NATURE ET PLAGE DES ÉCRANS COLORÉS
Les clichés analytiques dont il a été parlé dans les deux Chapitres précédents peuvent être obtenus à Taide d'une chambre noire photographique quelconque, à la condition de faire poser trois fois le même sujet, en évitant que rien ne se trouve modifié quant à la distance focale et à la place occupée par le sujet par rapport à Tappareil.
Pour des œuvres d'assez grande dimension, les appareils courants sont toujours préférables, à cause du volume trop considérable qu'il faudrait donner à un appareil tel que celui dont nous allons parler, permettant d'atteindre ce résultat avec un seul objectif et d'un seul coup, sans recourir à trois poses successives.
Il va sans dire que les plaques dont il faut faire usage doivent être douées de sensibilités différentes aux principales radiations colorées.
Pour les radiations bleues, les plaques ordinaires suffisent sans recourir à l'emploi d'un écran quelconque.
On a souvent conseillé de faire usage d'un écran violet parce qu'il absorbe les jaunes, mais, en réalité, cette absorption, qui est absolument marquée dans le spectroscope, est de nul effet sur la plaque, pour deux raisons : la première, c'est que les plaques ordinaires ne sont pas sensibles aux radiations jaunes; la deuxième, c'est que, le seraient-elles, l'écran violet n'empêcherait pas ces radiations d'y produire un effet.
Ce qu'il y a de plus exact dans tout cela, c'est que les radiations jaunes qui impressionnent la rétine sont absorbées par l'écran violet quand on y regarde avec le spectroscope, tandis qu'il passe quand même des radiations jaunes capables d'impressionner toute plaque sensible à ces sortes de radiations.
L'emploi d'un écran bleu est donc inutile.
Quant au choix à faire de la plaque sensible, il y a lieu de conseiller de prendre, parmi les plaques dites ordinaires, celles qui ne sont pas des plus sensibles. Par exemple, la maison Lumière a trois marques de plaques de sensibilités échelonnées : la marque rouge, très peu sensible, la marque jaune, douée d'une sensibilité plus grande, et enfin la marque bleue, la plus sensible. Nous conseillons d'user de la sensibilité intermédiaire,
soit de la marque jaune; on risque moins ainsi d'avoir des effets dans les parties du cliché correspondant aux jaunes et rouges de l'original, par suite de la lumière blanche réfléchie par ces surfaces colorées; le voile est moins à ci-aindre et les radiations bleues sont bien obtenues à l'exclusion des jaunes et des rouges, ainsi que le montre nettement la fig. 1, où le jaune et le rouge ont, au négatif, donné du blanc à peu près pur.
La durée de la pose doit être réglée sur la venue seule des blancs et des bleus sans laisser le temps aux radiations réfléchies, provenant d'autres points de la surface, de venir impressionner la plaque.
Avec le sensitomètre de Warnercke on se rend compte aisément de la sensibilité relative des diverses marques. Ainsi, pour savoir quelle différence présentaient les marques bleue et jaune Lumière, nous avons fait un essai sensitométrique qui nous a conduit à considérer la marque jaune comme étant seize fois moins sensible que la bleue.
Il y a donc à tenir compte de cette différence. Le développement ne devra pas être poussé au-delà de la venue des blancs et des bleus.
Nous entendons par bleus non seulement le bleu pur, mais encore le bleu mélangé avec d'autres couleurs : du mauve, du violet sont des bleus contenant une part de rouge ; le violet pourpre, où la
part de rouge est assez considérable, impressionne moins que le violet clair où la part du bleu domine.
La Photographie, à ce point de vue, sait mieux voir que nos yeux et, si l'opération est bien conduite, elle donne des résultats dans lesquels les rapports avec les tons bleus de l'original sont bien conservés.
11 n'y a pas à indiquer de formule spéciale pour le développement, sauf dans le cas particulier indiqué plus loin, et la seule précaution à prendre c'est de recourir à un révélateur donnant plutôt dur que trop de douceur et surtout ne poussant pas au voile, ce qui peut avoir pour effet de vicier tous les tons destinés à se combiner avec du bleu.
