OBSERVATIONS
POUR LA BONNE EXÉCUTION DES PORTRAITS ET LA REPRO- DUCTION DES PLAQUES DAGUERRIENNES ET DES TABLEAUX A l'hUILE.
§ 40. ^ — L'effet est une des conditions absolues pour qu'un portrait soit agréable. On ne doit donc rien négliger pour y arriver.
Le modèle doit toujours être à l'ombre et avoir un côté de la figure un peu plus éclairé que l'autre.
Il ne faut jamais que la tête soit dans la même direction que les épaules, cela manque d'élégance; si la tête est de face, il faut mettre le corps de trois quarts, et réciproquement.
La lumière que l'on obtient près d'une grande fenêtre est très-bonne pour son exécution, mais il faut avoir soin de mettre en face de la fenêtre une tenture blanche qui vienne projeter des reflets dans la partie qui est dans l'ombre. On obtiendrait sans cela
un passage trop brusque du clair au tioir qui ne serait pas harmonieux.
Une glace disposée dé manière à renvoyer les rayons lumineux sur la partie de la figure dans l'ombre, donne aussi de très-beaux effets.
On pose le modèle entre les rayons directs de la fenêtre et ceux réfléchis par la tenture blanche ou la glace.
La lumière diffuse extérieure est très-bonne aussi et agit bien plus rapidement ; mais , dans ce cas , il faut au contraire mettre sur un des côtés de son modèle une tenture très-foncée, a6n de ménager des ombres.
Sans ces précautions, on manquerait presque toujours d'effet.
Il faut avoir soin que la téte soit Fobjet le plus saillant et le plus net de l'image, et s'attacher à mettre par conséquent plus scrupuleusement au point sur elle.
Je fais avec beaucoup de succès la copie des plaques sur papier; pour cela je me sers de Tobjectif simple normal , que j'adapte à une chambre noire de 50 centimètres à 1 mètre de foyer.
Je recouvre tout le devant de la chambre noire et l'objectif d'un linge noir où est seulement ménagée une ouverture de la grandeur du diaphragme.
Par ce moyen, j'obtiens une intensité remarquable dans les noirs de l'épreuve et j'évite les reflets dans la plaque.
Le jour doit arriver sur la plaque par rayons obliques, de manière qu'il n'y ait jamais de rayons réfléchis à angle droit dans l'objectif.
J'obtiens ainsi une image depuis la grandeur égale jusqu'au double et au triple.
Les mêmes précautions doivent être prises pour la copie de tableaux à l'huile.
Il faut généralement prolonger l'exposition à la chambre noire pour une copie de plaque à grandeur égale pendant un quart d'heure ou une demi-heure, et plus si l'on fait plus grand.
Lorsque je fais un portrait assis, les genoux et les mains arrivent toujours beaucoup trop en avant pour pouvoir les avoir bien nets.
J'y arrive cependant en me servant d'une ardoise courbée en sifflet vers le haut seulement de la chambre noire.
Pour obtenir cette courbe , je fais placer une personne sur une chaise, les mains sur les genoux, dans la position la plus habituelle. Je calcule sur le verre dépoli la différence qu'il y a entre la longueur du foyer sur le visage et celui sur les mains; cette différence établie me sert à faire la courbure de l'ardoise à la place correspondante de l'image.
La place qu'occupe la tête doit être scrupuleusement au même point que le verre dépoli de la chambre noire; on met exactement au point dessus, sans s'inquiéter des mains qui se trouvent dans l'épreuve venir parfaitement nettes , par l'effet du ral-
longement de foyer, produit par la courbe de l'ardoise.
Je ménage aussi devant mon modèle une draperie obscure où il puisse reposer les yeux sans les fatiguer. Je mets un pain à cacheter à l'endroit qu'il doit regarder, et lui recommande de battre la paupière comme d'habitude.
Il faut bien se garder de recommander une fixité de regard complète; au bout d'un instant l'œil se rempUrait de larmes, et tout le portrait grimacerait par l'effet de la contraction nerveuse et gênante que cela produirait.
Je me suis efforcé, dans cette partie pratique de mon traité, de donner tous les renseignements que je crois utiles à l'amateur pour bien réussir. Je l'engage à ne pas se laisser rebuter par un premier insuccès; en suivant exactement ces indications, il ne peut manquer de réussir.
Tous les jours je mets ces procédés en pratique dans mon grand atelier de photographie, chemin de ronde de la barrière Clichy, n" 7; j'engage donc les personnes qui pourraient être arrêtées par quelque difficulté à m'y venir visiter : je me ferai un plaisir de leur donner les renseignements qui pourraient leur manquer et de leur faire voir mes collections d'épreuves faites par ces procédés et exécutées tant par moi que par les élèves que j'ai formés.