CHAPITRE II
Description des appareils employés dans la galvanoplastie. — Principales opérations galvanoplastiqucs. — Applications diverses de ces procédés.
On se propose, dans la galvanoplastie, d’obtenir à l’aide de '# pjle voltaïque, sur un objet donné, la précipitation d’un
GALVANOPLASTIE.
métal dissous dans un liquide, de manière à obtenir à la surface de cet objet une couche continue, mais non adhérente, qui reproduise tous les détails du modèle. Si le dépôt se fait à l’intérieur, on obtient la reproduction intérieure du modèle, et la couche ainsi formée est destinée à servir de moule. Si le dépôt a lieu à l’extérieur, il a pour effet de provoquer sur ce moule la précipitation d’une couche métallique, qui, séparée du moule, est dès lors la reproduction extérieure du type primitif.
Donnons d’abord la description des appareils en usage pour les opérations de la galvanoplastie ; nous décrirons ensuite ces opérations elles-inèmes, et nous passerons enfin en revue la nombreuse série des applications qu’elles ont reçues.
Pour provoquer le courant électrique et pour recevoir le dépôt métallique, on peut se servir de deux appareils , \'appa~ reil simple ou l'appareil composé. Dans le premier, l’objet destiné à être reproduit fait lui-même partie du couple voltaïque qui doit provoquer le courant. Dans le second, le courant voltaïque se produit en dehors de la liqueur à décomposer, et le moule est simplement attaché au pôle négatif de la pile par un fil conducteur.
V appareil simple le plus souvent employé est formé d’un vase de verre contenant la dissolution h décomposer, du sulfate de cuivre, par exemple, si c’est du cuivre que l’on veut précipiter. Au centre de ce premier vase, se trouve un second vase de porcelaine qui plonge dans le liquide et contient de l’acide sulfurique étendu de 12 à 15 fois son poids d’eau; ce vase est fermé à sa partie inférieure par un morceau de vessie. On place dans l’acide sulfurique une lame de /.inc que l’on fait communiquer, au moyen d’un fil de cuivre, avec le moule qui se trouve déposé au fond du vase de verre renfermant la dissolution de sulfate de cuivre. I.e couple voltaïque engendré par le contact du cuivre et du zinc donne naissance à un courant
électrique faible et continu qui provoque lentement et graduellement la précipitation du métal. Le cuivre réduit vient se déposer peu à peu dans le moule placé au pôle négatif, et au bout de quelques jours il produit, en se modelant sur les diverses inégalités de sa surface, une «juche métallique qui est la contre-épreuve parfaite de l’original. Comme la dissolution de sulfate de cuivre s’épuise au fur et*ù mesure de la réduction du sel, on l’entretient à un degré constant de saturation, en ajoutant de temps à autre à la liqueur de nouveaux cristaux de sulfate de cuivre.
La figure suivante représente une coupe de l’appareil galvanoplastique qui vient d’être décrit. AA est le premier vase contenant la dissolution de sulfate de cuivre; le moule M est placé au fond de ce vase. Ce moule est attaché à un fil de cuivre f qui sort du liquide pour venir se réunir à un deuxième fd g , lequel supporte la lame de zinc Z, plongée elle-même dans l’acide sulfurique affaibli qui remplit le second vase BB. Ce vase BB est fermé, comme nous l’avons dit, à sa partie in-
férieure, par un morceau de vessie qui sépare les deux liquides. Le fil de cuivre et le zinc forment par leur contact un couple voltaïque, et l’électricité ainsi produite décompose la dissolu-
’-vn de sulfate de cuivre placée dans le vase A ; le cuivre pré-
G1LTANOFLA5TIE.
cljîité par l'action da courant vient >e déposer an 61 négatif de la pile. Or, comme le monle \f es* attaché à ce pôle négatif, c’est sur lui que s'effectue le dépôt de tout le cuivre réduit : ce moule se trouve ainsi peu à peu recouvert et enveloppé dans toutes ses parties par le dépôt métallique. Ce petit appareil, très commode pour la reproduction galvanique des objets de petite dimension, est connu socs le nom d 'electrotype de Spencer.
V appareil com/xtsê offre deux parties à considérer : le vase dans lequel s’effectue le dépôt du métal, et la pile voltaïque placée en deltors de la liqueur.
