DEUXIÈME OPÉRATION
MANIÈRE DE DONNER LA SENSIBILITÉ AU PRÉCÉDENT PAPIER lODURÉ POUR OPÉRER PAR LA VOIE SÈCHE.
§ 8. — Faites à l'obscurité, et à la lumière d'une bougie seulement, la dissolution suivante dans un flacon bouché à l'émeri :
Eau distillée 300 gr.
Azotate d'argent 20
Acide acétique cristal iisable. Si- Noir animal 8
L'acide acétique s'ajoute quand l'azotate d'argent est dissous, puis ensuite le noir animal.
On agite le flacon, et on le laisse reposer une demi-heure. Après ce temps, le noir animal est tombé au fond du flacon , et le liquide est prêt pour l'usage.
Au moment de préparer le papier, vous filtrerez
la partie la plus claire du liquide, en ayant soin de laisser le noir animal au fond du flacon. Ce noir servira, jusqu'à épuisement de la solution, à la décolorer et à la rendre limpide, après les subséquentes préparations de papier que Ton y aura faites.
Il ne faut jamais jeter non plus les petits cristaux en aiguille qui peuvent se former au fond du flacon ; ces cristaux refournissent de l'argent au liquide après qu'il a déjà servi.
On doit aussi observer avec le plus grand soin de ne préparer dans ce bain d'acéto-azotate d'argent qu'un nombre de feuilles d'une grandeur de 25 centim. sur 35 centim. égale à la quantité de grammes d'azotate d'argent employée, c'est-à-dire que la solution précédemment indiquée, contenant 20 grammes d'azotate d'argent, ne doit servir que pour vingt feuilles de cette dimension.
Si on négligeait cette précaution, les feuilles préparées en plus manqueraient de sensibilité, une feuille de cette dimension absorbant près d'un gramme d'argent pour donner naissance à Tiodure d'argent, qui rend le papier sensible.
L'acéto-azotate d'argent étant filtré, vous prendrez deux cuvettes en porcelaine un peu profondes et bien nettoyées.
Dans la première, vous verserez un ou deux centimètres d'épaisseur d'acéto-azotate d'argent; dans la seconde, vous mettrez de l'eau distillée.
Vous déposerez sur le bain d'acéto-azotate d'ar-
gent un des côtés du papier ciré et ioduré (§ 4 et 7) ; puis, avec un pinceau de soies de porc qui ne soient pas reliées avec du fil de métal , mais bien avec du fil de chanvre vernissé au copal, vous ferez enfoncer la feuille dans le liquide, chassant avec soin les bulles d'air, et vous l'y laisserez quatre ou cinq minutes. Si le papier ioduré est teinté en violet, ce qui vaut mieux, vous le retirerez aussitôt qu'il sera devenu blanc; vous aurez ainsi le maximum de sensibilité.
Vous retirerez alors le papier immédiatement du bain d'argent, et vous le mettrez dans la seconde cuvette d'eau distillée, en chassant également avec soin les bulles d'air avec un autre pinceau qui ne doit servir qu'à cet usage.
Vous pouvez préparer ainsi dix feuilles l'une après l'autre dans le bain d'argent sans le filtrer de nouveau, et les mettre ensemble l'une sur l'autre dans la bassine d'eau distillée.
Arrivé à ce nombre, vous soutenez avec le pinceau vos feuilles au fond de la bassine d'eau que vous versez dans un flacon spécial. Vous versez alors sur vos feuilles de nouvelle eau distillée , que vous renouvelez encore une fois si vous devez conserver votre papier longtemps avant de vous en servir.
§ 9. — Toutes ces eaux de lavage doivent être recueillies avec soin dans le même flacon ; elles sont
très-précieuses, et j'en indiquerai l'usage au chapitre suivant.
Enfin vous enlevez le papier de Teau feuille à feuille pour l'assécher entre du papier buvard épais, bien net et neuf, et le mettez, pour le conserver, dans un autre cahier de buvard également neuf.
Quelques praticiens croient que l'on enlève la sensibilité du papier en le lavant comme je le recommande. Il n'en est rien, la sensibilité étant donnée par l'iodure d'argent qui est formé dans le papier et qui est insoluble à l'eau.
Ces lavages n'enlèvent que l acéto-azotate d'argent, qui par sa causticité détruirait le papier et le ferait noircir même dans l'ombre.