Monochrome des radiations jaunes et vertes. — Nous admettons qu'il est fait usage, pour cette opération, d'un appareil courant dans lequel les trois poses auront lieu successivement. Nous pourrions dire les trois poses et un plus grand nombre si c'est nécessaire.
Nous aurons à expliquer le pourquoi d'un nombre de clichés supérieur à trois.
Si l'on se sert de plusieurs châssis, l'un contenant la plaque ordinaire, l'autre la plaque sensible au jaune, le troisième la plaque sensible au rouge, il conviendra de faire à l'extérieur une marque très visible indiquant la nature de la plaque con-
tenue, par exemple B pour le bleu et J et R pour les jaune et rouge.
Quand on travaille dans un atelier, mieux vaut, pour plus de précision dans le repérage, ne faire usage que d'un seul et même châssis que Ton charge, au fur et à mesure du travail, avec les plaques de la sensibilité voulue.
On est plus certain, en agissant ainsi, de n'avoir pas de différence dans les dimensions des images.
Seulement, si Ton emploie des écrans colorés placés en avant et tout contre la plaque sensible, il y aura lieu de tenir compte, lors de l'impression des radiations bleues, de la différence occasionnée par l'absence de tout écran, en posant, sur le plat de la rainure intérieure, des épaisseurs de bristol égales à celles des écrans colorés.
Cette précaution serait inutile si 1 on di>po>aît d'un châssis pouvant recevoir, entre le volet et la plaque sensible, un cadre porteur de l'écran coloré.
Cette combinaison est la meilleure, c'est donc celle que nous conseillons.
On pourrait évidemment jilacer les écrans ailleurs qu'inmiédiatement en avant de la phque sensible, mais celte disposition, qui peut convenir à la Photographie simplement orthochromatique, n'est pas bonne pour la Photographie des couleurs, attendu que la diirtançie locale se trouve modiiiee suivant la nature, ou mieux la couleur de ï écran.
Avec un dispotsiiif tel qrie le châfi^i» ii^iiii^é
ci-dessus, on peut recourir à des cuves remplies de liquides colorés.
Ces sortes de filtres de lumière sont encore les meilleurs, parce que l'on est bien plus certain d'arriver à couper les bleus et à laisser passer les jaune et rouge dans le rapport voulu.
Pour des travaux de précision, il ne faut pas se borner à user toujours des mêmes milieux colorés, quelle que soit la nature de la polychromie copiée, et l'on doit, soit avec des écrans solides gradués, et mieux encore, avec des cuves à liquides plus ou moins colorés, déterminer la production d'une analyse aussi complète que possible.
Les fig, 2 et 6 montrent les épreuves fournies sur deux plaques d'une égale sensibilité au jaune ; mais Tune d'elles, la fig, 2, a été reproduite à travers un écran jaune bien moins intense que celui qui a servi pour la fig, 6.
Les résultats sont absolument différents, et cela se comprend.
Avec un écran jaune de faible intensité, les bleus passent davantage; ils sont moins coupés, pour nous servir de l'expression habituelle.
Avec un écran plus riche en jaune, on arrive à couper les bleus dans un rapport bien plus accentué, ainsi que le montre la jig. 6.
L*examen comparé des deux négatifs fig, 2 et 6 montrerait peut-être mieux, d'une façon plus directe au moins, l'effet obtenu.
Evidemment, si, entre les deux écrans qui ont servi respectivement aux épreuves fig. 2 et 6, on ;t une échelle graduée d'écrans de plus en
Fig. 0.
plus jaunes, on passerait par des rendus différents dans lesquels les bleus seraient de plus en plus coupés.
Ce que nous disons à ce propos s'étendant à récranrouge dontil va ètrequestionplus loin, nous n'y reviendrons pas ; les effets étant, en ce dernier
cas, absolument symétriques; nous nous contenterons de rappeler en deux mots ce qui vient d'être indiqué plus longuement.
Il reste maintenant à savoir quelle est exactement la nature de la sensibilité de laplaque que Ton destine à la reproduction des jaunes et des verts.