La pile qui sert aujourd’hui pour la plupart des applications de la galvanoplastie est la pile de Bunsen. On fait aussi assez souvent usage de la pile de Daniell dont nous avons donné la description dans le deuxième volume de cet ouvrage.
Le vase dans lequel doit s’effectuer le dépôt engendré par l’une de ces piles n’offre aucune disposition qu’il soit nécessaire de signaler. Il contient la liqueur saline à décomposer : du sulfate de cuivre, du cyanure d’argent dissous dans du cyanure de potassium, si c’est du cuivre ou de l’argent que l’on se propose de réduire. La forme de ce vase est indifférente. On attache au pôle positif de la pile plongeant dans la liqueur un anode , c’est-à-dire une lame de cuivre si l’on opère sur un bain de cuivre, une lame d’argent si l’on agit sur un sel d’argent. Le métal attaché au pôle positif se dissout au fur et à mesure que marche l’opération, en quantité à peu près égale à celle qui se trouve réduite par le courant
La figure suivante représente l’appareil composé, le seul dont on fasse aujourd’hui usage pour les applications industrielles de la galvanoplastie. A représente un couple de la pile ; il est rare qu’il soit nécessaire d’en employer plusieurs. B est le vase dans lequel s’effectue le dépôt métallique. Le moule est attaché au pôle négatif de la pile ; Y anode soluble, composé d’une lame de cuivre, est attaché au fil positif.
L’emploi d’un appareil composé a des avantages de toute nature, et il, a seul permis de prêter aux opérations galvanoplastiques l’importance et la variété qu’elles ont acquises aujourd’hui. L’anode qu’il renferme permet d’entretenir la dis-
solution saline à un état constant de saturation, circonstance très utile au succès. En faisant usage d’éléments voltaïques plus ou moins énergiques, plus ou moins nombreux, on peut obtenir un courant animé de tous les degrés possibles d’intensité. Enfin, cet appareil permet d’augmenter autant qu’on le veut le volume des pièces reproduites, il suffit pour cela de placer la liqueur dans des vases d’une dimension convenable : il n’y a dés lors plus de limites pour la forme ni pour l’étendue de l’objet que l’on veut reproduire.
Les opérations galvanoplastiques présentent dans la pratique quatre circonstances essentielles d’où le succès dépend, et qui malheureusement sont encore loin d’être bien élucidées. Ce sont : l’intensité de la pile pour les différentes dissolutions, — le degré de concentration de la liqueur et sa conductibilité électrique, — sa température, —enfin la disposition et la grau-
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Pour prendre oa* «ipceiate gaàaarçsKtiqoe,. oa «atk pas en général «>r T oiy et k u-n*cx. qni a-cmn: ie rssqu*? dVtn détérioré par son sé <wr dans ks tqi>fors acides : ordiadrernenf on en pn-od an oxiie >or lequel oo oçv-nf k reproduction. Les moules employés sont fans, comme nous Papous déjà dit. arec an métal oa arec une substance plastique que l'on rend conductrice de l'électricité en la recouvrant d'une couche très mince de plombagine, on d'une poudre métallique. Le métal employé pour la confection des moules est l’alliage fusible de d’Arcet, la soudure des plombiers, ou l’alliage des clichés, qui est beaucoup plus dur. Mais le plus souvent ou se sert de moules de plâtre ou de gutta-percha. On commence par rendre les moules de plâtre imperméables à l’eau en les plongeant dans la stéarine fondue. On étend ensuite sur leur surface, à l’aide d’un pinceau, une légère couche de plombagine destinée à la rendre conductrice. Les moules de gutta-percha, qui sont aujourd’hui presque exclusivement employés dans l’industrie électro-chimique, sont simplement métallisés, c’est-à-dire rendus conducteurs par la plombagine pulvérisée. Pour établir la communication entre le moule et le pôle négatif de la pile, on entoure le moule d’une bande de cuivre ou de plomb.
