'expose à deux inconvénients sérieux si cette immersion est trop prolongée.

D'abord le papier s'altère, la gélatine perd sa souplesse et la grande quantité d'eau absorbée est cause que la feuille se déchire par son propre poids;

en second lieu, un long séjour sur une solution saturée produit des cristallisations à la surface quand la couche se dessèche, et le papier devient impropre à tout usage. En moyenne, deux minutes de séjour sur le bain de bichromate doivent suffire, et, d'ailleurs, quelques expériences donnent bientôt la notion de la durée convenable.

Il est superflu de dire que toute cette opération doit s'effectuer dans l'obscurité. Le papier, au sortir de la solution, doit être mis à sécher dans un endroit obscur traversé par un continuel courant d'air sec. Aux premiers moments de la dessiccation, la température de l'air ne doit pas dépasser 20 degrés centigrades pour que la gélatine, déjà ramollie par l'eau, ne se dissolve pas en partie.

Durant les temps humides, l'air de la chambre à sécher doit être élevé de quelques degrés, mais seulement après que le papier a atteint une demidessiccation. Si la dessiccation est lente, le développement ultérieur de l'image sera extrêmement lent ou absolument impossible. Il résulte des expériences de M. Swan qu'en conservant le papier sensible pendant longtemps dans l'humidité ou en le séchant lentement, on obtient une décomposition analogue à celle que produit la lumière quand sou action amène une égale et complète insolubilité.

P.ROCÉDÉ SWAN. 31

Après une entière dessiccation, le papier sensible peut être conservé pendant plusieurs jours. On a pu le conserver pendant deux semaines, M. Wharton Simpson l'affirme, sans remarquer aucune altération; pourtant il parait préférable de l'employer un ou deux jours après la sensibilisation. Nous n'avons pu réussir à en conserver sans altération durant plus de cinq à six jours.

Quand on le conserve trop longtemps, il se produit un effet analogue à celui que l'on remarque sur du papier au chlorure d'argent exposé à la lumière trop tardivement, le développement est lent et les clairs ne sont pas lumineux.

Le mieux est de préparer le soir le papier qu'on doit utiliser le lendemain, une exposition de douze heures à un air sec étant très-suffisante pour le degré de dessiccation nécessaire. On doit éviter une dessiccation trop complète, qui produirait un racornissement du papier, car il est, en pareil cas, très-difficile d'obtenir dans le châssis-presse un contact parfait entre tous les points du cliché et ceux de la couche de gélatine, et aussi de coller le papier impressionné contre le papier caoutchouté avant le développement. Si pourtant on avait accidentellement un papier trop sec, il conviendrait de l'exposer pendant quelques minutes dans un en-

droit humide, où il reprendrait bientôt une souplesse susceptible de faciliter les manipulations.

Il faudrait cependant éviter qu'il fût trop humide ou qu'il conservât la moindre tendance à adhérer au cliché, car on s'exposerait ainsi à la perte inévitable du négatif .

KiK:posltîoii à la lumière.

M. Swan, pour éviter l'inconvénient qui résulterait de la juxtaposition contre un cliché négatif d'une feuille susceptible d'y adhérer et de le détruire, a recours à un expédient ingénieux. Il frotte la surface du cliché, à l'aide d'un blaireau doux, avec du talc en poudre. Cette matière, par sa nature onctueuse, empêche le danger d'adhérence et prévient ainsi Ja destruction des chchés. Cette substance offre encore une autre utihté.

En l'appliquant à la surface de la gélatine, on s'aperçoit bien vite s'il reste quelque partie imparfaitement sèche. Le talc s'agglomère dans cette partie, au lieu de s'étendre, comme sur les autres points, en une couche à peine visible.

Le talc empêche aussi une excessive absorption de lumière sur ces portions du papier qui sont

en contact si parfait avec le négatif, que toute réflexion de la deuxième surface de la glace se trouve détruite, et, quoique le brillant de la couche se trouve un peu altéré par les traces de poudre qui y demeurent attachées, il n en résulte aucun retard dans rimpression, aucune imperfection dans lu valeur de l'épreuve.

On n'a pas besoin, pour l'exposition à la lumière, d'employer des châssis-presses à couvercles mobiles, puisque durant l'impression on n'a pas à suivre la venue de l'épreuve : le seul guide à consulter est le photomètre, dont nous allons indiquer ci-après le principe et l'usage. La pression du couvercle doit être relativement légère et le tampon interposé bien doux et uni — du linge fm forme un excellent tampon. Lorsque le tampon du couvercle est grossier, il convient de placer sur le dos du papier sensible une feuille de carton mince.

Une pression trop intense forme comme des taches noires sur les points qui sont en contact trop immédiat avec le négatif.

Si le papier est complètement sec, il n'existe aucun inconvénient à l'exposer au soleil ; mais si la couche de gélatine contient les plus légères traces d'humidité, une exposition prolongée à un soleil chaud avec un cliché intense peut amener le ra-

mollissement et la gélatine, produire l'adhérence au cliché et son infaillible destruction.

Comme ce papier est beaucoup plus sensible que le papier albuminé, le mieux, pour plus de sécurité, est d'imprimer à la lumière diffuse.

En règle générale, l'exposition varie du tiers à la moitié du temps ordinairement exigé par le papier albuminé.

En plein soleil, l'exposition peut varier avec différents négatifs depuis une jusqu'à dix minutes, et, dans la lumière diffuse, depuis dix minutes jusqu'à une heure et davantage.

Le photomètre sert d'ailleurs de guide mieux que toutes indications approximatives.

Photomètre.

Cet instrument, on le conçoit aisément, joue un rôle important dans un procédé où il est impossible de suivre directement la venue de l'image, comme on le fait dans les tirages au chlorure d'argent. Ici le point de venue ne peut être observé qu'indirectement, sur un photomètre spécial, exposé à la môme action lumineuse que les images en cours d'impression.

M. Swan a pris pour base de son photomètre Taction de la lumière sur un papier préparé au chlorure d'argent. Il s'appuie sur ce fait démontré par MM. Roscoe et Bunsen, que du papier salé par immersion dans une solution déterminée de chlorure de sodium, puis mis à flotter durant un certain temps sur un bain de nitrate d'argent d'un titre constant, se recouvre d'une teinte invariable dans son intensité, quand on Texpose à Faction d'une quantité de lumière déterminée. Ils ont ensuite démontré que la durée de l'impression équivalait à l'intensité de la teinte obtenue et réciproquement, de telle sorte qu'une coloration déterminée peut correspondre à un temps d'exposition équivalent.

En appliquant ces données à son instrument, M. Swan avait à éliminer deux causes d'erreur. Pour que l'observation du papier teinté ait quelque valeur, on doit opérer la comparaison seulement sur les teintes les plus légères. La coloration du papier sensible, par l'action de la lumière dans ces premiers changements jusqu'à la teinte lavande, est notablement appréciable dans ses modifications, et chaque degré successif d'intensité est facile à distinguer. Quand la couleur a dépassé la teinte lavande et s'approche du pourpre ou de toute autre

teinte foncée, il est difficile dénoter avec certitude les progrès de la modification. Il était donc nécessaire d'arrêter aux teintes légères le plus haut degré de coloration, puisque là Seulement est aisée la comparaison.

Four y arriver, le papier sensible est exposé sous un écran à demi transparent, et dont Topacité est équivalente à celle d'un négatif. — De même que l'état de l'impression sur le papier au chlorure d'argent est jugé non pas par l'intensité de la couleur obtenue dans les ombres, mais par la teinte qu'acquièrent les lumières et les demi-teintes , de même, le papier sensible du photomètre , se trouvant placé sous un écran d'une demi-opacité ou sous un petit négatif d'une intensité correspondante à celle du cliché soumis au tirage, indique par les teintes légères si l'exposition a été suffisante.

L'emploi de cet écran présente une autre utilité. On observe généralement dans l'impression sur sel d'argent que la plus grande vigueur et les plus forts contrastes sont obtenus dans une exposition à une lumière diffuse plutôt qu'en plein soleil, l'intensité des ombres, durant une exposition prolongée, se produisant dans une proportion plus grande que dans les lumières et les demi-teintes. On re-

marque, en d'autres termes, que l'action de la lumière à travers les parties transparentes du négatif dans une faible lumière est relativement plus intense qu'à travers les parties les plus opaques. On peut admettre que cela tient à la nature combinée de la surface sensible habituellement employée, et de la sensibilité relative du chlorure d'argent et de l'albuminate d'argent sous l'influence d'une lumière faible ou intense, et que cette même loi n'existe pas ou existe à des degrés différents dans les papiers au charbon.

Quoi qu'il en soit, la surface sensible dans le photomètre , se trouvant exactement placée dans les mêmes conditions que le papier au charbon dans le châssis-presse, indique d'une manière exacte la quantité de la lumière active.

Le photomètre se compose d'une petite boite dans laquelle est enfermée une bande de papier sensible, soigneusement préservée de l'action de toute lumière autre que celle à laquelle on l'expose. Cette boite est munie d'un couvercle à coulisse qui porte sur une de ses ouvertures un petit écran en verre qui a été coUodionné, exposé, développé, de manière à former un petit négatif un peu opaque à une de ses extrémités et légèrement transparent à l'autre.

Le papier sensible est exposé à la lumière sous une petite section de ce négatif dans la partie correspondant au degré convenable de transparence.

Une autre portion de la coulisse porte une glace jaune sous laquelle on peut amener le papier sensible pour l'examiner sans l'altérer par la lumière. Les teintes les plus légères de la partie sur laquelle la lumière a agi sont aisément distinguées à travers la glace jaune des paiiies blanches sur lesquelles la lumière n'a produit encore aucun effet.

Une disposition ad hoc permet d'amener successivement sous l'écran pour les soumettre à l'irradiation solaire chacune des parties du papier sensible au fur et à mesure qu'une nouvelle partie a été colorée.