On dit souvent que les plaques sensibles orthochromatiques douées de la sensibilité aux radiations jaunes sont également sensibles aux radiations vertes.
Ce peut être une erreur, erreur qui devient sérieuse lorsqu'il y a plus à attendre de la Photographie que le simple rendu des valeurs relatives.
En pleine nature, quand on reproduit un paysage où abondent les verdures, le vert vient toujours mieux sur une plaque orthochromatique que sur une plaque ordinaire, parce que la sensibilité au jaune s'étend au vert des feuillages où domine le vert jaune plutôt que le vert bleu. Là où le vert bleu domine, on arrive à conserver l'effet voulu grâce à un écran coloré de faible intensité; d'ailleurs, les jaunes eux-mêmes n'ont pas à devenir blancs, mais ils doivent être représentés par une tonalité qui rappelle la valeur du jaune par rapport aux autres couleurs.
Quand, au contraire, il s'agit de la sélection des couleurs, le desideratum est tout autre.
On doit avoir le jaune noir dans le négatif, comme l'est le blanc lui-même. Tl faut en même
tempsconserver,dansunecertainemesure, l'action des bleus et exclure absolument celle des rouges.
Si les verts se trouvaient décomposés de telle sorte qu'une part de leur effet fût imprimée dans le cliché qui doit fournir le monochrome du bleu, alors que l'autre serait dans le cliché du monochrome du jaune, on aurait les verts par le fait de la combinaison de ces deux couleurs ; malheureusement, et c'est bien le cas de notre exemple, la partie verte de l'original n'est pas venue avec une intensité suffisante dans le cliché des radiations jaunes. C'est pourquoi, au positif, elle se traduit par une tonalité sombre évidemment inférieure à celle du rouge, mais trop forte encore pour que, tirée en rouge (ce cliché étant celui qui doit donner le monochrome du rouge), elle n'altère le vert des feuillages.
C'est pourquoi nous avons cru nécessaire une relouche à la main, retouche facile en pareil cas, el qui ne saurait altérer l'intégrité du résultat.
Parmi les préparations orthochromatiques, il en est qui sont plus ou moins sensibles au vert.
Nous venons de voir dans un Manuel d'Orthochromatisme, publié à Milan par M. le docteur Bonacini, un tableau contenant un spectre solaire avec ses couleurs et, en regard, une série d'expériences faites sur ce spectre avec des plaques de Lumière, d'Albert, de Munich (avec del'émulsion au coUodion), et de Cappelli, de Milan.
Parmi ces divers résultats, nous avons remarqué que les plaques d'Albert et ceUes de Cappelli donnaient dans le vert un effet très mariJUé.
Nous citons cet exemple, entre autres, pour qu'on sache bien que la sensibilité à telle ou telle couleur n'est pas absolument limitée et qu'on peut bien, en étudiant des plaques diversement sensibilisées et en les employant avec des filtres de lumière convenablement choisia, arriver à serrer d'assez près la sélection pour que les résultats soient très satisfaisants.
L'emploi du spectroscope seul, bien que constituant un guide pour le choix des écrans colorés, ne suffit pas, attendu que les radiations absorbées par certains milieux, lors de l'examen au spectroscope, n'en impressionnent pas moins les plaques sensibles.
Nous avons déjà parlé des écrans violets, teints avec du violet de mélhyle, qui, vus dans le spectroscope, semblent retenir absolument les radiations jaunes; il en estde même pour certains écrans rouges qui semblent retenir aussi tout le jaune du spectre, alors que la plaque sensible se trouve impressionnée par le jaune avec une intensité égale à celle de l'action du rouge.
Nous le répétons, il y a des radiations jaunes qui sont invisibles pour nous et qui n'en produisent pas moins des effets chimiques intenses sur les plaques sensibles en dépit de l'écran interposé.