Tel est l’ensemble des opérations qui s’exécutent dans la galvanoplastie. Passons maintenant en revue les différentes applications de ces procédés. Nous parlerons d’abord de la reproduction des monnaies et des médailles,
Pour reproduire une monnaie ou une médaille, on peut opérer de deux manières : 1" On agit directement sur la médaille que l’on veut reproduire en la plaçant au pôle négatif, après avoir pris les précautions suffisantes pour empêcher l’adhérence de l'empreinte avec l’original. Ces précautions consistent à passer sur la médaille une couche excessivement légère d’une substance grasse, telle que l’huile, la cire, la stéarine, le suif, etc. On obtient ainsi en creux une empreinte sur laquelle on opère de nouveau pour avoir la reproduction en relief. 2° On prend l’empreinte de la pièce avec du plâtre, de la gutta-percha ou un alliage fusible ; de celte manière l’opération galvanoplastique donne immédiatement la médaille en relief. Quand on agit directement sur la médaille, il faut recouvrir de stéarine le revers, sur lequel il ne doit pas exister de dépôt ; on la met ensuite en rapport avec le pôle négatif au moyen d’un fil de métal fixé sur son contour. Le revers est reproduit plus lard de la même manière en recouvrant de stéarine la face déjà prise. Cinquante ou soixante heures d’immersion donnent au dépôt une épaisseur convenable. L’opération achevée, on sépare la pièce du moule, auquel elle n’adhère que faiblement.
On reproduit, par ces moyens, les cachets, les timbres et les sceaux, en opérant sur des empreintes prises avec le plâtre, la gutta-percha ou la stéarine.
C’est par les mêmes procédés que l’on recouvre de cuivre une statuette, un groupe, on tout autre objet exécuté eu plâtre. L’appareil de M. Spencer, que l’on a vendu à Paris sous le nom d 'électrotype breveté , et dont nous avons donné la figure en parlant des appareils simples, est très commode pour les reproductions de ce genre. Cependant cette opération est assez puérile. Envelopper d’une couche de cuivre une statuette ou un médaillon de plâtre, ne remplit aucune vue d’utilité particulière, et n’a rien de bien heureux sous le rapport de l’art.
GALVANOPLASTIE.
En recouvrant (le cuivre, par les mêmes procédés, des fruits, des légumes, des feuilles, des graines et d’autres produits na- turels, on peut obtenir quelques ornements curieux en ce qu’ils conservent et traduisent exactement la forme et tous les détails les plus fins de l’objet galvanisé. Pour reproduire, par exemple, une pomme, une poire, une feuille d’arbre, etc. , on frotte le fruit avec de la plombagine, et l’on enfonce vers la queue ou vers le germe une petite épingle ; on réunit cette épingle 5 un fil communiquant avec la pile, et l’on place le fruit dans la dissolution. Le cuivrage étant achevé, on retire l’épingle, qui laisse un petit trou par où les sucs du fruit peuvent s’évaporer. Disons cependant que ces espèces de cuivrage sont d’une parfaite inutilité, et ne sont guère propres qu’à donner la mesure de la perfection et de la délicatesse des opérations galvanoplastiqnes. Je me souviens avoir vu, dans le vestibule de l’Institut, un spécimen assez curieux des produits de cet art singulier.
M. Soyer avait réussi à envelopper le cadavre d’un enfant nouveau-né d’une couche de cuivre. Bien que le résultat fût merveilleux de réussite, c’était un spectacle assez hideux. On disait autour de moi qu’il y aurait là un moyen d’élever aux grands hommes à la fois un tombeau et une statue d’une ressemblance authentique.
La galvanoplastie fournit à l’art du fondeur des applications d’une tout autre importance, et qui sont destinées à recevoir un jour un développement remarquable. Voici l’ensemble des moyens qui permettent de former, avec le seul secours de la pile voltaïque, les grands objets de sculpture, que l’on n’avait pu jusqu’ici obtenir qu’à l’aide de la fusion du métal.