Le photomètre, dans sa disposition la plus complète, est muni d'une série d'écrans gradués de telle sorte que chaque différence d'intensité corresponde à l'intensité des négatifs divers. (Disposition analogue à celle que nous avons conseillée nous-même.)

Libre à chacun d'adopter tel mode de comparaison qui lui conviendra. Le point principal, c'est de classer les négatifs en diverses catégories, et, quand cela est nécessaire, il est l)on de noter sur chaque négatif ses qualités d'impression, la section de

Fécran ou le numéro de la teinte du photomètre après une première expérience d'essai.

De la sorte, une quantité quelconque de négatifs d'une même classe se trouvant exposée en même temps, on n'a qu'à suivre le progrès de la venue sous un seul photomètre.

Cette vérification devient ainsi pratique, et l'on est assuré, quand une des épreuves a été suffisamment exposée, que toutes les autres, placées dans des conditions identiques, sont aussi terminées.

Le papier sensible pour le photomètre peut être préparé, en suivant n'importe quelle formule, pourvu que l'on réahse une sensibilité constante et uniforme \

Du papier de Saxe, immergé pendant dix minutes sur une solution de 2 pour 100 de chlorure de sodium, puis posé sur un bain à 10 pour 100 de nitrate d'argent pendant deux minutes, peut remplir l'objet qu'on se propose ^

^ Un papier sensible inaltérable, tel que celui de M. F. Carrier, s'il est démontré qu'il fournisse la constance et l'uniformité nécessaires, sera préférable à tout autre papier préparé d'après une formule analogue à celle-ci,

2 Un autre photomètre a été indiqué par M. Yogel ; il se compose en substance d'un petit chàssis-presse, dont le côté de la glace en dessus de celle-ci est muni d'un obturateur qui permet à volonté l'accès ou l'arrêt des rayons lumineux ; la

Opérations préliminaires avant le développement de l'image.

Avant de procéder au développement, le papier impressionné doit être appliqué contre une autre

série des teintes plus ou moins translucides, adoptée par M.Vogel, est formée successivement parla superposition d'un plus grand nombre de morceaux d'un même papier mince, et cette série se compose de 25 degrés ou écrans différents. On soumet à la lumière, en même temps que le ou les clichés à tirer, ce photomètre garni en dedans et par derrière d'une bande de papier ordinaire sensibilisé avec du bichromata de potasse. La lumière, en agissant à travers les divers écrans plus ou moins opaques, teint en cases d'intensités diverses le papier bichromaté^ et on doit s'arrêter, dit M. Yogel, au degré qui correspond à l'intensité des chchés à impressionner.

Nous avouons n'avoir pu employer cet instrument avec un plein succès. Yoici comment nous avons tenté de nous expliquer notre insuccès.

Huit bandes de papier au chlorure d'argent ont été obtenues de la manière qui suit ;

La bande n° 1 a posé au soleil durant une minute.

La bande n" 2 a posé au soleil durant deux minutes.

Et ainsi de suite jusqu'à la bande n° 8, qui est le résultat d'une exposition de huit minutes.

Ces bandes ont été appUquées sur un bristol de telle sorte que les teintes correspondantes soient sur une même ligne. De l'observation de ce tableau, il résulte que le numéro 23, par exemple, est marqué avec une intensité peu différente dans

feuille de papier, à laquelle on le fait adhérer à l'aide d'une substance inattaquable par l'eau, afin que le papier sur lequel a reposé jusqu'alors la mixtion colorée puisse être enlevé en exposant à l'action de l'eau la surface préservée jusque-là.

Comme le papier sur lequel la mixtion va être

les bandes 5, 6, 7 et 8, intensité dont la différence est facile à distinguer sur le tableau même, mais qu'il serait impossible d'apprécier sur des bandes isolées; il y a pourtant entre quatre minutes et huit minutes de pose le double du temps, et le photomètre n'indique guère à Tœil une différence aussi notable ; il y aurait donc lieu d'en modifier la graduation de façon à rendre les résultats plus frappants. La graduation que nous avons indiquée nous paraît préférable, parce qu'elle n'est pas simplement une série de teintes séparées Tune de l'autre par une différence quelconque, mais bien une série de dix teintes variant par dixième du blanc extrême au noir absolu.

Dans le photomètre Vogel, à partir de quatre minutes d'exposition aux rayons solaires, on lit sur la bande sensible toute la série des numéros jusqu'à vingt-cinq. Il est vrai que sur la bande exposée huit minutes, il y a un numéro 25 plus marqué que sur la bande exposée cinq minutes ; mais comment apprécier la différence et surtout comment se rappeler les teintes différentes à chaque minute en plus d'exposition?

Notre photomètre basé sur un principe identique à celui indiqué par M. Swan^ nous semble plus simple et surtout d'une vérification plus commode. Il suffit, pour l'exécuter, de reproduire par la photographie une série de dix teintes graduées, de telle sorte que lestons successifs s'élèvent graduellement en allant du blanc au noir. En faisant sur glace au-

supportée durant les opérations ultérieures est placé en contact avec la surface qui sera définitivement celle de l'image terminée, il convient qu'il soit lisse et exempt de taches.

11 doit, en outre, être assez ferme pour résister au traitement par l'eau chaude. Du papier de Saxe mince est très-suffisant.

On emploie pour le collage du papier impressionné une solution de caoutchouc.

Du caoutchouc pur doit être coupé en lames minces, et mis à dissoudre dans de la benzine pure, dans la proportion de 2 grammes pour 100 centim.ètres cubes du dissolvant.

tant de clicliés différents qu'on voudra d'après cette bande type^ on aura le moyen de multiplier ces photomètres pour les cas de tirages nombreux et exigeant chacun un degré différent d'insolation.

S'il y a des mécomptes dans le temps de pose, après qu'on aura procédé de la manière habituelle avec le photomètre, il faudra en chercher les causes dans un vice de la préparation des couches de gélatine sensibles.

C'est ce qui nous est arrivé durant les fortes chaleurs de l'été. Toutes nos observations des temps photométriques nécessaires à nos tirages se trouvaient modifiées par les résultats. 11 s'était produit une grande insensibihté dans nos papiers, par suite de l'action de la chaleur sur nos mélanges trop saturés de bichromate de potasse et en grande partie insolubilisés. (Voir au supplément la description des photomètres pour tirage des épreuves au charbon de MM. Arthur Taylor et Léon Vidal.)

Quand cette préparation est filtrée, elle forme un vernis léger qui laisse une mince couche de caoutchouc sur le papier à la surface duquel il est appliqué.

Il y a des échantillons de caoutchouc qui se dissolvent lentement dans la benzine. Dans ces cas-là, il faut faciliter la complète dissolution en couvrant les fragments de caoutchouc d'une petite quantité de chloroforme qui les réduit bientôt en une masse pâteuse d'une dissolution facile dès qu'on l'additionne de benzine.

La dissolution de caoutchouc est versée dans une cuvette, et le papier mis à flotter sur la surface du vernis ou mieux promené par-dessus, de manièra à le couvrir d'une faible couche sur toute sa superficie. Cela fait, on met le papier à sécher en le retenant par des épingles américaines.

Le papier impressionné, une fois débarrassé avec un blaireau des parcelles de talc qui pouvaient restera sa surface, est posé sur le vernis de caoutchouc de la même manière , en évitant soigneusement que le vernis ne recouvre aucune des parties do l'autre côté du papier, car il en résulterait un retard dans les opérations subséquentes.

Le papier impressionné est enlevé et mis à sécher pendant une heure environ.

Quand le caoutchouc déposé sur le papier et sur la préparation est sec, les bords extrêmes du papier préparé sont coupés avec des ciseaux, et les deux surfaces enduites sont soigneusement mises en contact l'une avec l'autre et pressées ensemble assez pour qu'elles adhèrent fortement.

On assure un contact parfait en soumettant les feuilles à l'action d'une forte presse à cylindre.

Il ne faut pas perdre de vue que tout défaut d'adhérence se transformera en ampoules qui, plus ou moins, altéreront la perfection de l'épreuve terminée. Il est donc important d'exécuter avec le plus grand soin l'opération de la mise en contact.

Les surfaces enduites doivent également être préservées de la poussière, de tout contact des doigts et de tout ce qui pourrait s'opposer à l'adhérence des couches de caoutchouc.

En mettant la feuille enduite de caoutchouc en contact avec la préparation, on doit s'arranger de manière que le contact ait lieu d'abord sur le milieu de la préparation impressionnée. Les bords de la préparation sont ensuite rabattus après le premier contact.

Tout changement de position, après que le papier impressionné a louché l'enduit do caoutchouc, est

impossible, il faut donc agir directement et d'un seul coup.

Après qu'on a placé les deux feuilles en contact, il faut frotter légèrement le revers de la préparation avec la main ou avec un tampon, les frottements étant dirigés du centre à la périphérie. Il est avantageux de préparer à l'avance, quand on ne peut se le procurer tout préparé, une certaine provision de papier caoutchouc. Quand on l'emploie, il est bon de lui donner une dimension plus grande, environ 2 centimètres tout autour, que celle du papier impressionné, et de le replier sur lui-même de manière à former une double épaisseur large de 1 centimètre.

On peut contre une même feuille de papier faire adhérer plusieurs feuilles impressionnées.

Une pression assez considérable est indispensable pour obtenir l'adhérence voulue, et il faut avoir soin, en passant à la presse à cylindre, de poser le papier caoutchoucté contre la plate-forme polie et de recouvrir le dos de la préparation, qui se trouve en dessus, d'une feuille de feutre épais.

Quand le collage des deux feuilles est eflectué, l'action d'une lumière diffuse demeure sans effet sur la préparation, pourvu que le revers de la préparation, qui est rendu peu photogénique par la

couleur jaune du bichromate dont il est saturé, soit en dessus. On peut, grâce à cette absence de sensibilité, opérer le cylindrage dans un appartement faiblement éclairé.

