AVANT-PROPOS. VII
en préparation, toutes les autres méthodes relatives à la Photographie directe ou indirecte des
couleurs.
Tout d'abord, nous nous occuperons de la formation des trois clichés négatifs correspondant aux trois monochromes des couleurs primaires rouge, bleue et jaune.
Un chromiste habile peut, à Taide d'une seule épreuve photographique, et en s'inspirant des couleurs composantes de l'original, créer les divers monochromes propres à l'impression d'une polychromie.
Pour arriver à ce résultat, il doit tirer sur du papier mat le nombre d'épreuves positives nécessaire, trois, par exemple, s'il ne veut faire usage que de la combinaison trichrome.
Ces épreuves doivent avoir des dimensions identiques.
Sur chacune d'elles le modelé de la photographie est modifié de façon que le résultat soit, autant que possible, équivalent à celui qu'on aurait si l'on avait pu reproduire séparémon t les réflexion s bleues et blanches pour un des trois monochromes, les réflexions jaunes et blanches pour le deuxième, et
les réflexions rouges et blanches pour le troisième.
Il faut une grande habitude de l'interprétation des tons pour arriver à faire cette sélection au juger et une habileté de main suffisante pour ajouter, atténuer ou supprimer des valeurs sur les épreuves photographiques.
Néanmoins, ce travail de sélection ne serait pas chose bien difficile pour un dessinateur chromiste exercé: ilpourrait aisément atteindre aubut désiré, sauf à corriger les erreurs ultérieurement, en se servant de blanc de gouache plus ou moins assombri par une addition de noir. Toutefois , à part quelques cas particuliers, cette façon de procéder serait absolument puérile et d'ailleurs exigeraitplus de temps que la méthode que nous allons décrire plus loin.
Imaginons d'abord trois épreuves identiques entre elles, tirées d'un seul négatif obtenu sur une plaque ordinaire ou sur une plaque orthochromatique (*).
Il convient, disons-le tout de suite, de donner la préférence aux plaques douées d'une sensibilité plus complète aux couleurs autres que les bleus.
Une plaque sensible au vert et au jaune ou, suivant la nature de l'original, au jaune et au rouge, vaudra bien mieux qu'une plaque ordinaire dont la principale sensibilité ne permet guère que Tob-
(^) Le sujet est une affiche de M. Louis J. Read, reproduite d'après Les Maîtres de^l'affiche (Paris, Imp. Chaix).
tention des bleus dans des conditions de valeurs relatives suffisantes.
Si l'on compare le positif [fig. 1), correspon-
dant à un négatif sur plaque ordinaire, de l'original polychrome, Quo nous avons choisi aussi simple que possible, pour que nos explications soient mieux comprises, on remarque, d'une part, que ce qui appartient au bleu est rendu par des
valeurs blanches ; d'autre part, que certaines parties de l'original ne sont pas du tout venues. On y chercherait vainement le globe rouge et le
Fis- 3.
feuillage vert; il n'a pas plus impressionné la plaque que le ciel jaune et que la robe et la chevelure rouges du personnage.
On ne pourrait donc retrouver le dessin luimême au complet dans cette épreuve.
SlrlLECTION PHOTOGRAPHIQUE. 5
Si nous essayons de faire une reproduction de la même polychromie sur une plaque sensible au jaune, en usant d'un écran jaune placé en avant de la surface sensible, nous obtenons le résultat fig, 2, absolument différent du premier.
Les surfaces bleues ont impressionné la plaque à un bien moindre degré : tous les verts sont venus, ou tout au moins leur place se trouve indiquée par contraste avec Timpression produite par les jaunes et bleus, le globe s'y trouve dessiné pour le même motif; mais il existe dans la robe du personnage une véritable lacune. Les plis et les dessins de cette robe n'y sont pas du tout indiqués.
Les rouges sont si peu venus qu'ils sont traduits par des valeurs absolument noires.
En ce cas encore, la Photographie a bien fourni une mise en place du sujet, un Irait général à peu près complet, mais pourtant avec quelques lacunes.
En recourant à une plaque sensible douée d'une sensibilité plus spéciale au jaune et au rouge — avec l'aide d'un écran rouge, — serons-nous plus heureux?
L'expérience va le démontrer (voir l'épreuve /î^. 3) ; dans celle-ci les bleus et verts sont rendus par une valeur assez intense, les jaunes et rouges, au contraire, ont une valeur correspondant presque à du blanc. C'est au point que la figure du personnage ne se distingue pas du fond jaune, sur le-
quel se détache !e profil, et de la chevelure rouge. Mais les traits, dessinant les plis de la robe et les dessins, qui sont à peine indiqués dans les deux
autres épreuves, s'y trouvent nettement marqués. On voit, d'après cet examen comparé, que les trois épreuves seraient indispensables pour avoir le dessin complet, chacune d'elles contenant ce qui manque dans les autres.