On sait que pour obtenir une statue de bronze, de fonte ou de zinc, le sculpteur ayant livré son modèle d’argile, on en tire une épreuve au moyen du plâtre; cette dernière épreuve sert ensuite à préparer le moule de sable où l’on coule le
métal.' Cos diverses opérations nécessitent un grand travail et ne sont pas sans danger à cause des explosions qui peuvent avoir lieu pendant la coulée; en outre, la copie métallique est loin d’étre parfaite : elle exige, pour être terminée, de nombreuses retouches et un travail nouveau. Par la galvanoplastie, au lieu de faire un moule en relief avec du plâtre, et puis un moule en creux avec du sable, on commence par mouler le plâtre eu creux, et l’on revêt ensuite de plombagine l’intérieur de ce moule. On plonge alors dans une dissolution de sulfate de cuivre, et l’on fait passer le courant électrique ; quand la couche déposée est d’une épaisseur suffisante, on enlève le moule qui laisse à découvert l’objet parfaitement reproduit. S’il s'agit d’une statuette en ronde bosse de petite dimension, on prend le creux de chaque moitié, on les revêt de plombagine, et l’on rapproche ensuite les deux moitiés que l’on réunit avec du plâtre ; on fait communiquer le tout avec l’appareil voltaïque, en s’arrangeant de manière que le liquide puisse pénétrer dans l’intérieur du moule, et que le dépôt métallique s’y effectue. Si l’original avait de trop grandes dimensions, les vases à employer devraient présenter une capacité énorme; il est mieux alors de réunir entre elles, avec de la cire, les diverses parties du moule en creux, de manière à en former une sorte de capacité dans laquelle on place la dissolution même. Les parties séparées que l’on obtient ainsi sont ensuite soudées à l’argent ou à l’étain. Enfin ces soudures elles-mêmes sont galvanisées à leur tour. Il suffit, pour cela, de circonscrire leur surface avec du mastic, de manière à en former une espèce d’auge que l’on remplit de la solution de sulfate de cuivre ; à l’aide de la pile, on détermine un dépôt de cuivre qui recouvre et fait disparaître les traces de ces soudures.
Les statuettes, les bas-reliefs, les diverses figurines métalliques que l’on trouve dans le commerce, sont obtenus par les mêmes moyens. Pour faire disparaître le ton ronge du cuivre,
galvanoplastie.
r|ui n’est que d’un effet assez médiocre, on recouvre ces différents objets d'une couche d'argent par l'action de la pile ; l’éclat et le ton brillant de ce dernier métal leur donnent beaucoup de relief et de valeur.
L’application des procédés gab anoplastiques à la typographie a donué, depuis peu d’années, des résultats d'une liaute importance.
Les procédés électro-chimiques permettraient d’obtenir à peu de frais les caractères que le fondeur exécute au moyen d’une matrice préparée à cet effeL Dans l’état actuel de l’industrie, les procédés qui sont en usage fournissent les matrices d’impression avec une économie qui rendrait superflue l’intervention de la galvanoplastie, quand il ne s’agit que de matrices n’exigeant qu’un médiocre travail de gravure. Mais il en est autrement quand il s’agit de caractères devenus rares, ou dont la complication rendrait dispendieuse l’exécution d’une matrice nouvelle. La galvanoplastie intervient dans ce cas avec des avantages marqués. Il suffit, en effet, de posséder quelques spécimens de ces caractères ; les procédés électro-chimiques permettent de préparer avec un seul d’entre eux une matrice à l’aide de laquelle le fondeur peut ensuite fournir à très bas prix la série de caractères nécessaires à l’imprimeur.
En Allemagne et en France, l’art de l’imprimerie tire déjà un parti sérieux de cette application de la galvanoplastie. L’imprimerie impériale d’Autriche, qui a tant contribué à répandre et à populariser l’emploi de la galvanoplastie dans la typographie et dans la gravure, fait aujourd’hui un grand usage des procédés électro-chimiques pour la reproduction des matrices devenues rares. L’imprimerie impériale de France commence à entrer aussi dans la môme voie.
Nous arrivons aux applications de la galvanoplastie qui nté-
ritent le plus l'attention, c’est-à-dire à l’emploi de ces procédés dans l’art de la gravure. Nous allons trouver ici un ensemble nouveau d’opérations assez importantes pour former toute une branche particulière des arts électro-chimiques, que l’on désigne sous le nom spécial d 'électrotypie. En Allemagne, l’électrotypie est aujourd’hui fort avancée. Longtemps négligée en France, elle a pris, dans ces dernières années, une assez grande extension pratique, et nos artistes sont aujourd’hui en mesure de réaliser les applications les plus délicates de la galvanoplastie aux différentes branches de la gravure.
Voici les applications principales faites jusqu’à ce jour des procédés galvanoplastiques à l’art du graveur. L’électrotypie permet d’exécuter les opérations suivantes : 1° fabriquer des planches de cuivre pur à l’usage des graveurs; 2° reproduire les planches gravées; 3° graver directement parle courant galvanique.