On devra examiner le dos de chaque épreuve, et, s'il y reste quelque tache de vernis, l'enlever avec un fragment de caoutchouc, dans le but d'obtenir un développement uniforme.

Si quelques parties étaient rendues imperméables à l'eau par quelques taches de vernis, il en résulterait des taches plus intenses sur l'image terminée.

Il faut donc éviter avec grand soin toute cause de retard dans l'uniformité du développement.

Développement et lavage.

L'épreuve étant prête à subir l'opération de ce que nous appelons le développement^ il faut avoir à sa disposition une grande quantité d'eau chaude.

Le mieux serait d'avoir, comme dans l'établissement de MM. Mawson et Swaii, des baquets munis de robinets d'eau froide et d'eau chaude pour opérer sur une large échelle ; mais on peut sans cela obtenir des résultats semblables avec des cuvettes

ordinaires, en ayant sons la main de vastes récipients pleins d'eau chaude et froide.

Les épreuves sont d'abord immergées dans de Teau froide, en ayant soin de chasser toutes les bulles d'air.

On les laisse là durant une demi-heure ou davantage, selon que cela est convenable pour permettre à l'eau de pénétrer et de ramollir la gélatine.

Après quoi, elles sont placées l'une après l'autre dans une eau à la température de 38 à 40 degrés centigrades. Aussitôt a lieu la séparation du papier qui jusque-là a porté la préparation. On peut le jeter hors de la cuvette, car il n'est plus utile.

Si la séparation tardait à s'effectuer, il faudrait, pour la rendre complète, prolonger un peu le séjour dans l'eau chaudCj mais c'est toujours un mauvais signe.

La surface de la préparation, opposée à celle qui a reçu l'impression, est maintenant découverte, et il s'agit d'enlever toute la gélatine, la matière colorante et le sel de chrome, qui n'ont pas été rendus insolubles.

11 est essentiel d'éviter, durant cette opération, l'action d'une lumière blanche intense, parce que la couche sensible est exposée, et il convient d'opérer dans une lumière jaune jusqu'à ce que la

couche soit bien débarrassée du bichromate qu'elle contenait, ce qui arrive rapidement d'ailleurs, une bonne partie ayant été enlevée durant Timmersion dans l'eau froide et les dernières traces du sel de chrome étant rapidement dissoutes dans le bain d'eau chaude.

On accélère la marche du développement en projetant dans la cuvette, sans toucher l'épreuve, un jet d'eau chaude, ou bien encore en agitant le liquide de manière à produire un léger frottement entre l'eau et la surface de l'épreuve. Cela n'est cependant pas nécessaire , car en laissant l'épreuve la face tournée en bas dans de l'eau chaude, on la trouvera, au bout de cinq minutes à un quart d'heure environ, débarrassée de la gélatine et de la couleur en excès, offrant l'image dans ses diverses valeurs convenables et n'exigeant plus qu'un simple lavage pour compléter l'opération.

La température normale pour le développement varie entre 35 et 40 degrés centigrades, mais il y a des circonstances oîi cette règle est modifiée.

Si, par suite d'un excès d'exposition, l'image apparaît trop obscure, ou si par le fait d'une tendance quelconque de la préparation à l'insolubilité, l'image sort lentement, on doit élever la température même jusqu'à 80 degrés ; mais une

PBOCÉDÉ SWAN* 49

température élevée ne doit pas être employée jus^ qu'à ce que le développement, que peut produire une plus faible température, se trouve entièrement terminé.

Le mieux est de commencer le développement à la plus faible température possible, et alors, aussitôt que Timage s'est entièrement dépouillée, on doit la plonger dans de l'eau froide dans laquelle on la passera plusieurs fois pour éliminer toutes les dernières traces de bichromate et sans qu'on ait à redouter d'altérer les demi-teintes qui, dans une trop longue exposition dans l'eau chaude, pourraient disparaître.

Après deux ou trois heures d'immersion dans l'eau froide, les épreuves sont l'une après l'autre replongées dans une eau à 30 degrés ; celles qui paraissent trop posées sont soigneusement rincées dans une eau simplement tiède, 40 degrés environ, pour les purger de la gélatine soluble et de la couleur adhérente, après quoi on les suspend à sécher.

Les épreuves exposées le plus longtemps demeurent plus longuement dans l'eau chaude, jusqu'à ce qu'elles paraissent assez claires.

On arrive par une conduite judicieuse du développement, en usant d'eau simplement tiède au dé-

but de l'opération, à révéler et à sauver toute épreuve manquant de pose, et Ton perd ainsi fort peu d'épreuves, qu'elles aient manqué de pose ou qu'il y ait eu excès.

Quand le développement est terminé, on met les images à sécher. Durant l'opération du développement, on peut introduire plusieurs épreuves dans le même récipient; mais comme l'image est encore, quoique nullement soluble dans l'eau, légèrement gélatineuse , elle est susceptible d'être rayée par le frottement. 11 faut donc éviter que les images n'adhèrent les unes contre les autres ou même au fond de la cuvette.

Il y a diverses précautions qu'on doit observer avec soin dans le développement ; il est de la plus grande importance d'obtenir une action uniforme ; si par hasard une bulle d'air se manifeste à n'importe quelle période du développement, mais avant qu'il soit terminé, la couche d'air protège le point sur lequel elle s'est produite contre l'action dissolvante de l'eau, et l'image sera plus intense sur ce point.

Si on laisse une portion de l'image s'élever en dessus de l'eau, le même elYet se produira ; il est convenable de maintenir l'image entièrement plongée jusqu'à la fin de l'opération, et de

chasser les bulles d'air à mesure qu'il s'en forme.

On ne doit pas oublier, en observant l'intensité de l'image, qu'on la voit avec un ton fortement dégradé par l'enduit de caoutchouc, lequel donne au papier une teinte brune. L'image aura bien plus de brillant une fois transportée sur du papier d'un blanc pur.

Transport définitif de Timage.

L'image, telle qu'on Ta maintenant, est renversée ; il est donc nécessaire de la transporter, du papier qui lui a servi de support transitoire pour les besoins de la manipulation, sur son support définitif, opération qui produira en même temps le redressement de l'épreuve.

On peut transporter l'image directement sur une feuille de carton pour éviter un montage ultérieur, ou bien sur du papier. Dans le dernier mode, elle se trouve dans le cas d'une épreuve ordinaire et exige un montage ultérieur.

Chacune de ces méthodes a ses avantages spéciaux ; mais on doit préférer généralement le transport sur papier.

Transport sur carton. — La surface de l'image

après dessiccation est légèrement enduite, soit en faisant flotter, soit à l'aide d'un pinceau, de la préparation suivante :

La gélatine doit être liquéfiée et purgée d'air avec soin par un long séjour sur le feu, pendant lequel on enlève toute l'écume, après quoi Ton ajoute la glycérine. On mélange à chaud et on filtre, avant de s'en servir, à travers de la flanelle mouillée ou de la mousseline.

On l'applique alors en couche légère sur la surfacè de l'épreuve. Le mieux est de la faire flotter sur le liquide, puis on retire et l'on fait sécher. Quand elle est sèche, l'épreuve est coupée de dimension ; un morceau de fort carton de la dimension voulue, propre et d'une surface lisse, est plongé dans de l'eau propre et mis à égoutter; on pose l'image sur la surface humide, la face en dedans, dans la position exacte qu'elle doit occuper définitivement, puis le carton est porté sous la presse à cylindrer et placé, le côté de l'épiieuve en bas, sur la platine en acier. Le côté sur lequel est apphquée l'image étant en contact avec la plate-forme polie

Gélatine Glycérine Eau.

et une bande de feutre recouvrant le dos du carton, on soumet alors à une forte pression, puis on laisse sécher.

La qualité du carton et le degré d'humidité sont d'une grande importance. Il doit être bien humidifié partout, car si une de ses parties était exempte d'humidité, on n'obtiendrait pas en cet endroit l'adhérence de Timage. Il doit y avoir à la surface une véritable couche d'eau, de manière que lorsque chacune de ses parties est soumise à la pression du cylindre, il y ait comme une petite nappe chassée devant la pression, entraînant l'air interposé et assurant un contact parfait ; il ne faut pourtant pas un excès d'eau. On ne doit laisser écouler aucun délai entre le moment où l'image a été mise en contact avec le carton humide et celui de la pression, parce que la gélatine de l'épreuve, bien qu'insoluble, est susceptible de se ramollir, et il y aurait une certaine déperdition dans la finesse de l'épreuve par l'effet de la pression.

A mesure que chaque image a passé sous le rouleau de la presse, on la place sur la dernière, et quand tout est fait, on met un poids sur k tas. En usant de ce moyen, on obtient la dessiccation des épreuves sans qu'elles se godent, et, après vingt heures environ, on peut procéder à la der-

nicre opération, laquelle consiste dans Tenlèvcment du papier qui a supporté l'image durant les opérations du développement et du lavage.

11 faut, avant d'entreprendre cet enlèvement que les épreuves soient parfaitement sèches. Un mor~ ceau de flanelle propre est imbibé de benzine pure, et on frotte assez vivement le papier caoutchoucté qui recouvre l'image. Avec une pointe de canif on soulève délicatement un des côtés de ce papier, en ayant soin de commencer vers une des parties sombres de l'image, où la couche de mixtion, formant le dessin, se trouve être plus épaisse ; on tire alors le côté soulevé qu'on arrache peu à peu, délicatement, de manière à séparer le papier de l'image.

En général, surtout quand on use d'une quantité modérée de benzine, le papier enlève avec lui tout l'enduit de caoutchouc ; mais s'il en reste quelques traces, on les enlève en frottant avec les doigts ou bien avec un morceau de caoutchouc.

