POUR LES PROCÉDÉS SECS
MM. Ferrieu et Davanne, rapporteurs.
Messieurs,
Au mois de novembre 1875, votre Société, à la suite d'une proposition de M. Belbèze, ouvrait un concours pour un procédé sec qui réaliserait les conditions d'un programme formulé dans la séance suivante, ou qui s'en rapprocherait sensiblement; à la suite de cette décision, M. le Minisire de l'Instruction publique, appréciant tout l'intérêt qu'un procédé de Photographie facile peut présenter pour les missions lointaines et les recherches scientifiques, accorda à notre Société une allocation de 5oo francs pour joindre au prix proposé.
Le programme fut adopté dans la séance de janvier 187G; à cette époque la réalisation des conditions posées pouvait paraître assez difficile ; cependant nous venons aujourd'hui
vous rendre compte de ce concours au nom de la Commission que vous avez chargée de le juger, et c'est avec plaisir que nous vous annonçons tout d'abord qu'un des concurrents nous a paru avoir rempli les conditions du programme et que le prix a été décerné.
Suivant les termes du programme, le concours a été clos le Ier janvier 1877 et la Commission chargée de le juger a été composée de :
MM. Audra, Davanne, Fermer,
Fleury-Hermagis, Harrisson, Pector, Peligot, Perrot de Chaumeux.
Le 1 5 février, la Commission a tenu une séance préparatoire qui pût la mettre en mesure de commencer ses travaux le 1e1' mars : elle a constaté que trois concurrents seulement s'étaient présentés et avaient remis en temps utile leur dépôt cacheté; immédiatement notification a été faite à ces trois concurrents que l'examen des envois commencerait le Ier mars, c'est-à-dire juste à l'échéance des deux mois stipulée au concours.
Cet examen a commencé en effet le ier mars et la Commission, pensant qu'il était utile d'en publier assez rapidement le résultat pour qu'il fût connu au moment où s'ouvrira la campagne d'été, a continué ses travaux sans interruption, faisant souvent deux séances par jour, jusqu'au 19 mars, époque à
laquelle, après quinze séances , elle pensa pouvoir formuler son jugement d'une manière définitive et elle chargea MM. Ferrier et Davanne d'être ses rapporteurs auprès de vous.
Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'entrer dans le détail minutieux de tous les essais et expériences de la Commission, mais nous croyons qu'il peut vous intéresser de connaître la marche qu'elle a suivie.
A la première séance, les paquets cachetés furent remis par M. Koziell, secrétaire-agent de la Société, et, en présence des intéressés ou de leur mandataire, les scellés furent brisés et les commissaires prirent connaissance du contenu avec les plus grandes précautions pour qu'aucune des préparations sensibles envoyées ne pût voir la lumière. Un des concurrents, habitant loin de Paris, avait remis ses intérêts entre les mains des membres de la Commission.
D'après le programme, il y avait trois points distincts à examiner :
i° La conservation de la sensibilité, c'est-à-dire les résultats que donneraient les préparations consignées au secrétariat et celles-là seulement, car seules elles avaient la garantie d'une durée de deux mois au moins ;
2° La simplicité de l'emploi, qui est une des conditions du concours ;
3° La vérification des formules et descriptions, qui devaient devenir publiques.
C'est-à-dire qu'il lui fallait faire opérer les concurrents devant elle avec les surfaces déposées et ce dans des conditions identiques, répéter elle-même l'ensemble des opérations avec les préparations remises pour le concours et enfin faire
des préparations nouvelles et les essayer en suivant les formules données.
i° On disposa pour les premiers essais une chambre noireT munie d'un objectif simple de o,3o de foyer, portant un diaphragme de 0,007 d'ouverture; le temps était gris, la lumière peu intense. Chaque concurrent put isolément poser à son gré : il lui était donné un maximum de dix minutes; deux membres de la Commission opérèrent pour celui qui était absent. Le développement fut également fait par chacun des concurrents avec produits apportés ou demandés par lui.