Les planches de cuivre employées par les graveurs exigent des qualités que les procédés de l’industrie actuelle réalisent difficilement. Le cuivre même le plus pur, livré par le commerce, contient généralement de l’étain et d’autres métaux, qui rendent la gravure au burin difficile et la gravure à l’eauforte incertaine dans ses résultats. Au contraire, le métal qui se dépose sous l’influence du fluide électrique est d’une pureté absolue ; il est donc parfaitement approprié aux besoins de la gravure.
Le procédé pour obtenir les plaques de cuivre unies à l’usage des graveurs est extrêmement simple. Il suffit de se procurer une plaque de cuivre unie qui sert de moule, et sur laquelle on détermine, à l’aide de la pile, un dépôt de cuivre qui reproduit exactement l’original. La plaque de cuivre unie destinée à servir de moule est d’abord soudée, par sa face postérieure, à une petite lame d’étain, de plomb ou de zinc, qui ne sert qu’à établir la communication avec la pile. On obtient ainsi une
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planche de cuivre unie. qu O ne reste plus qu’à p»4ir pour qu’elle puisse serv ir aux usages de la gravure.
Les planches de cuivre gravées par la main de l'artiste ne sont pas plus difficiles à reprodaire que les plaques unies. Telle est, en effet, la délicatesse admirable et la prodigieuse fidélité de ces moyens de reproducîion. qu'une planche où se trouve tracé le dessin le plus compliqué, le îravail le plus délicat et le plus fin, peut être copiée avec la plus grande facilité, de manière à reproduire le modelé original avec nue rigoureuse exactitude.
Les dessins gravés sur des plaques de cuiv re sont creusés, comme on le sait, dans l’épaisseur du métal. Or le problème à résoudre consiste à obtenir une copie toute semblable, c’est-àdire en creux. Il faut donc commencer par tirer un modèle en relief, qui sert ensuite à obtenir le même modèle en creux. On obtient cette copie de cuivre en relief, en opérant comme nous venons de l'indiquer pour les plaques unies, c'est-à-dire en plongeant directement le modèle dans le bain de sulfate vie cuivre. Ce moyen est le plus parfait et doit être préféré. Mais si l’on redoute de porter atteinte à une plaque précieuse, on peut recourir au moulage à la gutta-percha qui donne une empreinte d’une grande finesse, sans retrait bien appréciable, et qui permet de reproduire ensuite avec uue fidélité suffisante la planche primitive de cuivre. C’est ainsi qu’opère en particulier M. Coblence, artiste habile qui a exécuté beaucoup de reproductions de ce genre pour les cartes du Dépôt de la guerre. En Allemagne, on se sert de la plaque même immergée directement dans le bain galvanoplastique, en la recouvrant préalablement d’une légère couche de corps gras destiné à prév eitir l’adhérence. Mais ce corps gras a l’inconvénient de provoquer, à la surface dos planches-matrices et des reproductions, un léger grain où vient se loger le noir d’imprimerie, ce qui a pour résultat, au moment du tirage, de voiler les blancs de 1 épreuve.
!tl. Hulot, graveur à la Monnaie de Paris, l’artiste le plus c\périnienté et le plus habile de notre époque dans ce genre de travaux, ne fait usage d’aucun corps gras pour prévenir l’adhérence. L’opération étant exécutée dans des conditions que l’expérience a fait connaître, le moule se sépare toujours sans difficulté du précieux original sur lequel il s’est déposé.
Ce ne sont pas seulement les plaques gravées sur cuivre qui peuvent être reproduites par la galvanoplastie : on peut obtenir aussi la reproduction des planches d’acier; seulement il faut faire usage d’un artifice particulier, la planche d’acier ne pouvant être placée dans le bain de sulfate de cuivre, puisque la dissolution de ce sel attaque chimiquement l’acier. Pour reproduire une planche d'acier, on la plonge dans une dissolution de cyanure double de cuivre et de potassium qui est sans action sur le fer, et l’on soumet ce bain à l’action de la pile : lorsque la planche s’est ainsi recouverte d’une première couche de cuivre, on la place dans un bain ordinaire de sulfate de cuivre, et on laisse le dépôt galvanique se terminer.
