DEUXIÈME OPÉRATION
Nous avons donné les procédés et les formules de la première opération, au chapitre de la préparation des bains et, supposant que l'opérateur possède du papier qui a déjà subi cette opération, nous passons à la se-
Filtrez, dans une cuvette plate, une couche du bain positif, de 5 à 6 millimètres d'épaisseur. Prenez la feuille salée par les deux angles opposés. Choisissez l'envers (1), et marquez-le d'un signe; faites-y une
(1) Si Ton regarde le papier destiné au positif avant le bain de sel, il est difficile de connaître le bon côté ; mais lorsqu'il a été mouillé, le grain ressort, et le tissu, espèce de trame, se laisse apercevoir. C'est ce qui constitue Y envers.
conde.
294 SENSIBILISER LE PAPIER CHLORURÉ
corne de 25 millimètres environ; relevez-la en équerre, et repliez-la fortement sur elle-même. Posez le bon côté sur le bain, et, l'abandonnant de la main gauche, accompagnez-la doucement de la main droite, puis laissez-la sur le bain au moins cinq minutes (un plus long temps ne saurait nuire); relevez-la ensuite par la corne, et piquez le coin sec sur le liège.
Aussitôt que le papier est sec, placez-le dans un carton spécial, ou dans une boîte contenant du chlorure de calcium, si vous voulez le conserver pendant quelques jours. Toutefois, il vaut mieux n'en préparer que pour les besoins du jour même, car, malgré la boîte conservatrice, il s'y fait toujours un commencement de décomposition nuisible aux opérations du virage. L'inconvénient est moins grave en hiver, où le papier peut se conserver cinq ou six jours, par l'action du froid et de l'humidité.
On procède de la même manière, bien qu'avec un peu plus de précaution, à la préparation du papier albuminé sur le bain d'argent.
Quelques opérateurs anglais trempent la feuille dans le bain d'argent, de manière à produire un chlorure d'argent dans la pâ»e même, lorsque le papier est salé par immersion, c'est-à-dire des deux côtés, comme cela à lieu dans notre maison. L'épreuve est alors
visible des deux côtés, moins accusée, cependant, à l'envers. Ce procédé, qui assure une plus longue durée à répreuve, est surtout utile à employer lorsque l'opérateur a mouillé (taché) une partie de sa feuille à l'envers. Au lieu de la rejeter, il n'a qu'à l'immerger complètement, d'après ce procédé. C'est une ressourçe qu'il est bon de connaître à l'occasion.
Tirage de» épreuves positives.
Nettoyez avec soin par derrière, la glace négative, et la glace du châssis-presse, des deux côtés; posez Je négatif sur la glace du fond du châssis, le collpdion en dessus; couvrez- le avec le côté préparé du papier positif; ajoutez sur celui-ci deux feuilles de papier blanc et propre ; renfermant une feuille de papier noir, abaissez les deux volets à glace, et mettez les crochets.
Exposez le châssis aux rayons directs ou à la lumière diffuse, mais toujours perpendiculairement à la direction du rayonnement lumineux.
On ne saurait déterminer le temps nécessaire à la venue d'une belle épreuve; cela tient à la lumière et aussi au cliché qui peut être plus ou moins translucide, plus ou moins vigoureux; en été, avec un cliché ordinaire, il suffit, à peu près, de dix minutes par un beau
soleil. En hiver, par un temps gris, humide, il faut une heure, deux heures, quelquefois même une journée entière. Dans tous les cas, on doit laisser venir l'image bien plus noire qu'on ne veut l'obtenir, puisqu'elle perdra beaucoup au fixage; il faut, en général, que les noirs profonds de répreuve commencent à prendre la teinte vert olive; on doit regarder l'épreuve de temps en temps pour s'assurer de sa venue; à cet effet, on ouvre un volet et l'on regarde de ce côté pendant que l'autre reste fixe; en opérant de la sorte, l'image retombe exactement sur les mêmes points de l'épreuve négative, et l'épreuve positive ne présente pas de doubles contours.
Si, au sortir du châssis-presse, on laissait l'image exposée au soleil ou même à la lumière diffuse, on comprend que le chlorure d'argent libre noircirait aussitôt, et l'épreuve serait perdue. Il faut donc la fixer sans retard, ou la conserver, dans un carton, à l'abri de toute lumière, jusqu'au moment du fixage.