Dans les circonstances ordinaires, l'épreuve est ainsi terminée. S'il est nécessaire de la colorier, on doit enduire la surface avec du collodion normal léger ou bien avec un encollage convenable.

Transport sur papier. — Les manipulations dans ce cas présentent une grande analogie avec les

précédentes ; elles sont seulement plus faciles. Il n'est pas nécessaire de rogner l'épreuve à sa dimension, parce qu'on le fera en terminant le montage.

Les papiers de transport définitif sont soigneusement immergés dans de l'eau (les bulles d'air étant chassées) et posées les unes sur les autres ; on les sort après entas, on les suspend à égoutter pendant quelques heures, ou bien on les presse dans du buvard propre pour enlever l'eau en excès. On obtient ainsi une couche régulière d'humidité.

Le transport s'opère en appliquant le dessin, la face en haut, contre la plate-forme en acier ; en dessus se trouve le papier humide que l'on recouvre d'un feutre épais. La presse agit alors.

L'épreuve est ensuite immergée pendant une heure dans un bain contenant S pour 100 d'alun, et puis bien lavée dans de l'eau et mise à sécher. Enfin, on la sépare, comme dans le cas précédent, du papier caoutchoucté.

On remarquera que le transport sur papier permet la dernière opération que nous venons d'indiquer, laquelle ajoute une nouvelle condition de stabilité.

Les seules causes de détérioration possible des

épreuves produites par la méthode qui vient d'être décrite, résident dans la couche même de gélatine, à laquelle se trouve attachée l'image sur son support définitif. L'image, par le fait de l'humidité combinée avec un frottement quelconque, peut être enlevée ou altérée.

Ce n'est pas là, il est vrai, une destruction spontanée : mais on peut heureusement écarter ce danger de détérioration.

Bien que le transport direct sur carton offre l'avantage d'un fini plus parfait dans le montage, vu l'absence de tout relief appréciable sur la surface du carton, quoiqu'il présente aussi l'avantage de réduire la main-d'œuvre, M. Swan préfère de beaucoup la méthode du transport sur papier qu'il a adoptée invariablement, parce qu'elle permet une adhérence plus égale et que l'on a aussi le moyen de rendre la gélatine imperméable à l'eau.

Un des moyens employés par M. Swan, pour rendre la gélatine insoluble^ est entièrement nouveau et constitue une des premières applications de sa découverte de la propriété qu ont les sels de sesquioxyde de chrome d'insolubihser la gélatine.

Une solutioa d'alun ordinaire a jusqu'à un certain point la propriété de rendre la gélatine in-

PROCÉDÉ SWAN. o7

solublo, et en général ce moyen est tout à [fait suffisant.

Toutefois, dans les cas où une insolubilisation plus absolue serait nécessaire, il faudrait, après le transport, traiter l'épreuve par une dissolution de 1 pour 100 de chromate d'alun dans de l'eau.

On doit recourir à ce fixage pour les épreuves que l'on veut colorier à l'aquarelle.

Dans le but de donner plus de brillant aux blancs de l'image^ et aussi pour éviter la vue d'une couche transparente placée entre l'image et le papier du support, M- Swan ajoute à la gélatine de transport une petite quantité d'une poudre blanche inerte, du sulfate de baryum, par exemple.

Préparation des feuilles de collodîoii l^éiaduo-cliarboimées.

Cet autre procédé convient plutôt aux amateurs qu'aux photographes de profession ; il donne plus de peine que le procédé sur papier que nous venons de décrire ; mais les résultats qu'il produit sont fort beaux. D'autre part, comme l'opérateur qui l'emploie fait lui-même ses préparations, il peut plus complètement arriver au ton des couleurs

qu'il désire qu'en usant des papiers achetés tout préparés.

Voici comment on opère :

Prenez une glace bien plane, exempte de taches et derogures, nef toyez-Ia bien, et enduisez sa surface avec une solution saturée de cire dans dê Téther, frottez-la enfin avec un linge propre, de manière à ne laisser qu'une imperceptible couche de cire,

Yersez sur la glace du collodion normal donnant une couche épaisse, bien que transparente ; un mélange de 3 grammes de pyroxyline dans parties égales d'alcool et d'éther fournit un collodion convenable ; laissez sécher la couche avant de la couvrir de la mixtion/

Faites ensuite une solution de gélatine et de sucre dans les proportions suivantes :

Gélatine 10 grammes.

Sucre blanc 2 —

Eau 100 —

La nature et les proportions de la matière colorante employée, dépendent d'une infinité de circonstances; mais il est surtout important dans la préparation de cette mixtion que la matière colorante soit assez impalpable pour qu'aucun préci-

PROCÉDÉ SWAN. d9

pité ne se produise pendant que la mixtion est encore à l'état liquide après avoir été versée sur la glace.

La mixtion dans cet état peut être conservée pour Fusage dans un flacon à large ouverture et bien bouché ; elle est susceptible de se décomposer dans l'air chaud si on Ty maintient trop longtemps.

On peut, si on le désire, la verser dans une cuvette sur une épaisseur d'un centimètre environ, et la couper, quand elle est presque sèche, en fragments que Ton fait sécher complètement. Dans cet état, on peut la conserver sans aucun danger d'altération.

Les proportions de gélatine et de sucre ci-dessus indiquées sont celles qui paraissent répondre le mieux aux circonstances ordinaires ; mais ces proportions peuvent être modifiées par la qualité do la gélatine, la température et par diverses autres conditions, au sujet desquelles l'expérience est le meilleur guide.

Dans un air très-chaud, par exemple, la proportion du sucre doit être augmentée, son principal rôle étant de donner de la souplesse et derélasticité à la préparation, et d'empêcher le craquellement de la gélatine quand elle est parfaitement sèche.

60 PHOTOGRAPHIE AU CHAHBOT^.

Pour préparer cette mixtion, au moment de s'en servir, on doit employer la chaleur jusqu'à ce qu'elle soit entièrement liquide, puis ajouter une partie d'une solution saturée de bichromate d'ammoniaque à dix parties du mélange de gélatine, après quoi on filtre à travers de la flanelle.

Dès qu'on a introduit le sel de chrome dans le mélange, il convient d'éviter Faction d'une chaleur plus grande que celle qui est nécessaire pour maintenir la fluidité : un excès de chaleur amènerait une insolubilité spontanée. 11 suffira d'environ 40 à 50 degrés centigrades. On ne doit pas oubher non plus qu'une action fréquemment répétée de la chaleur sur la gélatine détruit tontes ses qualités, ce qui rendrait la mixtion inutile.

L'épaisseur de la couche et la quantité de mixtion nécessaire pour la former dépendent de bien des circonstances :

Si la couche est trop mince, l'image ne possédera pas ses véritables valeurs dans ses parties les plus ombrées, à moins qu'on n'ait ajouté une proportion beaucoup plus grande que d'ordinaire de matière colorante.

Si elle est trop épaisse, le séchage est plus long et elle est peu maniable lors du montage et des autres opérations.

Il faut aussi plus de temps pour le développement.

Comme les diverses qualités de gélatine produisent des résultats différents, on doit laisser à Texpérience le soin de déterminer la quantité de mixtion nécessaire pour donner une couche convenable.

Au moment de préparer une feuille de mixtion, on place bien horizontalement , avec un niveau à bulle d'air, sur un support à vis calantes, la glace préalablement traitée comme nous l'avons indiqué.

La mixtion est chauffée à SO degrés, puis filtrée à travers de la flanelle humide ou de la mousseline. Quand elle est prête, on chauffe la glace à la même température. La quantité convenable est alors versée sur la surface collodionnée, en évitant qu'il n en coule en dehors. On se sert pour l'étendre d'une baguette en verre.

Il faut prendre garde de laisser se produire des bulles d'air, qui, une fois formées, sont difficilement chassées de la solution mucilagineuse, et même, quand on parvient à les chasser, il reste des défectuosités dans la couche produisant des taches blanches sur l'image.

On laisse la glace enduite sur son pied à niveau,

62 PHOTOGKAPHiE AU CHARBON.

jusqu'à ce que la couche soit complètement coagulée.

Il faut éviter toute inclinaison qui entraînerait vers un des bords une plus grande épaisseur de gélatine, fait dont les inconvénients seraient bientôt remarqués.

Quand la surface des glaces est entièrement coagulée, on peut les mettre droit pour les laisser sécher.

Le séchage le plus rapide est ce qui convient le mieux , pourvu que l'on n'emploie pas la chaleur.

La température ne doit pas dépasser 20 à 23 degrés centigrades, parce qu'une chaleur plus élevée pourrait faire couler la gélatine et produire des inégalités d'épaisseur. Une température trèsbasse^ pouvant être un obstacle à la rapidité du séchage, n'est pas à rechercher.

On doit. éviter surtout d'exposer les glaces dans un lieu humide, parce que la lenteur à sécher, qui résulterait d'un milieu humide, serait une cause de décomposition spontanée entraînant Tinsolubilisation de la mixtion.

Dans une chambre obscure, sèche, bien ventilée, maintenue à une température de 18 degrés centigrades, la dessiccation s'effectue généralement

dans douze heures environ et sans aucun risque d'altération de la solubilité de la mixtion.

Quand l'atmosphère est humide, il serait préférable d'user d'une boîte à sécher contenant du chlorure de calcium, de l'acide sulfurique, ou toute autre substance ayant une grande affinité pour l'eau.

Quand la couche est sèche, elle est prête à recevoir l'impression ; on la sépare alors de la glace pour la placer dans le châssis-presse, de manière que le collodion soit en contact avec le négatif.

On vérifie le temps de pose avec un photomètre.

Avant le déveh)ppement, la feuille impressionnée est enduite de vernis au caoutchouc delà même manière que le papier préparé, dont nous avons parlé plus haut, et appliquée de même sur du papier caoutchoucté ; elle est ensuite développée, lavée, séchée et transportée comme cela a déjà été dit; la couche de collodion formant dans ce cas la surface de l'épreuve terminée.