Ce premier essai éclaira immédiatement la Commission sur la valeur relative des préparations soumises à son jugement; nous nous abstenons à dessein de dire sur la valeur absolue des procédés, car l'avenir seul et une longue expérience, corroborée de toutes les améliorations que suggère une pratique courante, pourront permettre de risquer une décision à cet égard, et nous ne pouvons assurer qu'un procédé inférieur aujourd'hui ne sera pas supérieur dans un temps prochain, par le fait d'une simple modification.
L'épreuve faite par M. Chardon montra une grande supériorité sur les autres; mais, comme cette supériorité pouvait être accidentelle, on recommença immédiatement l'expérience et le résultat fut identique ; tandis qu'en trois minutes d'abord, et ensuite en une minute, M. Chardon avait obtenu une première épreuve surexposée et une seconde presque complète, ce qui donne une moyenne de deux minutes au plus pour la pose, les deux autres concurrents avaient dû poser beaucoup plus et les épreuves, très-peu lisibles, prouvaient que la préparation n'avait pu conserver une sensibilité convenable pendant un délai de deux mois.
Devant ce résultat un des concurrents se retira, reconnaissant que jamais il n'avait demandé à ses glaces une conservation de sensibilité aussi longue, et, pour compenser le désavantage qu'un éloignement forcé donnait au troisième candidat, la Commission lui expédia par poste, après les avoir signées, deux des feuilles déposées par lui, lui demandant d'exposer lui-même, de développer et de renvoyer le résultat : le retour du courrier nous rapporta des épreuves semblables à celles que nous avions obtenues, c'est-à-dire à peine indiquées.
Un seul candidat avait donc résisté au premier examen, et c'est sur son procédé que devait désormais se porter l'attention de la Commission.
Après avoir constaté la bonne conservation des glaces préparées par M. Chardon, on prit l'émulsion sèche et sensible qui les accompagnait, on en fit la solution dans le mélange d'éther et d'alcool additionné de cinchonine, et le collodion versé sur quelques glaces, puis simplement mis à sécher, fut essayé tantôt pour reproduction de gravures avec quatre minutes de pose dans l'atelier (objectif aplanétique de om, 4o, diaphragme ora,02, reproduction à mi-grandeur), tantôt pour vues extérieures avec pose de une à deux minutes , et même pour portraits, soit à l'intérieur avec quarante secondes de pose, soit à l'extérieur avec vingt secondes de pose; les épreuves développées par le procédé alcalin, selon les formules et addition de M. Chardon, ont toutes marché régulièrement et d'une manière tout à fait satisfaisante.
i° Sans entrer encore dans la vérification des formules, la Commission a constaté la facilité de l'emploi de l'émulsion sèche bien préparée. Elle se conserve à l'abri de la lumière pendant un temps que nous ne saurions encore déterminer,
mais qui dépasse cinq mois dans les expériences de M. Chardon; le temps écoulé depuis le dépôt, faille i5 décembre, jusqu'au jour de l'expérience, i5 mars, ne nous a permis de constater que trois mois, mais la Commission pense continuer ces essais de conservation dont elle fera ultérieurement connaître les résultats.
Pour l'emploi, il suffit de dissoudre cette émulsion sèche dans le mélange d'alcool et d'éther, de filtrer sur un peu de coton, d'étendre sur la glace et de laisser sécher dans une complète obscurité.
Le développement de l'épreuve se fait facilement et se termine en quelques minutes, les images s'accentuent, elles prennent graduellement l'intensité nécessaire ; on peut retarder ce développement pendant plusieurs jours après la pose sans inconvénient.
La couleur du cliché est agréable, favorable au tirage, l'aspect est sensiblement celui d'une bonne épreuve au collodion humide.
3° Après vérification des résultats donnés par les produits déposés, nous avons expérimenté le mode de préparation et les formules.