La reproduction des planches gravées est l’une «les plus belles et des plus utiles applications qu’ait reçues la galvanoplastie. On comprend, en effet, «pie si une planche de cuivre, terminée par le burin du graveur, peut être tirée à un certain nombre de types nouveaux identiques avec le premier modèle, l’œuvre de l’artiste est ainsi rendue éternelle, et le tirage ne connaît plus de limites. L’importance des applications de la galvanoplastie à la reproduction des gravures a fait répandre promptement en Allemagne l’emploi de ce procédé. L’imprimerie impériale d’Autriche a reproduit parce moyen un grand nombre de planches gravées sur cuivre et sur acier, et dans le reste de l’Allemagne les moyens électrotypiques appliqués à la reproduction des planches «le cuivre et d’acier sont d’un usage général. En France, on a poussé plus loin peut-être la perfec- ‘ion «le ces reproductions galvaniques, et rien, par exemple,
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ne saurait être comparé à la reproduction faite par M. Hulol de la plauche de M. Henriquel Dupont, représentant une Vierge de Raphaël. Aussi tout annonce que, dans un intervalle peu éloigné, on appliquera industriellement, en France, ces nouveaux procédés de multiplication de planches gravées qui rendraient tant de service aux artistes comme aux amateurs.
L’art de la gravure emprunte encore le secours de la galvanoplastie pour la reproduction des clichés qui servent ii obtenir les gravures sur bois. On connaît l’extension considérable qu'a prise depuis dix ans la gravure sur bois, et la perfection qu’elle a atteinte. Mais un cliché sur bois ne peut suffire il un très grand tirage. La galvanoplastie intervient ici avec profit pour reproduire en cuivre le cliché de bois fourni par le graveur. On prend, avec de la gutta-percha, un moule en creux de ce cliché de bois, et ce dernier, placé dans un bain de sulfate de cuivre et soumis à l’action de la pile, fournit un cliché (h; cuivre en relief identique avec le cliché original sur bois. La dureté du cuivre permet dès lors un tirage très considérable.
Toutefois l’expérience de ce procédé a mis en évidence un inconvénient ou une difficulté particulière qui se rattache !i son emploi. Le bois employé pour la confection des clichés présente, dans sa contexture, des inégalités, des saillies ou des pores. (les inégalités se traduisent sur le moule de plâtre ou de guttapercha, et s’exagèrent encore sur la reproduction métallique de ce moule. Il en résulte que le cliché de cuivre, au lieu d’offrir une surface parfaitement plane et unie, comme les planches ordinaires des graveurs, présente quelques rugosités qui, au drage, rendent la gravure imparfaite. Pour obtenir une bonne gravure avec ce genre de clichés, on est obligé de polir les cuivres à la pierre ponce, ce qui ajoute nécessairement aux Irais de l’opération ou peut compromettre certains traits délicats de la gravure. Ajoutons cependant qu’en employant pour
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la composition du moule une substance convenablement choisie, on peut se mettre à l’abri de cette difficulté.
On se sert encore des procédés galvanoplastiques pour multiplier les types des figures de cuivre en relief, qui depuis quelques années remplacent avec avantage les figures gravées sur bois. A l’aide d’un de ces clichés, que l’on place directement dans le bain de sulfate de cuivre, et sur lequel on fait déposer le métal, on peut multiplier à volonté le premier modèle. C’est un moyen tout à fait analogue à celui dont nous avons parlé plus haut, et qui consiste k multiplier le type d'une gravure sur cuivre; seulement ici le dessin est tracé en relief au lieu de l’être en creux.
Le gouvernement et l’administration de la Banque de France confient k M. Hulot le soin d’exécuter les planches qui servent au tirage des timbres-poste, des cartes k jouer et des billets de banque. Les procédés électro-chimiques jouent un rôle dans la confection et dans la multiplication de ces clichés précieux qui sont exécutés en cuivre, en taille de relief. C’est grâce à la galvanoplastie que l’on peut suffire k un tirage qui, pour les timbres-poste, par exemple, peut s’élev er, dans quelques jours, k des dizaines de millions.
On a imaginé récemment en Allemagne un autre procédé extrêmement curieux pour la gravure des objets d’histoire naturelle. Ce procédé, connu sous le nom d 'impression naturelle, et qui consiste k former sur une lame de cuivre la reproduction d’un objet k l’aide de cet objet lui-même, n’était praticable qu’avec le secours de la galvanoplastie. Il a été mis en usage avec un grand succès k l’imprimerie impériale de Vienne. Voici de quelle manière les opérations s’exécutent.