Si, ne tenant pas à donner à l'épreuve un ton noir, on veut lui laisser la teinte jaune-rouge qu'elle rèçoit du fixage naturel à l'hyposulfite de soude, on peut procéder au fixage immédiatement. Mais si, au contraire, on désire un beau ton harmonieux, il faut absolument procéder au virage avant le fixage.
A cet effet, s'il s'agit d'une épreuve sur papier salé simple, plongez-la dans une cuvette d'eau un peu ammoniacale (5 p. O/O environ). Elle passera, en quelques secondes, à un ton rouge sépia de Rome. Enlevez-la immédiatement, laissez égouter un instant, puis plongezla dans un bain de sel double d'or et de soude (p. 191); elle y prendra presque aussitôt un ton bleu-noir magnifique. Lavez-la, et plongez-la dans le bain fixateur.
Si l'image a dépassé le ton vert-olive dans les noirs, si les demi-teintes ont disparu sous une réduction métallique trop forte, si enfin elle est trop venue, on ne pourra pas lui faire perdre le ton vert-bronze métallique dans le bain fixateur; avant donc de la plonger dans ce bain, il faut la dépouiller de l'excès de réduction : à cet effet, mettez -là d'abord dans l'eau, et laissez-la s'en imprégner pendant une minute ; jetez l'eau et couvrez l'épreuve d'une solution de chlorure d'or acide (p. 292). Suivez attentivement l'action du chlorure d'or : s'il est neuf, l'effet sera instantané; sitôt que le ton bronze aura disparu, pressez-vous et lavez l'épreuve à grande eau; plongez- la alors dans le bain fixateur et continuez les opérations, etc.
Lorsque vous dépouillez une épreuve trop venue, hâtez-vous, et ne la laissez sous l'action du chlorure d'orque tout juste le temps nécessaire, plutôt moins ; ce
bain est très-actif, et l'épreuve pourrait perdre de sa vigueur; on peut aussi la traiter d'abord par le bain vieux ou faible.
Les tons bleus ou noirs, mais un peu froids, obtenus par ce moyen, conviennent surtout à certaines reproductions de nature morte, aux ruines, aux cloîtres, aux forêts, etc.; et le pbotograpbe pourra amener exprès ses épreuves au vert-bronze métallique, lorsqu'il aura besoin d'obtenir ces effets.
Virage de répreuve positive sur papier
albuminé.
Aussitôt qu'une épreuve est faite, plongez-la dans une cuve d'eau ordinaire, et quand une vingtaine d'épreuves auront ainsi baigné environ un heure, pendant
laquelle l'eau aura été renouvelée deux ou trois fois, vous pourrez procéder au virage.
Si l'épreuve est très-noire, le virage à l'hypochlorite de chaux est préférable. Procédez comme il suit : cinq ou six stéréoscopes ou seulement deux épreuves normales, étant dans une cuvette, couvrez-les de la solution, et, la cuvette dans votre main, agitez afin que le virage passe et repasse sur les épreuves; changezles de position, et continuez ainsi jusqu'à ce qu'elles aient acquis le ton bleu-noir que vous désirez obtenir.
SUR PAPIER ALBUMINÉ 290
Lors même qu'elles sont parvenues à ce point, ne yous pressez pas de les retirer de la cuvette, et regardez si, vues par transparence, elles n'auraient pas encore un peu de rouge, dont il faut qu'elles se dégagent entièrement. Ce n'est que lorsque le beau ton bleu persiste par transparence, qu'il est temps de les retirer du bain, mais alors il faut les en retirer sans retard. Un plus long séjour aurait lieu aux dépens de leur vigueur, et quelques secondes suivraient pour les faire passer au ton gris perle, qui sied, d'ailleurs, très-bien à .quelques épreuves, et qui peut parfois être d'un très-bel effet.
Plongez dans l'eau chaque épreuve aussitôt qu'elle est virée, et laissez-la dans ce nouveau bain, pendant le temps du virage de deux ou de trois lots d'épreuves. Rincez-les à leur sorlie de cette immersion avant de les plonger dans le bain fixateur. Il est prudent et convenable de se laver les doigts avec le plus grand soin, avant de recommencer le virage d'une autre série.