L'écran jaune, ainsi que nous l'avons recommandé, doit être placé en avant de la plaque sensible, soit en contact avec elle, soit à peu de distance. Il est facile de le faire soi-même; on y arrive très aisément en prenant une plaque sensible de la dimension voulue, exempte de défauts dans le verre, que l'on débromure par un passage au bain d'hyposulEte. On lave ensuite cette plaque à fond, on la fait sécher et on l'immerge dans une solution aqueuse, au degré de saturation voulue, soit d'aurantia, soit de chrysoïdine, soit de toute autre matière colorante jaune soluble dans l'eau.
On peut, par un essai préalable, déterminer l'intensité de la coloration désirée. En général, il est bon d'avoir au moins trois intensités graduées que Ton peut employer suivant les cas.
On ne doit pas oublier que Tintensité de l'écran jaune no doit pas être telle que les bleus soient entièrement coupés ; si ce résultat était atteint, on n'aurait absolument que les jaunes, ce qui donnerait un effet faux, lors de la superposition des couleurs au tirage.
La partie bleue viendrait à l'égal du rouge dans le monochrome du rouge, et comme c'est le cliché des radiations rouges qui doit donner le monochrome du bleu, c'est dans ce cliché que doivent être coupés les bleus [fig. 3). Ce positif en montre le rendu, tout ce qui est plus ou moins noir devant être bleu.
Il importe donc que le monochrome du rouge ne ressemble pas à la fig, 6, ce qui vicierait absolument le résultat.
L'écran de faible intensité est ici le meilleur, puisqu'il donne l'image ^ig. 2 qui, sauf pour le vert, est bien dans le ton»
Monochrome des radiations rouges, — Pour qu'on ne s'y trompe, nous croyons nécessaire de faire remarquer que ce titre n'indique pas que l'on a de la sorte le monochrome qui, lors de l'impression, donnera le rouge du sujet; il ne s'agit ici que du monochrome fourni par les radiations rouges, lequel devient, pour le tirage pigmentaire, celui du bleu, de même que l'épreuve des radiations oleùes fournit celui du jaune, et celle des radiaâons jaunes, celui du rouge.
Rien de particulier à dire pour ce monochrome, si ce n'est qu'il exige l'emploi de plaques sensibles au jaune et au rouge et d'un milieu coloré apte à couper aussi complètement que possible les bleus.
En ce cas, le blanc, le jaune et le rouge seuls impressionnent la plaque.
Tout de suite, nous mettrons en garde nos lecteurs contre l'emploi d'une lumière rouge comme moyen d'éclairage du laboratoire noir. Les plaques sensibles au rouge ne pourraient, sans se voiler, être atteintes par ôette lumière. Il convient donc, soit au moment du chargement des châssis avec
les plaques sensibles au rouge, soit au moment de leur développement, de remplacer le veiTe rouge de la lanterne ou de la lucarne par un verre vert d'une coloration intense. Encore est-il bon de ne pas travailler trop près de cette source de lumière pour éviter tout danger de voile.
Les plaques sensibles au rouge doivent être impressionnées sous l'écran rouge tout comme par le blanc pur.
En un mot, il faut qu'au positif le rouge pur devienne blanc, comme sont devenus blancs, dans des conditions analogues, le bleu et le jaune des opérations précédentes.
La durée de la pose qui, avec l'écran jaune convenable, est d'environ trois ou quatre fois celle d'une plaque sensible ordinaire de même sensibilité générale, peut aller jusqu'à douze ou quinze fois la durée de la pose sur plaque ordinaire pour la plaque sensible au rouge impressionnée à travers un écran rouge-orange moyen ; avec un écran très rouge, la pose serait doublée.
Nous disons un écran rouge-orange, car c'est évidemment la couleur qui convient le mieux, vu qu'elle coupe admirablement les bleus.
L'éosine, en solution aqueuse, permet d'obtenir d'excellents écrans pour la reproduction des radiations rouges.
On opère comme dans le cas précédent et l'on gradue l'intensité de l'écran suivant les besoins.
L'examen de Técran au spectroscope, ou même la seule comparaison sur une image bleue servant à cet usage détermine la nature absorbante de Técran.
Il faut que les bleus paraissent noirs.