Chacun a pu se convaincre de cela par les filtres de papier qui ont servi à l'acéto-azotate d'argent, et qui deviennent noirs, après quelques jours, dans les laboratoires où la lumière ne pénètre jamais.
Il faut bien se garder de laisser sécher ce papier en le suspendant en l'air ; il ne manquerait pas de s'altérer , et deviendrait tout noir dans l'acide gai-»lique , mais bien le laisser sécher naturellement (comme je viens de le dire) dans un cahier do buvard, et en mettant alternativement une feuille de papier préparé et une feuille de buvard.
En tenant ce papier ainsi préparé bien à l'abri de la lumière, il peut conserver sa sensibilité quinze jours et même un mois avant d'être exposé à la chambre noire. Afin de pouvoir le transporter en
campagne, je renferme le papier buvard qui le contient dans un double étui dont une des parties rentre à frottement dans l'autre.
Ce mode d'opérer est précieux pour le voyage , puisqu'il dispense de manipulations si difficiles lorsqu'on est hors de chez soi. Il suffit d'emporter avec soi des châssis garnis de feuilles préparées et le précédent portefeuille bien clos , qui contient également un compartiment où Ton met les épreuves tirées.
On prend deux ou trois épreuves de la même vue pour être sûr d'en avoir une bonne. Seulement le soir ou le lendemain , et même plus tard , en rentrant au logis, on développe les images sur l'acide gallique. 11 est bon de ne pas mettre à la fois plus d'une ou deux épreuves dans le même bain d'acide gallique.
Le temps de la pose à la chambre noire n'est pas plus long que par la voie humide , il est plutôt plus court ; seulement il faut laisser un peu plus de temps l'épreuve à l'acide gallique, que l'on additionne de 15 ou 2!0 gouttes d'acéto - azotate d'argent filtré et n'ayant pas encore servi, si on n'a pas à sa disposition d'eau de lavage.
De quelque courte durée qu'ait été le temps de l'exposition à la lumière , on doit bien se pénétrer qu'on peut toujours obtenir une bonne image en laissant séjourner un temps relatif l'épreuve dans le bain d'acide gallique. Je suis d'avis que l'image est formée dès le premier temps où les rayons lumi-
neux réfractés par l'objectif viennent frapper le papier sensible.
Tous les amateurs de photographie doivent diriger leurs recherches dans ce sens, et chercher un réactif qui développe cette image avec puissance.
Ainsi , pour donner un exemple , je fis deux fois la même vue au même instant. La première posa à l'ombre, par le mauvais temps, 20 secondes, et la seconde 1 5 minutes. Eh bien , le résultat obtenu fut le même ; seulement la première ne sortit qu'après un séjour d'un jour et d'une nuit dans l'acide gallique, tandis que la seconde fut complètement développée après une heure.
Depuis que je me sers de ce procédé sec , je ne manque presque jamais une épreuve ; aussi je le recommande tout particulièrement. Les amateurs trouveront peut-être, dans le commencement, de la difficulté dans son emploi , parce qu'il se trouve difierer complètement dans sa marche de tous les procédés pratiqués jusqu'à ce jour; mais, avec de l etude et de la persévérance , ils se convaincront de tous les avantages qu'il présente, et il sera, je Tespère , généralement adopté.
Le papier anglais Watman non ciré , traité par les mêmes préparations et bien lavé, se conserve aussi assez bien, mais moins longtemps que le papier ciré.
Il ne faut pas du tout s'inquiéter de la teinte sale et de l'aspect grenu que prend le papier ciré sous
Tacide galliqiie et après qu'il est sec : cette apparence disparaît complètement en transparence après que l'on a fait refondre la cire contenue dans l'épreuve par l'exposition du négatif à une chaleur convenable. Cette précaution ne doit jamais être négligée ; elle est indispensable à la qualité de l'épreuve.^ et est supérieure à un nouveau cirage.
Vos dix feuilles finies , reversez Pacéto-azotate d'argent dans le flacon où est resté le noir animal ; agitez alors le tout, laissez reposer un instant, puis filtrez de nouveau , pour préparer dix nouvelles feuilles ou moins, suivant le besoin.
Quand cet acéto-azotate d'argent a servi à préparer la quantité de feuilles que Ton ne doit pas dépasser, et que par conséquent il est épuisé, on l'utilise en versant dedans du chlorure de sodium. On obtient un précipité de chlorure d'argent, qui sert, comme je l'indiquerai , à donner à l'hyposulfite de soude la qualité nécessaire pour obtenir de beaux tons.