Elles se complètent si bien que l'on est conduit à se demander pourquoi, dans un aussi grand nombre d'ateliers, on use encore du dessin exécuté à la main pour la préparation des planches, pierres ou clichés propres aux impressions polychromes.
Ce n'est pas tout que le dessin, il faut encore établir, entre les diverses intensités du modelé des monochromes, une corrélation telle que la superposition repérée des trois couleurs conduise à l'effet voulu.
Supposons que l'on veuille réaliser cette pondération en travaillant sur les épreuves mêmes par voie d'atténuation de certaines Vtàleurs et de renforcenient d'autres parties ; la besogne ne laisse pas que d'être délicate, même pour un sujet d'une simplicité telle que celui qui nous sert d'exemple, tandis que la sélection photographique, qui nous a déjà permis de compléter le dessin proprement dit, nous vient aussi en aide pour fournir les modelés correspondant à chaque ton de l'original.
Un examen comparé des trois monochromes va nous le prouver.
Les bleus doivent être imprimés avec la pierre ou le cliché correspondant aux radiations rouges.
On n'a qu'à voir en bleu l'épreuve fig. 3 pour s'en rendre compte.
Le ciel qui est jaune, la chevelure et les Heurs qui sont rouges, le globe de feu également rouge y sont blancs. Le chemin est noir, il correspond à
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Le cliché des radiations Lieues est celui qu'il faut employer pour produire le monochrome du jaune. En effet, l'épreuve ^q. !, qui correspond à ces radiations, doit nous montrer en jaune tout ce qui s'y trouve indiqué par du noir.
Le ciel est noir, donc il sera jaune: les feuillages sont noirs, donc ils seront jaunes; la robe sera également jaune et cette couleur, combinée avec le rouge du troisième monochrome, donnera le vermillon nécessaire.
La verdure de la prairie y est grise, c'est que la teinte verte du sujet n'est pas d'un vert très accentué, elle est plutôt d un bleu vert et c'est ce qui fait qu'elle a impressionné assez fortement la plaque sensible.
Quant aux bleus purs, ils sont rendus par du
blanc, ainsi qu'on le voit dans le chemin et dans toutes les branches d*arbres.
' Le troisième et dernier monochrome, celui du rouge,serafourniparlecliché desradiations jaunes.
L'épreuve fig,2le prouve ; tout ce qui s'y trouve noir sera rouge au même degré. Le ciel est teinté, il restera de même ; le chemin et la prairie également, à très peu près ; la robe est d'un noir presque îJ)solu, donc elle sera complètement rouge, ainsi que les fleurs et les cheveux.
Les verts seuls laisseraient à désirer, ils ont trop peu impressionné la plaque, c'est-à-dire qu'ils seraient trop rouges, mais il est très facile derem.édier à cette défectuosité à l'aide d'une très légère retouche que tout le monde saurait faire, et d'ailleurs il est possible en perfectionnant les plaques sensibles elles-mêmes d'arriver à l'impression des radiations vertes au degré voulu.
On voit donc, d'après ce qui vient d'être dit, que la sélection photographique conduit à l'obtention approximativement complète, quant au dessin et au modelé, des trois monochromes propres à la reproduction d'une polychromie originale.
D'ailleurs, ainsi que nous allons l'expliquer plus loin, on peut améliorer le rendu des trois monochromes sans avoir à procéder toujours par voie de retouche manuelle.
MOTEN D'EXËGUTER LES TROIS NÉGATIFS MONOCHROMES.
Le Chapitre précédent a eu pour objet de démontrer que la Photographie pouvait être d'une très grande utilité pour le triage des couleurs d'un sujet original. 11 s'agit maintenant de fixer les règles générales des opérations photographiques propres à ces reproductions spéciales.
On sait que les trois couleurs du spectre peuvent pratiquement suffire pour reproduire, approximativement, une polychromie quelconque. Qu'on nous pardonne les précautions oratoires que nous croyons devoir prendre au début de ce petit Traité. Nous savons qu'il est, parmi les écrivains et expérimentateurs photographes, des personnes portées à être plus affirmatives que nous, et à déclarer que les trois couleurs doivent donner tous les tons possibles et, par suite, conduire à la réalisation de copies exactes des originaux colorés.
Tl se pourrait qu'elles eussent raison si le triage
MOYEN d'exécuter LES TROIS NÉGATIFS. Il
des couleurs avec la Photographie était absolument parfait. Malheureusement, il est rare qu'on se trouve dans des conditions permettant d'atteindre à la perfection, et alors il faut bien admettre le droit de recourir à une correction qui ne saurait présenter de sérieuses difficultés.
Pour parvenir à extraire d^un sujet polychrome les trois principales couleurs composantes, soit les rouge, bleu et jaune, il faut tout d'abord se munir de plaques douées de diverses sensibilités : plaques ordinaires, plaques sensibles au jaune, plaques sensibles au jaune et au rouge.