La Commission a répété pas à pas avec M. Chardon, au moyen de produits qu'elle s'est procurés, la préparation du collodion, de l'émulsion, des glaces et du développement, et elle donne ici les renseignements qui lui ont été communiqués, les formules dont elle a fait usage. Elle se borne à affirmer les faits vérifiés par elle, en se récusant sur les questions théoriques qu'elle n'a pas examinées, car elles étaient en dehors de sa mission.
Le procédé de M. Chardon rentre dans ces préparations
auxquelles ou donnait , il y a quelques années , le nom de collodiobromure et qui sont plus connues aujourd'hui sous le nom de procédé aux émulsions ; il n'est donc pas entièrement nouveau, ainsi que M. Chardon le dit lui-même dans le Mémoire qu'il a présenté. Mais, si nous reconnaissons avec lui que ce procédé remonte déjà à plusieurs années sans avoir pu se généraliser jusqu'ici, nous devons ajouter que M. Chardon, par des recherches commencées en 1872, par des expériences nombreuses, par la simplification de diverses formules, par l'élimination de substances inutiles et même le plus souvent nuisibles, par des modifications et améliorations du mode de développement, a obtenu des résultats meilleurs et plus constants que ceux donnés par les formules publiées jusqu'à ce jour; en substituant à ces formules douteuses ou à des recettes non divulguées une méthode nette, précise, parfaitement raisonnée que son désintéressement rend applicable par tout le monde, non-seulement il assure la vulgarisation de ce procédé, mais il établit une base solide qui sera le point de départ de progrès nouveaux.
On retrouve, dans un temps déjà bien éloigné de nous, l'idée de faire un composé sensible de toutes pièces sans qu'il soit besoin du bain d'argent; en j 854? Marc-Antoine Gaudin en expliquait la théorie dans le journal la Lumière et,vun peu plus tard, il cherchait à la réaliser dans une préparation à laquelle il donnait le nom de photogène; après une dizaine d'années d'oubli, en 1864, MM. Sayce et Bolton publièrent des formules sur lesquelles vinrent ensuite se grouper de nombreux essais faits par M. Carey-Lea en Amérique, par M. Stuart Wortley en Angleterre, et par MM. Newton, Dawson, Chapmann, Wilson, etc., etc.
En France, il se fit quelques tentatives isolées d'applications, mais seul M. Chardon paraît avoir continué sur le procédé des émulsions les études commencées par lui en 1872.
La multiplicité des formules, les modifications continuelles que leurs auteurs y apportaient prouvaient suffisamment qu'on était, toujours dans la voie si intéressante des recherches; mais la nécessité des lavages, des préservateurs, semhlait rendre presque illusoire l'avantage de la suppression du hain d'argent. Aussi les praticiens hésitaient à suivre les inventeurs dans ces tâtonnements qui ne permettaient pas encore d'étahlir une méthode donnant cette régularité, cette, sécurité, qui seules peuvent faire entrer un procédé dans la pratique générale. •
A l'époque où le prix fut fondé, on commençait à reconnaître que ce procédé des émulsions ne serait pratique (pie par la suppression de tout lavage, et ce fut justement pour hâter l'accomplissement de ce progrès, pour le répandre librement entre les mains de tous , pour favoriser les perfectionnements qui en seront la conséquence, que le prix fut fondé dans les termes arrêtés au programme.
Le procédé de M. Chardon se distingue principalement par la préparation d'une émulsion sèche, formée exclusivement de bromure d'argent englobé par le pyroxyle, par l'absence de tout préservateur dans cette émulsion sèche, par la re-' cherche de la porosité de la couche, par l'addition au révélateur alcalin d'un liquide renforçateur que l'on y mélange lorsqu'on veut faire montrer l'épreuve.
Examinons maintenant les préparations et manipulations, en rappelant que toujours, et plus particulièrement pour ces
procédés délicats, il est nécessaire d'employer des produits de très-bonne qualité.