On doit ne pas oublier que telle est l'image vue à travers l'écran et tel sera le négatif fourni par la chambre noire en y employant le même écran.
Avec un jeu de trois écrans gradués, analogue à celui qui a été indiqué pour le jaune, on se trouvera suffisamment bien monté pour faire face à tous les besoins courants.
Pour des travaux exigeant une précision serrée de plus près, le mieux serait d'employer les cuvesécrans, ce qui permettrait de faille varier la saturation des couleurs dans une proportion connue et plus continue.
Il peut se faire que, pour un travail spécial, il faille tomber juste à un degré déterminé d'absorption des bleus et tel que les écrans habituels n'y conduisent pas. 11 faudra alors ou modifier les écrans eux-mêmes, à peu près dans le sens indiqué, ou, ce qui est bien préférable, recourir à un liquide coloré dont on augmentera ou diminuera la coloration juste au point voulu.
La durée de la pose Varie avec l'intensité des écrans colorés ; il est donc indispensable de régler cette durée pour une sensibilité de plaque prise pour unité. Evidemment, avec des écrans d'un
rouge très intense, la durée delà pose s'accroîtra dans un rapport assez considérable ; il est facile de déterminer ce rapport afin de ne pas conmiettro d^erreur et de ne pas être exposé à procéder, pour chaque nouvelle opération, par voie de tâtonnement.
Au lieu d'écrans placés en avant des plaques sensibles, on peut, comme le conseillait G. Gros en 1882 (*), placer devant les lampes artificielles électriques ou autres ces mêmes écrans et obtenir ainsi un éclairage monochromatifxue. Gette fa(;on d'agir peut rendre dans certains cas de sérieux services, surtout pour les reproductions micrographiques.
Il est un moyen de faire d'un seul coup les trois clichés, surtout pour des dimensions courantes, du 13 X 18 au 8 X 8, par exemple. 11 consiste dans l'emploi du chromographe Nachet ou chambre noire à triple effet. Nous nous en occupons dans le Ghapitre suivant.
(M Moniteur de la Photographie^ l"-* série, p. 82 ; 1882.
GHR0M06RAPHE NÂGHET.
Cet instrument est, pour ainsi dire, le complément indispensable du chromoscope et de la Photographie des couleurs, surtout pour les reproductions de sujets où il serait impossible de procéder par trois poses successives, pour le portrait et pour les groupes, par exemple.
A cause de Técran rouge, la durée de la pose, même en pleine et belle lumière, est difficilement réduite à moius de trente secondes. S'il fallait faire poser un modèle pour chacun des trois monochromes successivement, il est certain qu'il remuerait, que son expression se modifierait, et Ton reculerait devant des tentatives presque toujours infructueuses. Le chromographe permet de remédier à cette difficulté, car il présente l'avantage de donner l'image d'un seul coup, soit en une seule pose et avec un seul objectif.
La description de cet ingénieux auxiliaire de la
GHnOMOGRAPHE NAGHET,
reproduction des couleurs n'est ni longue ni compliquée.
Il se compose, ainsi que le montre le dessin ci-dessous (fig. 7) d'une sorte de chambre noire
Fig. 7.
B^SXOBS^ISSSa ^B^EOr
Ctiromographe Nachet.
normale, à l'intérieur de laquelle sont disposés, dans Taxe de Tobjectif, deux miroirs platinés réfléchissants et translucides, préparés comme ceux du chromoscope.
L'un de ces miroirs est placé dans un plan vertical perpendiculaire à la base de la chambre noire et incliné à 45". par rapport au plan de l'objectif.
C'est celui qui, le premier, reçoit l'image réfléchie dans la chambre noire.
En arrière de ce miroir, à la distance voulue, se trouve un deuxième miroir semblable au premier, mais disposé différemment; il est incliné à 45* sur le plan horizontal servant de fond à la chambre noire.
De plus, les places que doivent occuper les trois châssis négatifs sont disposées l'une en face de Tobjectif, comme dans tous les appareils courants, pour une des épreuves, l'autre sur une des parois latérales, à gauche ou à droite suivant le sens de l'inclinaison donnée au premier miroir, et enfin la dernière au-dessus môme de la chambre noire, ainsi que le montre le dessin.