On trouve ces plaques dans le commerce. Nous recommandons notamment celles de la maison Lumière (*).
On peut aussi les préparer soi-même par le procédé dit au bain, ainsi que nous Tavons indiqué avec tous détails utiles dans notre Manuel pratique d! Orthochromatisme (^).
A l'aide d'un sensitocolorimètre tel que celui décrit page 85 dudit Manuel, soit une échelle translucide des principales couleurs, on s'assure du degré de sensibilité des plaques aux diverses couleurs avec et sans écrans colorés.
Cette vérification est de première importance.
(M Les plaques orthochromatiquea Capelli, de Milan, sont également excellentes.
{') ViDJiL (Léon), Manuel pratique d'Orthochromatisme. In-18 Jésus, avec figures et 2 planches dont une en photocoUographie et un spectre en couleur; 1891 ( Paris, Gauthier-Villars et fils).
parce que l'on s'exposerait à perdre bien du temps et à n'obtenir que de médiocres résultats si les plaques employées n'étaient pas dans les conditions de sensibilité spéciale voulues.
Souvent les plaques du commerce pourront ne présenter qu'une sensibilité relative au jaune et au rouge ; il convient, en ce cas, de les traiter de façon à exagérer cette sensibilité.
En bonne règle, du rouge et du blanc doivent simultanément donner un cliché très intense, le rouge venant presque à l'égal du blanc. De même pour le jaune.
Quant au bleu, on sait qu'il vient à Tégal du blanc, à très peu près, sur les plaques ordinaires.
Quand on a les plaques convenables, il faut en user simultanément avec des écrans propres à la sélection que l'on recherche.
Il s'agit surtout de modérer l'action des bleus, soit partiellement, soit totalement.
Quant aux deux autres couleurs, le jaune et le rouge, tout le monde sait qu'elles ne produisent aucune action sur les plaques ordinaires, sauf par la réflexion de la lumière blanche qui les frappe. C'est pourquoi l'emploi d'écrans absorbants par rapport au jaune et au rouge, comme le violet de méthyle, par exemple, est inutile; ces écrans n'ont d'autre efTet que de modérer la sensibilité générale. sans bénéfice aucun au profit de la sélection des bleus.
MOYEN d'exécuter LES TROIS NÉGATIFS. 13
Il n'en est pas de même pour les plaques des deux autres sensibilités spéciales. En général, les bleus agiraient toujours et quand môme avec une intensité supérieure à Taction soit du jaune, soit du rouge. Aussi faut-il modérer ou supprimer leur action autant que possible.
La plaque sensible au jaune spécialement doit donc ne recevoir Timpression des rayons réfléchis dans la chambre noire qu'après qu'ils ont traversé un milieu coloré jaune, lequel a pour effet d'atténuer l'action des bleus sans la supprimer complètement.
Si Ton détruisait entièrement cette action par l'interposition d'un milieu coloré jaune-orange, il y aurait à craindre que la portion de bleu qui se trouve dans les verts ne fût annihilée, ce qui donnerait un résultat défectueux. Une grande partie des verts se traduirait alors par des clairs trop accentués dans les négatifs, et le monochrome du rouge exigerait des retouches très importantes.
Aussi se contente-t-on d'un écran jaune moyen en réservant, pour le cliché des radiations rouges, un écran capable de supprimer l'action des bleus autant que possible.
L'écran employé dans ce cas est de couleur rouge-orange; en l'examinant avec un épectroscope, on ne doit voir que le rouge du spectre, et à peine un peu de jaune.
L'emploi d'un pareil écran augmente de beaucoup la durée de la pose. L'épreuve obtenue sur une plaque sensible au rouge donne les jaunes et rouges avec une valeur à peu près égale à celle du blanc. Les bleus doivent être complètement éliminés.
Suivant la nature de Toriginal, on peut employer Técran rouge plus ou moins intense; pour les bleus clairs surtout, il doit être fortement rouge, de façon à leur donner une valeur plus ou moins grise.
Tel est l'original vu à travers l'écran, telle sera la reproduction à la chambre noire en usant du même écran.
Les écrans colorés jaunes et rouges peuvent être posés soit immédiatement dans le châssis, en avant des plaques sensibles, ou bien en arrière de l'objectif, au milieu dudit, ou bien encore en avant, tout contre le bord du parasoleil.
Leur préparation est facile, surtout quand on les place en avant de la plaque sensible, car, en ce cas, ils n'ont pas besoin d'être formés de glaces colorées à surfaces bien parallèles.
L'étude simultanée de l'emploi des couches sensibles diverses avec des écrans colorés conduit vite à une saine appréciation des moyens auxiliaires auxquels on doit recourir suivant la nature des originaux à reproduire.
Comme règle générale, il ne faut pas oublier que