Four obtenir Y impression naturelle, on agit de deux manières, selon la nature et la forme de l’objet k graver. S’il s’agit d’un objet k formes grêles et déliées, comme une plante sèche, u zoophyte, etc., on place l’objet sur une plaque d’acier, ou
CiLTÜWflâsTIC.
Je recouvre d’une lame de plomb parfaitea^at p wti*. et l’on soumet le tout à l'action d'un laminoû- powswit. Par l'effet de la pression du laminoir, l’objet se trouve reproduit en creux avec une fidélité parfaite sur la fem.Iê de plomb. si le pl'^b n’était un métal beaucoup trop mon pour suffire a un tirage typographique, on pourrait directement se servir de cette feuille de plomb pour obtenir des gravures sur papier. Mais en raison de la mollesse extrême de ce métal on est obligé d'obtenir sur cuivre une reproduction de cette feuille. On !a place donc dans un bain de sulfate de cuivre, et i on forme une première matrice qui reproduit en relief la gravure en creux qui existait sur la feuille de plomb. Enfin, cette derniere matrice, placée ellemême dans un bain de sulfate de cuivre, donne une reproduction du même dessin eu creux, et cette dernière planche, encrée et soumise an tirage typographique, fournit sur papier des gravures traduisant dans leurs détails les plus délicats 1 objet naturel qu’il s’agissait de reproduire.
Si l’on doit opérer sur des objets d une surface plus étendue, dont les détails ne se transporteraient que d’une manière tri-s imparfaite sur la feuille de plomb, on en obtient la gravure en faisant directement déposer du cuivre sur cet objet lui-même, placé dans un bain de sulfate de cuivre. Si I on veut, par exemple, graver une tranche transversale ou une coupe de bois fossile, on rend fixe le fragment de bois en l’entourant d un mélange de stéarine et de cire. On rend ensuite la surface libre bien égale, et afin de mettre mieux en relief les inégalités qu’il s’agit de traduire par la gravure, on y verse un peu d’acide fluorhvdrique, qui a pour effet d’augmenter les saillies et les creux de l’objet en corrodant certaines de ses parties. Frotté ensuite avec de la plombagine, afin de le rendre conducteur, l’objet ainsi préparé est placé dans l’appareil galvauoplastique simple, et donne ainsi un moule de cuivre qui peut servir directement à tirer des épreuves.
5 e ÉDIT. — ni. 1
Parlons enfin de la gravure directe des planches de cuivre par le courant galvanique. Tout le monde sait que, pour obtenir une gravure à l’eau-forte, on commence par recouvrir une planche polie de cuivre ou d’acier d’une couche de cire et de vernis. Le graveur dessine alors sur cette couche avec une pointe fine de manière à mettre le métal à nu. Il place ensuite cette planche dans un vase plat et verse dessus de l’acide azotique (eau-forte) étendu d’eau. L’acide attaque et dissout le métal jusqu’à une profondeur suffisante pour loger l’encre d’impression. M. Smée a imaginé de remplacer l’eau-forte par l’action chimique qui s’exerce sur un métal quand on le place au pôle positif d’une pile voltaïque.
La plupart des opérations dont nous avons parlé jusqu’ici se forment au pôle négatif de la pile ; c’est là que s’accomplissent, comme on l’a vu, tous les dépôts métalliques. Mais il se passe au pôle positif une autre action chimique dont M. Smée a su très ingénieusement tirer parti. Dans la décomposition électro-chimique d’un sel, en même temps que le métal se trouve réduit au pôle négatif, l’oxygène et l’acide se rendent au pôle positif, et, si comme nous l’avons dit en parlant des anodes solubles , on dispose à ce pôle une lame métallique, celle-ci se trouve peu à peu attaquée et dissoute par l'action réunie de l’oxygène et de l’acide libres. Ce fait, sur lequel M. Jacobi a fondé l’emploi des anodes, a servi à 31. Smée à obteuir ce curieux résultat de graver directement par le courant galvanique une planche de cuivre. Voici comment ce physicien recommande d’opérer. La planche métallique, recouverte de cire ou de vernis sur ses deux faces, reçoit, comme à l’ordinaire, le dessin exécuté avec la pointe par l’artiste. Cette planche est alors placée dans une dissolution de sulfate de cuivre en communication avec le pôle positif d’une pile ; le circuit voltaïque est complété en mettant en rapport avec le
% négatif une plaque de même dimension que la planche à
ClLUV fU'TX
graver. Iji d»Vo*TifOM li.'xÿ- pas à S'JéttïHT; roxvgène et l’acide sulfariqoe se portât ssr h plaqw rt dissolvent le enivre dans les points ou les trehs ooî été mtrpês.