Au lieu d'enduire la glace avec du collodion, on peut la frotter avec du fiel de bœuf ou avec la solution de cire indiquée plus haut, puis on verse le mélange sensible. Quand il est sec, on Tenduit par-dessus de collodion normal ; on sépare do la

glace, puis on opère pour le reste ainsi qu'il vient d'être décrit.

Ou bien encore, on peut, au lieu de le recouvrir de collodion normal, appliquer à sa surface une feuille de papier humide et presser de manière à provoquer l'adhérence. On soumet à dessiccation et on traite en tout comme pour les papiers préparés. La seule différence en faveur de cette dernière méthode consiste dans le poli de la surface que la glace communique à l'épreuve, d'où résulte plus de délicatesse qu'on n'en obtient à l'aide^ du papier préparé.

Tel est, dans son ensemble détaillé autant que possible, le procédé Swan.

Ce résumé emprunté au remarquable ouvrage de M. Wbarton Simpson, rédacteur du Photographie News , contient une foule d'indications précieuses à connaître, mais il est encore d'autres détails non moins importants, tels que ceux relatifs à la qualité des produits à employer, sur lesquels nous insisterons plus loin, notre but n'étant, en décrivant les procédés de chaque inventeur, de n'appuyer que sur les opérations spécifiques de ces procédés.

Il*sera important aussi, dans une partie de ce

traité, d'expliquer en quelques mots la nature de l'action chimique de la lumière sur les sols do chrome en présence d'une matière organique. Toutes ces indications auront leur tour.

M. Jeanrenaud, amateur photographe français des plus distingués, a récemment puhhé l'ensemhle du procédé à l'aide duquel ont été exécutées les belles épreuves de paysages qu'ail a exposées , et que nous avons été des premiers à admirer.

Son procédé n'est autre que celui de M. Sv^an, mais nous extrayons de l'Annuaire de M, A. Davanne (4^ ann.), dans lequel il a été pubhé, quelques renseignements pratiques qu'il est bon de noter.

Nous ne reviendrons pas sur la marche générale du procédé, puisqu'elle est indiquée dans les pages qui précèdent.

La formule de mixtion conseillée par M. Jeanrenaud est celle-ci ^ :

^ Voir page i 17 pour la qualité de gélatine à choisir de préférence, ainsi que pour la nature des matières colorantes,

Gélatine.

Eau

Glycérine

10 grammes.

La matière colorante est ajoutée à la gélatine peu à peu en mélangeant à mesure, et dans une proportion telle que quelques gouttes de mélange sur un papier paraissent complètement noires , tandis que, vues par transparence, elles ne doivent pas être opaques. La proportion de matière (voir page ) doit varier suivant la nature des clichés.

La gélatine et les matières colorantes étant bien mélangées, on les passe à chaud sur un tamis de soie très-fm, pour retenir les particules trop grossières.

A l'aide d'un pinceau on facilite le tamisage, on reçoit la matière tamisée dans un pot qu'on laisse au bain-marie.

L'emploi d^un tamis de soie nous paraît préférable à la flanelle ou à la mousseline, dont les interstices s'obstruent facilement.

GÉLATINAGE des FEUILLES DE PAPIER. — M. JcaurC-

naud décrit ainsi cette opération : Le matériel qui lui a paru le plus commode pour faire le gélatinage est composé d'une série de glaces (cinq ou six suffisent) qui sont enchâssées dans un léger cadre de bois, de telle sorte que la première étant collée et

mise de niveau horizontalement, les autres puissent se superposer et être également de niveau.

Sur la première glace on pose une feuille de papier bien détrempé, qui s'applique exactement sur le fond sans laisser de bulles d'air ; on éponge régulièrement l'excès d'eau avec un buvard ; on met alors la gélatine teintée dans un vase à goulot (une théière commune en faïence ou porcelaine remplit parfaitement le but) : le goulot est rétréci en y adaptant un tube coudé et effilé, s'il est nécessaire^ de manière à ne présenter qu'une ouverture de 2 millimètres environ ; on verse avec ce vase en faisant une série de bandes parallèles qui se recouvrent les unes par les autres ; le hquide étant chaud s'écoule partout en une couche de même épaisseur et parfaitement unie.

Si la gélatine est versée trop chaude, il se produit facilement des inégalités de forme circulaire ; lorsque la température est convenable, la gélatine coule comme un sirop, et donne des surfaces trèsunies.

On pose un deuxième cadre à glace sur le premier, on répète l'opération et ainsi de suite pour les autres. A une température de l'air ambiant de 12 à lo degrés, la gélatine fait prise assez rapidement pour qu'on puisse, après une série de cinq à

six glaces, enlever la première feuille et la suspendre pour sécher à l'air libre, de sorte que l'on peut continuer ainsi le travail d'une manière courante. Au-dessous de 12 degrés la gélatine fait prise trop rapidement, et rend l'extension difficile ; au-dessus de 20 degrés, elle est au contraire très-lente à se figer, et il devient nécessaire, ou d'avoir un trèsgrand nombre de cadres, ou de chercher une température plus basse.

Les feuilles, après une dessiccation complète, qui demande de douze à vingt-quatre heures, sont mises les unes sur les autres, dans un endroit légèrement humide de préférence, pour qu'elles puissent reprendre leur planimétrie.

Sensibilisation, — Faites une dissolution de bichromate de potasse à 3 pour 100 en hiver, à 2 pour 100 en été; ajoutez-y 1 à 2 pour 100 de glycérine bien pure, suivant la sécheresse de l'atmosphère, et immergez successivement dans cette solution froide chaque feuille gélatinée pendant trois à quatre minutes, et suspendez pour laisser sécher ; le tout, bien entendu, dans l'obscurité.

Le papier séché doit être mis à plat dans un carton, et placé pendant quelque temps dans un endroit frais, afin qu'il soit souple pour s'appliquer convenablement sur le cliché.

7ô PHOTOGRAPHIE AU CHARBON.

Il paraît préférable de ne pas faire servir le même bain de bicbromate de potasse pendant plusieurs jours.

Formule du papier au caoutchouc.

Mettre dans de Téther sulfurique rectifié 0s%20

Caoutchouc naturel blanchâtre coupé en lanières minces 20

Laisser gonfler pendant vingt-quatre heures. Ajouter benzine du commerce, dans laquelle on a fait dissoudre :

Elémi 20 grammes.

(On pourrait remplacer l'élémi par la térébenthine de Venise. L'addition de cette matière a pour objet de faciliter l'adhérence.)

Agiter fréquemment.

On obtient ainsi un liquide sirupeux assez épais avec un dépôt qui nécessite une première filtration sur une mousseline à larges mailles, puis une deuxième sur une flanelle serrée.

Ce liquide est versé, comme le collodion, sur de grandes feuilles de papier, dont les quatre bords sont relevés en caisse pour faciliter l'opération. On les suspend par un coin pour laisser sécher et, si après dessiccation on ne les trouve pas assez col-

lantes, on met une deuxième couche en croisant, pour égaliser les épaisseurs.

Cette préparation peut être faite à l'avance .; seulement comme les feuilles empilées se colleraient les unes sur les autres, il vaut peut-être mieux ne la faire qu'au fur et à mesure des besoins.

Après l'exposition et au sortir du châssis, on retire la feuille gélatinée, et on la place sur une surface plane ; on prend d'autre part une feuille de papier au caoutchouc, et, avec un pinceau^ on passe sur le dos de cette feuille de l'éther contenant un cinquième d'alcool. Ce mélange ramollit un peu le caoutchouc; aussitôt qu'il s'est évaporé, on met le caoutchouc en contact avec la feuille gélatinée, on comprime avec la main, puis avec une règle plate, de manière à chasser toutes les bulles d'air, et on donne un tour de presse à faible pression. Les deux surfaces doivent être parfaitement adhérentes ; s'il en était autrement on recommencerait l'opération.

Développement. — Comme dans le procédé Swan.

Redressement de l image. — L'épreuve peut être séchée,ou transportée encore humide sans pression.

On lave, on égoutte, et pendant ce temps on pose sur un bain d'eau le côté non préparé d'une feuille albuminée ou gélatinée ; quand celle-ci est suffisamment détrempée, on pose le dos mouillé

sur un veiTGj et l'on applique sur l'albumine l'image à décoller, en ayant soin qu'il n'y ait aucune bulle d'air interposée. Pour assurer l'adhérence, on soumet l'ensemble à une légère pression, et onlaisse sécher d'une manière très-complète ; puis on passe sur le dos de cette épreuve un tampon de coton imbibé de benzine oud'éther qui dissout le caoutchouc ; on répète l'opération, s'il est nécessaire, jusqu'à ce que les deux feuilles se séparent facilement.

L'épreuve reste adhérente au papier albuminé ou gélatiné ; s'il y a excès de caoutchouc à la surface, on peut l'essuyer avec un tissu doux, imprégné d'un peu de benzine, s'il est nécessaire. Cette épreuve peut être montée sur bristol , après évaporation du liquide ; on peut également bien monter l'épreuve directement sur le bristol.

Le papier caoutchoucté, s'il a été convenablement enlevé, peut être mis de côté, et servir une deuxième fois.

Cette méthode opératoire de M. Jeanrenaud est, à peu de chose près, celle de M. Swan. Nous n'avons cité que les petites variantes qui la distinguent du procédé anglais, parce qu'elles sont utiles à connaître, et qu'elles émanent d'un amateur en photographie très-habile.

Un nouveau procédé opératoire toujours basé sur le même principe, c'est-à-dire sur Faction des rayons lumineux sur de la gélatine bichromatée et colorée, a été publié récemment par M. A. Marion.

Ce procédé constitue un ensemble de manipulations analogues à celles que nous venons de décrire, mais il contient en même temps quelques différences essentielles, dont l'objet important consiste dans une plus facile et plus prompte exécution des épreuves.