Le pyroxyle doit être de cette variété qui, à l'état ordinaire, présente un aspect poudreux, désagrégé, et dégage beaucoup de poussière, quand on le divise. Le coton précipité par l'eau bouillante, ainsi que l'a indiqué M. Martin ( Ad. ), parait particulièrement favorable pour ce procédé. La quantité varie suivant la solubilité dans le mélange d'alcool et d'éther ; dans les conditions ordinaires, la quantité du pyroxyle est égale à la quantité des bromures solubles ajoutés au collodion ; si le pyroxyle est excessivement soluble, on doit en ajouter proportionnellement des quantités de plus en plus grandes.
Les bromures étant toujours de pureté et de sécheresse variables', il,faut leur faire subir une première préparation.
Le bromure de cadmium contient de 25 à 3o pour ioo d'eau; on commence par le dessécher lentement sur un feu doux en l'agitant continuellement jusqu'à ce que, après lui avoir fait subir une sorte de fusion pâteuse, on l'ait ramené à l'état de poudre sèche ; le bromure d'ammonium est également desséché, mais à une chaleur moindre, puis on pèse avec rigueur une quantité de l'un et de l'autre dans la proportion des équivalents chimiques (l'équivalent du bromure de cadmium est i36, celui du bromure d'ammonium 97), soit, par exemple, i3gr,6o du premier, 9gr, 70 du second, pour produire 23gr, 3o de sel double, et si l'on ne veut pas entrer dans les calculs, on peut simplement doubler, tripler, etc., les proportions données : le résultat sera le même.
Ces deux sels sont mélangés, dissous dans une petite quantité d'eau; la solution est filtrée, évaporée à feu doux jusqu'à parfaite dessiccation et renfermée pour l'usage.
Le bromure de zinc est, d'autre part, dissous dans l'alcool absolu, pour séparer un peu d'oxyde de zinc qui l'accompagne presque toujours; la solution est filtrée, évaporée au bainmarie, puis à feu nu jusqu'à parfaite dessiccation; ce produit très -hygrométrique doit être toujours séché à fond au moment de le peser (l'équivalent de bromure de zinc pur est 112).
Ces produits préparés, on compose le collodion en prenant:
Alcool 200"
Bromure double 6e'
Bromure de zinc 6gr
Coton 6Br
Éther 400"
Il est bon de préparer à l'avance une certaine quantité de ce collodion, qu'il est nécessaire de laisser reposer pour arriver à une limpidité parfaite ; on ne peut le filtrer, parce que l'évaporation produirait des changements de dosage dont il serait difficile de tenir compte lors de la sensibilisation ; pour la même raison, le flacon qui le contient doit être hermétiquement bouché.
Après un repos suffisant, auquel on ne peut assigner d'autre terme qu'une clarification parfaite, on procède à la sensibilisation .
A partir de ce moment toutes les opérations doivent être faites théoriquement à l'abri de toute lumière, pratiquement avec une lumière jaune orangé aussi faible que possible
Il est bon de ne pas faire la sensibilisation sur un trop fort volume de collodion, mieux vaut opérer par fractions de 100 à 200 centimètres cubes.
On commence par pulvériser finement du nitrate d'argent pur fondu, et l'on prépare séparément :
Collodion i oocc
Nitrate d'argent pulvérisé 3sr, 10
Alcool à 4o° 3orc
Le nitrate d'argent, pesé rigoureusement avec une balance pouvant accuser facilement icgr, est mis dans un petit ballon et additionné de icc d'eau distillée . on peut alors le chauffer jusqu'à dissolution, on ajoute la moitié de l'alcool préparé, on chauffe de nouveau, on verse peu à peu le liquide clair dans le collodion bromure en agitant chaque fois ; on renouvelle les additions d'alcool dans le petit ballon, les versements dans le collodion jusqu'à épuisement du nitrate ; les dernières parties d'alcool servent à rincer le ballon.
Le flacon d'émulsion est vigoureusement secoué et abandonné dans l'obscurité pendant trente-six heures ; il faut le secouer de temps à autre.