La gravure galvanique es J-e> af«;*-rre à remplacer dans nus ateliers la pratique habiUMsk? Il ea diSri> de le savoir, car les essais de ce genre de gravure a oaî pas encore été exécutés en France.
L'emploi d’an procétlé analogue an précédent a permis d'arriver a ce résultat intéressant et curieux, de trao>iormer une plaque daguerrienne en une planche propre à la gravnre. et pouvant servir à donner, par le tirage ty pographiqne . des épreuves sur papier de l’image daguerrienne. Une épreuve photographique est composée, couune on l’a vu, de reliefs formés par le mercure, qui représentent les clairs, et de parties planes constituant les ombres, qui ne sont autre chose que l'argent de la lame métallique fl . Or, si l'on dépose du cuivre sur ces images, prises comme moules galvaniques, les reliefs deviendront des creux, et réciproquement; de sorte qu’en tirant des épreuves sur papier de ces planches recouvertes de cuivre, les clairs deviennent des ombres, et vire verxi. >1. Grove est arrivé à remplir ces conditions d’une manière satisfaisante en se servant de la planche daguerrienne comme anode soluble attaché au pôle positif de la pile, et plongeant -dans un liquide d’une nature chimique telle, qu’il puisse attaquer le mercure en respectant l’argeut Le liquide qui convient à cet objet délicat , de laisser l’argent inattaqué tout en dissolvant le mercure, est l’acide chlorhydrique étendu d'eau. Grâce à l’emploi de précautions et de soins particuliers , indiqués par le physicien anglais, on peut transformer une planche daguerrienne en une planche de graveur, et le tirage de cette planche donne sur le papier une planche sur laquelle on peut
(1) Voyez Photographie, pages 23-24.
glorieusement écrire : Dessinée par la lumib'e et gravée par
l'électricité.
Nous avons rapidement envisagé les applications diverses que l’on a faites jusqu’à ce jour de la galvanoplastie. Nous avons dû passer sous silence beaucoup de faits du même genre, parce que la pratique n’a pas encore permis d’en apprécier suffisamment la valeur. On aimerait à pouvoir fixer dès aujourd’hui l’avenir réservé à ces moyens nouveaux. Cependant il est impossible de prévoir encore le rôle qu’ils sont appelés à jouer dans l’industrie moderne, et de marquer définitivement leur place parmi les conquêtes récentes de la science et des arts. Au début d’une invention naissante, il est malaisé de raisonner sur l’avenir. Parmi les procédés et les perfectionnements de la galvanoplastie que nous voyons chaque jour se produire, il en est qui sont destinés peut-être à opérer une révolution dans la métallurgie ; il en est d’autres qui ne seront jamais que des jeux d’enfant. En France, jusque dans ces derniers temps, la galvanoplastie industrielle n’avait pris qu'un essor assez timide. Cependant, depuis un ou deux ans, elle a reçu une extension sérieuse. L’Exposition universelle de 1855 a montré avec éclat l’état florissant où se trouvent aujourd’hui en Angleterre et en Allemagne les applications de la galvanoplastie. Elle a prouvé , en même temps , que la France n’est pas, dans cette voie nouvelle, inférieure à ces deux pays. On a vu, dans le cours de cette notice, quel nombre infini d’emplois variés la galvanoplastie peut recevoir dans différentes branches de l’industrie et des arts. Ses applications à la gravure cl à la typographie sont aujourd’hui en France, en Allemagne et en Angleterre d’un usage quotidien. D’un autre côté, les procédés électro-chimiques appliqués à la reproduction d’objets d’argent fjont sur le point d’apporter à l’orfèvrerie des ressources de la i haute importance. La galvanoplastie du cuivre lui rend
déjà des services notables pour la reproduction d’un assez grand nombre de pièces où elle permet d’économiser le travail si dispendieux de la ciselure. L’élcctro-chimic est ainsi devenue, dès aujourd’hui, un accessoire des plus sérieux de la fonte et de la ciselure des métaux, en attendant qu’elle devienne leur rivale.