M. Marion prépare un papier gélatiné et coloré dans les proportions suivantes :

Eau 1,000 grammes.

Gélatine iOO —

A cette dissolution, faite au bain-marie, il ajoute du noir de bougie en quantité suffisante pour la colorer, et un peu de purpurine pour donner au

noir des images un ton plus chaud, tirant un peu sur le violet.

Mais c'est là une question de goût et d'opportunité, car toutes les -couleurs, susceptibles de se tenir en suspension dans une dissolution de gélatine, peuvent être employées; il faut, avant tout, n'user que de substances fixes, puisque le but principal de ce procédé est de produire des épreuves inaltérables.

Cette mixtion est étendue sur papier, ainsi que l'indique M. Jeanrenaud (voir page 67). On sensibilise de la manière ordinaire dans une dissolution bichromatée de potasse ou d'ammoniaque à 3 pour 100. M. Marion conseille de préférence le bichromate de potasse à cause de son bas prix re-latif. On ne peut oublier que l'opération de la sensibilisation doit se faire à une température peu élevée, sans quoi la gélatine se dissoudrait à la surface des feuilles. En été, dans le midi de la France surtout, nous n'avons pu arriver à un résultat convenable qu'en opérant dans une cave, soit pour immerger les feuilles, soit pour les abandonner à la dessiccation.

Quant à l'exposition, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer au procédé Swan précédemment décrit (p. 32),

PROCÉDÉ MAillON. 73

Après Texposition, 1(3S feuilles impressionnées sont plongées dans de l'eau froide, que l'on renouvelle à mesure qu'elle se colore en jaune. Cette opération a pour double but d'enlever le chromate resté en liberté dans le papier, et de ramollir la gélatine afin de la rendre adhésive.

Cette opération nécessite encore un endroit frais et de l'eau très-fraîche.

A partir de ce moment les manipulations précédemment décrites sont complètement modifiées.

Transport sur papier albuminé. — Tandis que dans le procédé Swan on fait intervenir le papier caoutchoucté comme support transitoire, M. Marion emploie du papier albuminé comme papier de transport, mais transport définitif.

Tout papier à couche visqueuse et blanche pourrait servir, et M. Marion revendique surtout la priorité de l'idée. S'il a choisi le papier albuminé, c'est parce qu'il se prête mieux à la coagulationtout en donnant plus de sohdité à l'image. Mais il croit ce mode de transport susceptible de perfectionnement, ne serait-ce, dit-il, qu'en améliorantle papier et le mode d'albuminage. Jusqu'à présent ce sont le papier Canson et l'albuminage mécanique qui lui ont le mieux réussi.

Les feuilles noires impressionnées^ dégagées et

ramollies dans Feau froide, sont appliquées contre le papier albuminé que l'on a préalablement mouillé par son envers en le faisant flotter dans une cuvette garnie d'eau. Dans cet état, il est tendu en tous sens, et se prête mieux h une application planimétrique avec le papier noir, tendu lui-même par le mouillage, mais préalablement épongé éntve deux feuilles de buvard. On éponge de nouveau dans du buvard les deux feuilles réunies, et on profite de l'intervention du buvard pour frotter fortement afin d'obtenir un collage parfait des deux papiers. Gomme la moindre bulle d'air ferait tache au développement, il importe de les éviter avec soin.

On doit comprendre combien il est urgent de bien laver à l'eau le papier impressionné avant de procéder à l'application contre le papier albuminé, car, s'il restait des traces de bichi^omate libre après la réunion des deux papiers, et qu'on ne les laissât pas bien sécher avant de passer au développement, il arriverait que dans l'eau chaude l'albumine et la gélatine, sous l'action dubichromate, seraient amalgamées et formeraient une pâte glaireuse, indissoluble, qui resterait fixée au papier albuminé, sans trace d'image. L'opération serait manquée ; il faut donc que l'application du papier albuminé n'ait lieu

sur le papier gélatiné que quand celui-ci est absolument dégagé de toute trace de bichromate.

La gélatine très-gonflée a détendu le papier qui se roule et forme ressort. Le collage présente alors quelques difficultés, mais on en vient aisément à bout avec un peu d'habitude et d'adresse. Le papier gélatiné est posé sur du papier buvard, le côté noir en dessus, bien étalé et bien épongé avec une autre feuille de buvard ; le papier albuminé, mouillé par son envers, est appliqué contrôle papier noir, de la main droite, tandis que de la main gauche on en frotte le revers, à mesure de Tapplication, pour chasser l'air.

Il est évident que de la perfection du collage des deux feuilles Tune contre l'autre, dépendra en grande partie la valeur du résultat ; on ne saurait donc faire avec tr-op de soin cette opération essentielle.

Le papier albuminé, destiné à servir de support, ne doit pas contenir de sel, car Thumidité qui en résulterait produirait l'amalgame des deux substances.

Les deux feuilles collées Tune à l'autre sont sou- . mises dans des cahiers de buvard entre deux plateaux à la pression d'un poids un peu lourd ; le séchage de ces feuilles s'opère en partie dans le

buvard, et on le termine en les suspendant dans un endroit aéré et chaufFé.

M. Marion, après différents essais, croit que la coagulation de l'albumine par la vapeur ou par l'aicool n'est pas d'une absolue nécessité^ et que l'eau chaude destinée au dédoublement des feuilles et à la dissolution de la gélatine pourrait être utilisée à la coagulation du support de l'image ; mais, pour cela, il faut que les doubles feuilles y soient plongées quand elle est à l'état complet d'ébuUition.

(Nous pensons qu'il vaut mieux, dans l'intérêt de la douceur de l'image, user de la coagulation par l'alcool et éviter l'action trop rapidement dissolvante de l'eau bouillante sur la gélatine).

En quelques secondes, la coagulation de l'albumine est produite, et la dissolution de la gélatine s'opère. Ici, selon la nature des épreuves, il convient d'apporter au développement des soins analogues à ceux que nous avons indiqués plus haut (Procédé Swan, p. 46). L'imcige est désormais ^ sur le papier albuminé ; on la termine par un lavage à l'eau tiède, et on la suspend pour 1^ faire sécher.

Ces indications sont absolument sommaires, il serait oiseux d'entrer dans des détails qui n'échapperont à personne au sujet de l'influence que peut

produire, sur la perfection des résultats, une installation convenable : des cuvettes spacieuses, de l'eau froide et chaude sous la main et en abondance, des tuyaux et robinets convenablement disposés pour les lavages copieux et les écoulements des eaux chargées de bichromate et de noir.

Il est bien des tours de main qui seront, ici, comme dans tous les procédés, toujours personnels aux opérateurs, mais en l'état, et vu les beaux produits au charbon qui sortent déjà des ateliers de plusieurs grandes maisons industrielles, il n'est pas douteux que la pratique du procédé Marion ne soit susceptible de devenir l'objet d'une application faite sur une grande échelle, sans qu'il soit de nature à rebuter les amateurs, à cause de la simplicité des moyens qu'il comporte.

Les épreuves positives qui sont tirées par ce procédé se trouvent retournées. On sait que dans laméthode Swan on procède à un deuxième transport pour obtenir le redressement de Timage, opération impossible après l'application directe sur l'albumine coagulée. Poqr que le sens naturel de l'épreuve se trouvât maintenu après le premier transport, il faudrait pouvoir retourner le cliché lui-même.

M. Marion a imaginé, pour atteindre ce but, de

transporterie cliché sur une pellimle translucide. On peut de la sorte tirer indifféremment l'épreuve , soit dans son sens naturel, soit dans son sens inverse, comme on le fait avec des négatifs sur papier ciré.

Cette pellicule translucide que fabrique en grand la maison Marion^, se compose de coUodion normal, additionné d'huile de ricin.

Voici comment il décrit le mode de transport : Formation d'un cliché pelliculaire. — Quand il s'agit d'un cliché neuf destiné à être transporté sur pellicule, il est bon d'étendre une légère couche de cire sur la glace, afin de faciliter le détachement du coUodion de la glace et le plus sûr enlèvement de Timage fixée à la pelUcule.

^ Cette pellicule a d'abord paru sous le nom de pellicule de caoutchouc vitrifié, nom qui surprenait, car on cherchait la cause de Fintroduction du mot caoutchouc dans la désignation d'une substance qui n^en contenait point.

Nous avons appris que M. Marion avait été victime d'une duperie de la part d'un prétendu inventeur, lequel exigeait le secret de ses manipulations. Après quelques jours de travail chez M. Marion il disparut. M. Marion put alors s'apercevoir de^a mauvaise foi dudit inventeur et du nom de contrebande donné sans arrière-pensée de sa part à cette pellicule. Il lui a depuis donné le nom de pellicule Marion, nom qu'il justifie par son origine de fabrique, et, en outre, par Tapplication qu'il lui a trouvée dans le procédé au charbon imaginé par lui.

Faites une dissolution de :

Cire blanche , 1 gramme.

Ether 300 —

Agitez et avec un tampon de coton étendez cette dissolution sur la glace, passez légèrement avec un deuxième tampon de coton propre et laissez sécher. On procède alors selon l'usage, et sans rien changer à ses habitudes, à la formation du cliché.

Le cliché étant sec est verni comme d'habitude, et on procède à l'application de la pellicule.