Quelques soins que l'on prenne, aussi bien dans les mesures . que dans les pesées, il est impossible d'arriver à la précision théorique, et comme, d'autre part, les quantités indiquées sont assez près de cette précision, il faut vérifier par l'analyse si l'on est dans de bonnes conditions, c'est-à-dire s'il y a excès d'argent et si cet excès n'est pas trop considérable.
Après trente-six heures les réactions sont présumées terminées : on prend alors dans un verre une petite quantité d'eàu distillée, soit de 10 à 1 5CC, et dans l'obscurité on y verse 2cc environ du collodion à essayer, on agite ce mélange, puis on filtre sur de bon papier à filtre blanc (dit papier Berzelius), en passant et repassant de nouveau sur le filtre jus-
qu'à ce que le liquide écoulé soit parfaitement clair; dans une partie de ce liquide versée dans un verre, on ajoute deux ou trois gouttes d'eau salée qui doivent produire un trouble laiteux nettement appréciable ; un précipité caséeux indiquerait une proportion d'argent un peu trop forte. A partir du moment où l'on filtre, on peut opérer en pleine lumière ; c'est seulement le flacon contenant l'émulsion que l'on doit toujours conserver avec le plus grand soin dans l'obscurité.
Si l'eau salée ne produit pas de trouble, on recueille dans un verre très-propre une quantité nouvelle du liquide et l'on y ajoute un peu d'une solution neuve d'argent ; s'il se forme un trouble ou un précipité, c'est qu'il reste du bromure soluble : il faut alors remettre dans l'émulsion un peu d'une solution alcoolique de nitrate d'argent, mais il est toujours regrettable de faire cette addition en seconde fois ; mieux vaut, paraît-il, l'excès que le manque d'argent.
L'excès d'argent constaté, il faut le saturer, ce que l'on fait en ajoutant, pour ioocc d'émulsion, 2 à 3CC de collodion au chlorure de cobalt.
Alcool à 4o° 8occ
Chlorure de cobalt 1 oEr
Pyroxyle . . . ■ 28r
Ether sulfurique rectifié i2ooc
L'excès d'azotate d'argent passe à l'état de chlorure d'argent; l'excès de chlorure de cobalt sera éliminé par les lavages qui vont suivre et l'on se rapprochera donc le plus possible de la théorie qui consiste à chercher l'obtention du bromure d'argent pur. Il sera bon de répéter après une heure ou deux
de contact l'analyse précédente, pour se rendre compte si l'on a bien ajouté une quantité suffisante de chlorure soluble et s'il ne reste aucun excès d'azotate d'argent libre ; car, même après des lavages répétés, l'excès d'azotate d'argent pourrait empêcher la conservation du produit.
Le mélange ainsi obtenu contient, outre le bromure d'argent et le pyroxyle, des azotates de zinc, de cadmium, d'ammoniaque, de cobalt, du chlorure de cobalt, dont il est bon de le débarrasser par précipitation.
On verse doucement le collodion et par petites parties dans une grande quantité d'eau distillée ; après agitation, on récolte le précipité sur un linge fin placé dans un entonnoir, on recommence autant de fois qu'il est nécessaire pour précipiter tout le collodion et l'on ajoute chaque précipité nouveau sur celui déjà récolté dans l'entonnoir, on lave avec beaucoup de soin jusqu'à ce que l'eau sorte pure, on égoutte, on presse, on étend la substance sur de fort papier buvard et on la fait sécher dans une obscurité complète.
Le résultat doit donner une matière floconneuse jaune clair, assez légère, qui constitue l'émulsion sèche.
Lorsqu'on veut préparer des glaces, on prend :
Éther
Alcool •
Cinchonine (ou quinine précipitée) .
5orc 5oc' oBr, 20
On commence par faire dissoudre la cinchonine dans l'alcool (d'après des expériences plus récentes, M. Chardon préfère la quinine), on filtre et dans le mélange des deux liquides on met 3sr,5o d'émulsion sèche; cette quantité est une moyenne évidemment variable suivant la viscosité du collodion sensible
qui en résulte, on agite fortement et à plusieurs reprises ; après quelques heures, on filtre sur un tampon de coton et le liquide est prêt à servir.