En avant de chaque châssis, sur la partie fixe et aussi près que possible de la place à occuper par les plaques sensibles, se trouve le milieu coloré correspondant à l'affectation de ce châssis, soit tout au moins à celui du jaune et à celui du rouge. Ces écrans, retenus par de petits tourniquets, peuvent être enlevés, changés, remis à volonté.
Il est inutile de dire que la plaque sensible au rouge doit aller avec le châssis placé en arrière de l'écran rouge, etc.
Voici maintenant ce qui se passe :
Dès qu'une image réfléchie pénètre dans la chambre noire, à travers l'objectif, ses radiations rencontrent le premier miroir qui est à la fois réfléchissant et translucide; elle s'y dédouble donc, une moitié étant rejetée à angle droit sur une des
GHROMOGRAPHE NAGHET. 41
plaques sensibles, celle qui est sur le châssis latéral où elle va former son image. L'autre moitié, ou mieux la partie non réfléchie, continue son chemin en ligne directe, grâce à la translucidité du miroir, et va rencontrer le deuxième miroir situé en arrière du premier mais ayant une orientation différente quant à son inclinaison, — elle est de 45** sur le plan horizontal de la chambre, — l'image est donc partiellement rejetée vers le haut de la chambre où est la deuxième plaque sensible. Nous disons partiellement, parce que le deuxième miroir est également translucide ; une portion de ce qui restait de l'image est donc seule réfléchie en haut, tandis qu'une autre portion continue sa route en ligne droite; c'est le complément de l'ensemble des rayons réfléchis ayant pénétré par l'objectif, et c'est cette troisième et dernière portion qui est utilisée pour la formation de la troisième épi'euve.
Maintenant que l'on connaît la fonction du chromographe, quant à la distribution des radiations au sein même de l'appareil, il est utile de se rendre compte du réglage de la durée de l'impression, en prenant pour unité la durée la plus longue correspondant naturellement au châssis des radiations rouges.
Tout d'abord il y a lieu de remarquer que le xihâssis latéral reçoit la plus grande somme do lumière, puisque la moitié environ des radiations
4i CHAPITRE V.
y est réfléchie. C'est dans ce châssis qu*on place le verre dépoli pour la mise au point, l'image y étant la plus lumineuse. L'autre moitié, après avoir traversé le premier miroir, est en grande partie réfléchie par le deuxième; aussi l'image formée dans le châssis d'en haut exige-t-elle, toutes choses égales d'ailleurs, une pose environ quatre foisi)lus longue que pour le châssis latéral. Enfin, ce qui reste des radiations, après avoir traversé le deuxième miroir, va former la troisième image dans le châssis de face, dans un temps qui est environ quinze fois plus long que pour le châssis n** 1 latéral.
En prenant ces données pour base, on arrive à régler aisément l'emploi de trois plaques de sensibilité inégale et impressionnées à travers des milieux colorés différents.
Il faut que les deux plaques qui posent le moins arrivent à recevoir l'impression dans le même temps que celle qui pose le plus. C'est là une question de détail, sur laquelle nous insisterons d'autant moins, que chacun, suivant la nature des plaques qu'il emploiera, devrait modifier les données que nous indiquerions.
Le modèle de chambre chromographique créé par M. Nachet peut difiBicilement s'étendre à de grandes dimensions ; pourtant il semble possible de l'établir, sans arriver à un volume trop considérable, jusqu'au 18 x 24, pour le travail d'atc-
CHROMOGRAPHB NACHET. 43
lier. Si Ton pouvait faire usage de grands angulaires, les dimensions de l'appareil seraient moins grandes. Mais il ne faut pas oublier qu'il s*agit d'employer cet appareil surtout pour les cas où l'on ne parviendrait pas à effectuer les trois poses successives, pour le portrait notamment, et qu'en pareil cas un objectif à grande ouverture est indispensable pour abréger la durée de la pose.