Sur un bristol un peu plus grand que la glace dont on veut enlever l'image négative, on pose ladite glace en ayant soin qu'elle soit bien de niveau ; on verse dessus du vernis à transport en excès, et la pellicule tenue aussi plus grande que la glace y est appliquée par une de ses extrémités ; puis, baissant graduellement l'autre extrémité, l'application totale est obtenue. L'excès de vernis se répand par les bords de la glace sur le bristol qui la dépasse en tous sens, et la pellicule, aussi plus grande que la glace, la dépassant de même, se fixe par sa marge à la marge du bristol ; celui-ci, par un mouvement de cambrage sous l'action humide du vernis, tire la peUicule par ses bords, la force à se tendre et a

prendre la planimétrie de la glace elle-même. La glace qui adhère au bristol est alors relevée et mise à sécher sur l'égouttoir. Des tours de main et de l'adresse plus ou moins grande que l'on mettra dans cette opération dépendra absolument l'application rigoureuse de la pellicule sur la glace coUodionnée même du dessin, et cette application rigoureuse est de toute nécessité pour réussir dans l'opération suivante :

La glace étant sèche est mise à l'eau pour. détremper le collodion et le préparer à la séparation de la glace : la pellicule, le vernis et le collodion ne forment plus qu'un seul et même support qu'il s'agit d'enlever pour servir de cliché et remplacer la glace dont l'image va se détacher.

Après quelques heures de séjour dans l'eau, plus ou moins, suivant la ténacité du collodion, on procède à l'enlèvement de la pellicule et de l'image dont elle s'est emparée; généralement, il faut cinq à six heures d'immersion, quelquefois plus, pour que le détachement s'effectue aisément. M. Marion constate qu'il a dû prolonger parfois l'immersion jusqu'à quarantc-huitheures. L'obligationd'unlong séjour dans l'eau ne doit donc pas surprendre, tôt ou tard le détachement a lieu.

Il faut, au moment de détacher la pellicule, la

saisir avec ménagement et diriger l'opération sans brusquerie, s'arrêter quand on sent la moindre résistance, et, en ce cas, remettre à tremper dans l'eau.

L'enlevage d'un cliché ancien, quoique la glace qui le supporte n'ait pas reçu une couche de cire préalable, se fait en général aussi facilement que celui d'un chché neuf et ciré, mais il arrive que le collodion est tellement tenace, qu'il faut renoncer à renl(3ver. Dans ce cas, la pellicule demeure attachée à la glace sans nuire au cliché qu'elle protège, c^ti contraire, en jouant le rôle d'un vernis parfaitement isolant. En ce cas, il est vrai, on n'a pu obtenir le résultat désiré, soit le transport du cliché surpelKcule; mais, outre qu'une impossibilité de ce genre n'est pas fréquente, elle ne se produit qu'avec les clichés anciens, c'est-à-dire ceux dont on a le moins à user.

La peUicule% comme moyen de protéger les clichéS:, peut être employée de deux manières, soit en la fixant avec du vernis, soit en la superposant

* Pour que le papier positif ne s'attache pas à la pellicule, il faut avoir soin de le passer au talc avec un tampon de coton, en enlevant toute la poudre en excès. Le glacis que le talc donne à la pellicule empêche le papier positif d'y adhérer et de le détériorer.

simplement à la surface des clichés au moment du tirage.

D'une façon comme de Tautre, les clichés sont mis à l'abri des éraillures et accidents de toutes sortes, sans omettre ceux produits par les papiers nitratés, surtout après des tirages nombreux.

Les chchés sur papier ciré conviennent parfaitement pour les tirages au charbon, par le procédé Marion, puisqu'on peut à volonté les tirer par le recto ou le verso ; c'est par le recto que Ton fait les tirages ordinaires au sel d'argent; c'est par le verso que l'on doit opérer quand on procède aux tirages par la gélatine bichromatée.

Enfin, les négatifs sur papier ciré s'emploient pour le tirage des positifs de la même manière que la pellicule, avec cette différence qu'avec les premiers il faut une pose prolongée, à cause de leur grande transparence.

En résumé, les deux points essentiels qui distinguent des autres procédés, le procédé Marion, sont :

Le transport unique sur papeir albuminé avant le développement, transport qui devient définitif ;

2"" L'enlevage des chchés négatifs sur pellicule, lequel permettant de tirer l'épreuve sur le verso,

produit une image redressée dans son sens naturel après un seul transport.

Il n'y a donc pas de transport transitoire, et ainsi se trouve supprimé l'emploi du papier caoutchoucté et de la benzine dont les émanations sont peu saines.

Nous aurons lieu ultérieurement de revenir sur ce procédé quand nous en serons aux considérations générales relatives à l'ensemble des diverses méthodes appliquées ou proposées.

Il nous reste à dire que la maison Manon tient à la disposition du commerce, pour l'application de son procédé , des papiers gélatino-charbonnésalbuminés et des pellicules de grande dimension.

Les divers procédés qui nous ont occupé jusqu'ici offrent tous, comme caractère distinctif, la nécessité d'un ou de plusieurs transports. Ces procédés sont ceux qui conviennent le mieux aux épreuves qui exigent un certain fini; mais aussi sont-ils d'une manipulation assez délicate^ quand elle n'est pas difficile.

L'impression directe sur papier, dans bien des cas, peut suffire ; dans les tirages de dessins au trait, par exemple, de certaines gravures de paysages obtenus sur papier négatif ciré ; dans toutes les circonstances, en un mot, où un fini parfait n'est pas absolument désirable.

Nous regrettons que les savants et praticiens, qui ont étudié avec tant de soin les procédés au charbon, n'aient pas cru devoir s'en occuper d'une ma-

nière plus spéciale qu'ils ne Font fait. Le tirage direct sur papier mérite bien qu'on le considère pourtant, puisque de tous les procédés il est à la fois le plus simple et le plus économique. Une troisième condition manque : il n'est pas aussi parfait, mais c'est pour cette raison même, c'est parce qu'il attend encore des perfectionnements que nous appelons sur lui l'attention de tous. Nous avons la conviction qu'on arrivera à fabriquer des feuilles d'un papier assez parfait pour rendre plus satisfaisante l'impression directe sur papier des images au charbon.

Il va sans dire que, par ce moyen, l'on obtient des images renversées, si l'on ne fait usage ou de négatifs sur papier ciré ou de négatifs transportés sur pellicule Marion (voir p. 80), puisque l'on doit impressionner la couche de gélatine bichromatée à travers l'épaisseur de la feuille de papier.

Le choix du papier est ici chose fort importante ; on gagne, en effet, en rapidité d'impression et en finesse de détails, à mesure que l'on emploie des papiers plus translucides^ plus e:?fernpts de grain. Pour des épreuves où les détails abondent, il faut user de papier pelure ou de papier végétal^ mais q\iand il s'agit du tirage de paysages, où, le détail poussé à l'extrême est plutôt chose nuisible qu'a-

vantageuse au point de vue de Fart, on obtient de très-beaux effets en usant d'un bon papier préparé pour épreuves négatives (mais non ciré, bien entendu).

Le temps nécessaire à l'impression augmente en ce cas dans le rapport de l'opacité du papier. Le mode d'appréciation photométrique mentionné plus haut est un guide suffisant à défaut de tout autre plus perfectionné.

Le papier une fois choisi, il faut le recouvrir de la mixtion colorée. Ici se présente, pour les papiers minces surtout, une très-grande difficulté quand on veut se livrer soi-même à cette préparation. Il est presque impossible, sans des moyens spéciaux, et que Ton ne peut adopter que dans un ateUer de fabrication en grand , d'obtenir des couches de mixtion bien régulières, surtout quand on veut couvrir de grandes surfaces. Avec un large blaireau, plongé dans la mixtion tiède, nous avons sur de petites feuilles obtenu une couche à peu près suffisante ; mais, hâtons-nous de le dire, les amateurs seraient bientôt dégoûtés de ce procédé s'ils devaient préparer leur papier. De même que Ton trouve dans le commerce du papier tout albuminé, il faut qu'il y ait maintenant dans les mêmes conditions du papier gélatino-charbonné.

En attendant, si on désire en faire soi-même, nous recommandons la formule de mixtion suivante :

Gélaîine blanche 10 grammes.

Sucre blanc —

Eau 100 —

Quant à la matière colorante, toutes proportions déterminées sont difficiles à donner, puisque cela dépend de la nature des matières employées. Nous pouvons pourtant indiquer approximativement l'addition au mélange précédent de IS à 20 centimètres cubes de noir de Chine liquide, de celui que la maison A. Lefranc (rue de Turenne , 64 et 665 à Paris), tient tout prêt pour l'usage photographique.

Mais il est à désirer que les fabriques spéciales de papier pour la photographie entreprennent la préparation de papiers de diverses forces et aussi de diverses couleurs, car il peut être agréable de pouvoir tirer des épreuves soit sur papier azuré, soit sur papiers teintés gris ou jaunâtres.

Les papiers pelure blancs ou grisâtres imitent parfaitement, une fois collés sur bristol, le papier de Chine.

Nous voudrions voir tenter des recherches pour

arriver à un véhicule définitif blanc qui offrît les mêmes avantages que la pellicule Marion. Un grand problème au profit des procédés au charbon se trouverait alors résolu, parce que, grâce à la translucidité, on pourrait, selon l'opportunité, redresser ou renverser l'image en la posant sur le bristol, soit du côté du véhicule, soit du côté du charbon.

Nous ne saurions trop insister sur ce point, parce que là nous apparaît tout l'avenir des procédés au charbon. Aussi prions-nous les hommes spéciaux de prendre en sérieuse considération le conseil qui leur est donné à l'égard de la fabrication d'un véhicule translucide, sur lequel on puisse opérer un tirage direct et définitif.

Pour le moment, nous contentant d'un papier quelconque, celui que nous avons préparé en tâtonnant, continuons notre description du procédé d'essai : le papier choisi est coupé en fragments, au plus grands comme une plaque normale, puis tendu sur du carton un peu fort à l'aide de punaises ou d'épingles piquées aux quatre coins. La mixtion un peu refroidie, entre 33 et 40 degrés centigrades, mais toujours bien liquide néanmoins, y est alors passée rapidement avec un blaireau doux, de manière que chaque coup de pinceau couvre une nouvelle bande à côté de celle qui a déjà été recou-

verte. Il faut éviter de repasser deux fois sur la même partie au moins avant d'avoir laissé sécher la première couche ; on peut alors y revenir, et î^ecouvrir de nouveau en plein de la piême ruanière, mais en coupant h angle droit les coi^ps de pinceau de la veille; nous disons de la veille, car il fçiut hien un jour entier pour que la dessiccation de la première couche soit complète. Éviter surtout les bulles d'air qui produiraient autant de taches.