Les glaces bien nettoyées à la manière ordinaire et passées au talc peuvent être bordées avec une solution de caoutchouc dans la benzine; dans nos essais cette précaution ne nous a pas paru indispensable ; elles sont ensuite couvertes avec l'émulsion liquide en opérant un peu plus doucement que pour le collodion humide et elles sont mises à sécher. Nos essais ont prouvé qu'on peut les employer humides ; la rapidité est alors plus grande que lorsqu'elles sont sèches; la durée de leur conservation n'est pas encore déterminée; à cet état, elles doivent être opalines et légèrement brillantes : les couches porcelanées et mates donnent rarement de bons résultats.
Le temps de pose semble diminué des | si on le compare à celui des procédés secs ordinaires, tels que ceux au tannin ou à l'albumine (procédé Taupenot), il est environ le double de celui que demande un bon collodion humide. Les épreuves sont remarquables par la délicatesse des détails dans les parties en demi-teintes.
Le développement se fait au moyen des solutions suivantes :
i° Carbonate d'ammoniaque. . . . 2061*
Bromure de potassium osr,4°
E;iu iooorc
Le carbonate d'ammoniaque mis à dissoudre doit être à l'état de sesquicarbonate , c'est-à-dire en morceaux durs, translucides et ne pas être passé à l'état de bicarbonate d'ammoniaque, ce dont on s'aperçoit quand il est devenu opaque
et friable ; à ce dernier état, il ne développe les épreuves qu'avec difficulté.
2° Acide pyrogallique i osr
Alcool ioo'c
On commence par couvrir la surface sensible avec une couche d'alcool qu'on reverse dans un vase et qui peut servir pour les glaces suivantes ; on dissout ainsi la cinclionine ou la quinine ajoutée et l'on ouvre les pores de la couche collodionnée, on rince l'alcool avec soin jusqu'à ce que l'eau coule très-régulièrement à la surface. On place alors la glace dans un cuvette et on la couvre avec un mélange, fait au moment, de ioo parties de la solution ammoniacale pour 2 à 3 parties de la solution pyrogallique : l'image apparaît très-rapidement, elle ne se voile nullement si la préparation a été bien faite.
Lorsqu'on juge tous les détails sortis, on ajoute immédiatement le mélange renforçateur, composé de :
i° Eau distillée ioocc
Bromure de potassium 1 gr
20 Bicarbonate de potasse à saturation.
3° Eau distillée h5cc
Alcool 25cc
Glucose iogr
Le mélange se fait en proportions égales des trois solutions, environ f)cc de chacune pour 100 du révélateur alcalin. Le bromure de potassium préserve des voiles et doit être ménagé, le glucose pousse à l'intensité et peut être ajouté en quantité plus considérable suivant le besoin.
L'image prend en quelques instants l'intensité nécessaire; on doit tenir compte qu'après fixage elle gagne de la vigueur
en séchant, il ne faut donc pas trop la pousser lors du développement. L'épreuve terminée est fixée à l'hyposulfite de soude, ce qui est fait en quelques secondes, puis lavée etséchée; on peut la détacher eusuite sur gélatine avec une grande facilité si on le juge nécessaire.
Telles sont, en somme, les formules et les manipulations employées par M. Chardon. Les expériences faites par nous dans ces conditions ont donné des résultats concluants; par conséquent M. Chardon a satisfait également aux prescriptions du concours en demandant de rendre publics les moyens
employés.
Après ces différents essais, la Commission a décidé à l'unanimité :
Que M. Chardon avait rempli les conditions du concours ;
Qu'il y avait lieu de lui remettre le prix proposé ;
Que le présent Rapport vous serait présenté en demandant son insertion au Bulletin ;
Que copie du Rapport serait adressée à M. le Ministre de l'Instruction publique .
L'assemblée, consultée, ordonne l'impression du Rapport au Bulletin.
Paris. — Imprimerie de GAUTH1EU-V1LLARS, quai des Augustins, 55.