Nous conseillons de ne pas sensibiliser d'abord la mixtion, puisqu'on y est toujours à temps. On peut ainsi, sans aucun risque d'altération, préparer autant de feuilles qu'on en veut et les conserver à plat dans un carton.

Au moment d'employer ce papier, ou en sensibilise la quantité nécessaire en immergeant chaque feuille, l'une après l'autre, dans le bain d'eau et de bichromate "d'ammoniaque ou de potasse indiqué à 1 i/2 pour 100. Une à deqx minutes d'immersion complète suffisent ; l'eau doit être aussi fraîche que possible et ne pas dépasser 12 à IS degrés centigrades. On laisse sécher dans l'obscurité en suspendant les feuilles, mais à plat, sur un carton en les piquant aux quatre coins pour obtenir de la tension, et, par suite, une planimétrie convenable après dessiccation.

Quand cette dernière est entière, on peut insoler après avoir appliqué le côté du papier contre la surface coUodionnée du cliché.

Après le temps voulu d'insolation, on procède au dépouillenaent, lequel consiste tout simplement dans l'immersion au sein d'un bain d'eau chaude de la feuille impressionnée, le côté du charbon en dessous.

Il faut ou laisser flotter sans qu'aucun retour d'eau ne couvre une partie de la surface supérieure du papier, ou, ce qui mieux est^ plonger les deux côtés dans le liquide, en agitant de temps en temps pour que Teau recouvre toujours le papier partout ; sans cette précaution, il peut se former des taches sur le dos de l'épreuve au moment où le bain se charge du noir provenant des parties restées solubles de la couche de gélatine charbonnée.

Le dépouillement dans une eau à SO degrés centigrades environ marche très-rapidemeut avec un papier bien préparé et portant une couche de mixtion bien égale ; quelques minutes suffisent dans de l'eau maintenue chaude.

Pour maintenir l'eau au degré de chaleur nécessaire, il faut placer, sur un fourneau à expériences contenant quelques charbons allumés, une cuvette en zinc pleine d'eau. Le zinc est préférable

à la porcelaine, à travers laquelle le calorique se transmet plus difficilement. On laisse la cuvette sur un feu modéré pendant le dépouillement.

Il est bon d'avoir toujours à sa disposition un thermomètre pour vérifier le degré de l'eau.

Quant l'épreuve est entièrement dépouillée, ce que l'on voit en la sortant délicatement du bain, on la passe dans ime eau chaude pour bien la dégorger, puis on termine le lavage par l'immersion dans un bain d'eau froide d'où il est loisible de retirer;, quand on le veut, l'épreuve pour la laisser sécher spontanément sur du papier buvard ou sur des ficelles, mais le côté du charbon en dessus ; éviter surtout d'éponger^ la surface de Fépreuve avec du buvard, il y aurait danger d'adhérence et au moins d'altération de l'image.

Un temps d'insolation convenable est ici rigoureusement nécessaire ; car le dépouillement ne fournit que peu de ressources soit pour accroître l'intensité d'une épreuve trop faible, soit pour descendre le ton d'une épreuve trop venue. Peut-être un séjour prolongé dans l'eau chaude produirait-il, sur une image un peu trop venue, un affaiblissement de ton, mais on n'arrive à cet effet qu'au détriment de l'épreuve, qui se pointillé de blanc et perd tout son velouté.

Ce procédé est appelé à rendre de grands services à la photographie siîr papier négatif ciré ; avec de tels négatifs, on redresse l'image sans perte apparente de finesse en renversant le cliché, et les épreuves obtenues sont de l'eiïet le plus artistique.

En ce qui concerne le portrait comme aussi les reproductions d'images détaillées où il importe de conserver toutes les demi-teintes et les moindres détails linéaires, il faut renoncer à l'emploi de ce procédé direct, jusqu'au jour au moins où sera trouvé le véhicule mat et translucide dont nous avons parlé.

M. Despaquis annonce bien avoir trouvé un collodion-cuir blanc ^ qui n'est autre que la pellicule Marion obtenue avec du collodion normal et de l'huile de ricin ; mais cette pellicule offre des inconvénients : par la propriété qu'elle a de se goder dans toutes les parties couvertes par l'image, on obtient bien difficilement la tension complète de l'épreuve et toutes les excavations dont elle est parsemée produisent un mauvais effet.

Avant d'en finir avec les épreuves directes sUr papier, nous devons signaler le conseil donné par notre ami et confrère habile M. Arthur Taylor, de Marseille, de laver le papier sensible en le laissant

dans de l'eau, pendant cinq minutes environ, après qu'il a été sensibilisé.

Ce sont surtout les papiers un peu forts qui exigent ce lavage, parce qu'il les débarrasse d'une partie de la couleur jaune due au bichromate, et dont l'effet est de ralentir considérablement la venue de l'image. Quant aux papiers pelure, on peut se dispenser de les laver, car ils n'exigent pas une bien longue exposition au soleil.

Ce procédé n est qu'un de ceux indiqués par M. Swan; c'est aussi celui qui porte le nom de procédé Fargier. Il est bon de le connaître, parce que, dans certains cas, il peut être utile de remployer, surtout quand on n'agit pas sur de trop grandes épreuves. Voici comment on opère :

On prend une glace de telle dimension qu'on veut, et quand elle est nettoyée et surtout bien débarrassée de toute poussière à sa surface, on y verse, comme quand on coUodionne, la mixtion chaude, en rejetant l'excès parle coin droit inférieur dans un récipient.

On prend alors la glace entre les deux mains, en la tenant aussi horizontalement que possible, tout en l'inclinant dans tous les sens pour égaliser la couche de gélatine tandis qu'elle est encore un

peir liquide. Puis on abandonne à dessiccation spontanée dans un lieu exempt de poussière.

On peut, si le temps presse, sensibiliser dès que la gélatine s'est coagulée, en plongeant la glace dans le bain d'eau bichromatée durant une à deux minutes. Sinon on doit renvoyer la sensibilisation à l'époque oii on emploiera les glaces préparées.

Quand la mixtion est absolument sèche, on peut impressionner, mais alors en appliquant contre le collodion la couche de gélatine. — Après insolation, on recouvre la gélatine charbonnée, à la surface de laquelle se trouve l'épreuve à l'état latent, d'une couche de collodion épais dit collodion de transport^ ainsi composé :

Coton-poudre

Ether 60 |

Alcool 40

Le tout bien déposé et décanté dans un flacon très-propre.

Le collodion se sèche rapidement. Quand il est complètement sec sur tous les points de la couche, on pratique une coupure sur les quatre bords de la glace, avec un canif bien aiguisé, de manière à mettre le verre à nu le long des quatre raies ainsi

98 PHOTOGRAPHIE AU CHAHBOIS.

obtenues, puis on plonge la glace dans de l'eau chaude.

La partie insoluble de la gélatine bichromatée étant, dans l'épaisseur de la couche charbotinée,la plus voisine de la glace, sa dissolution s'opère bientôt au contact de la chaleur, et lé collodion se sépare entraînant avec lui l'épreuve qui flotte alors adhérant à cette pellicule, et qu'on ne peut manier sans les soins les plus extrêmes. — On enlève délicatement la glace, et on substitue au bain d'eau noircie une eau propre que l'on laisse arriver à un degré de chaleur suffisant pour bien rincer l'image et la débarrasser de tout restant de matière colorée inutile. Enfin, on lave dans une nouvelle eau, toujours en maintenant la pellicule de collodion dans la même cuvette, et on extrait l'image en introduisant dans l'eau, entre le collodion flottant et le fond de la cuvette, un morceau de papier blanc gélatiné fortement à sa surface. — La chaleur de l'eau fond assez cette gélatine pour lui donner la propriété d'adhérer fortement. Il faut avoir la précaution, en retirant le papier contre lequel s'apphque le collodion porteur de l'image, de le sortir lentement et bien parallèlement à la surface de l'image, de manière à éviter les bulles d'air et les plis de la pellicule de collodion.

En laissant sécher et rognant après, on peut monter l'image comme on l'entend.

Par ce procédé on peut, soit obtenir Timage dans son sens naturel, soit la renverser, selon que Ton fait adhérer contre le papier gélatiné le côté du collodion ou celui de l'image.

Le mieux est de sortir l'épreuve sur un papier peu collé, l'image en dessus et le collodion appliqué contre le papier.

Tandis qu'elle est encore humide, on prend le papier gélatiné qu'on a humidifié sur toute sa surface, comme il est indiqué page 71, et on l'applique sur l'image ; on porte le tout^ entouré dessus et dessous de papier buvard, sous la presse^, après avoir, à la main, établi le contact le plus parfait possible.

On laisse sécher sous pression pour obtenir la planimétrie désirable.

Le collodion forme alors un vernis naturel à la surface de l'image.

Si on voulait avoir l'image renversée, il faudrait agir de la manière inverse et mettre le collodion en dessous ; dans ce dernier cas, il est urgent

^ Une simple presse à copier suffit pour l'application du papier de transport au redressement pour les petits formats.

d'employer comme fixateur le bain d'alun indiqué page 57, pour assurer la parfaite stabilité de l'image.

Quand le charbon est en dessus, l'épreuve offre un velouté fort agréable qui se rapproche davantage du mat des gravures ordinaires.

On ne saurait trop chercher à éviter le brillant que donnent à la surface la plupart des procédés, sauf toutefois le tirage direct sur papier, car en général, pour les grandes épreuves surtout, ce brillant est éminemment contraire à l'effet artistique.

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