La rapidité du virage est en raison de la quantité et de la qualité du bain de la cuvette et de la chaleur du laboratoire.
Quand, par suite du virage de plusieurs épreuves, la solution affaiblie, commence à ne plus opérer aussi vite, on peut lui rendre un peu de sa force en y ajoutant quelques grammes de la solution qui n'a pas encore
300 FIXAGK DE L'ËPKEIIVK
servi ; mais il ne faut pas renouveler plusieurs fois cet expédient, et la solution, plus ou moins épuisée, doit ensuite être mise aux résidus, à moins qu'on ne veuille l'utiliser encore, pour commencer le virage, au lieu et place du premier bain d'eau.
Un bain d'argent à 20 p. %; la feuille, pendant dix minutes sur ce bain; répreuve au sortir du châssis-presse ; mise dans un bain d'eau, pendant un quart d'heure ; eau renouvelée ; épreuve virée jusqu'au bleu, vue par transparence ; tixée à solution d'hyposulfite à 25 p. %, lavée, etc.
Fixage de l'épreuve
Que l'image soit virée ou non, elle doit être plongée dans le bain d'hyposulfite, pendant un temps qui ne saurait être déterminé, vous pouvez opérer sur huit ou dix épreuves à la fois, en ayant soin de varier leurs positions pendant la durée du fixage, dont on s'assure en regardant par transparence : elle est fixée dès que la pâte du papier s'est purgée d'une espèce de poivré dans les blancs, c'est-à-dire que le chlorure libre est complètement dissous ; il ne reste plus alors qu'à dégager répreuve de la solution d'hyposulfite de soude, en la mettant dans l'eau. Ce
DES GROUPES 30i
bain, renouvelé dix ou douze fois, d'heure en heure, assure à l'épreuve un fixage inaltérable et complet.
Après ce bain, vous pourrez sécher répreuve dans du papier buvard, et la suspendre pour qu'elle sèche complètement, ou bien la faire sécher devant le feu ; si l'image est un peu faible, l'action du calorique lui fera prendre un ton plus noir et plus harmonieux.
Le fixage par l'hyposulfite neuf est évidemment celui qui rend les épreuves plus durables, mais il a le grand inconvénient de leur imprimer un ton roux sale lorsqu'elles ne sont pas virées d'avance, du reste il est toujours temps de faire virer une épreuver, fixée naturellement, en la soumettant au bain d'or, avec les mêmes précautions que celles indiquées pour ce virage après l'emploi de l'eau ammoniacale ( page 297 ).
Moyen de réunir en groupe, sur une feuille positive, plusieurs personnages provenant de divers ellehés.
Il est toujours très-difficile d'obtenir un groupe, surtout lorsqu'on veut reproduire les personnes d'une
m DES GROUPES
grandeur pbqae normale, car il faut, pour cela, non seulement faire usage d'un objectif de monstrueuse rfimension, mais encore avoir affaire à des poseurs modèles. Il sullit, en effet, qu'une seule des personnes composant ce groupe ne se maintienne pas dans la plus complète immobilité, pour que le cliché tout entier soit perdu; Ton pourrait ainsi le recommencer indéfiniment, tantôt par la faute de celui-ci des personnages, tantôt par la faute de celui-là. Cette difficulté disparaît si, après avoir fait poser séparément chaque personne dans Pattifade qu'elle doit avoir dans l'ensemble du groupe, et en avoir obtenu un cliché, on peut réunir ces divers clichés sur un seul tableau. Or, voici le procédé à l'aide duquel cette réunion peut s'opérer : Les clichés partiels étant obtenus, on noircira chacun de ces clichés, du côté du collodion, avec de l'encre de Chine très-épaisse, en silhouettant l'image avec soin. Tous les clichés étant ainsi préparés, on tirera de chacun une épreuve, à moitié venue seule-
ment; puis, on découpera cette image positive, bien entendu sans la fixer, et de manière à en faire une silhouette qui s'adapte parfaitement à celle du cliché. Ces silhouettes conservées noirciront, et pourront servir indéfiniment. Tirez alors, de chaque cliché, une nouvelle épreuve, que vous fixerez, et qu'ensuite vous
découperez quand elle sera sèche. Alors, vous la collerez sur un carton, en lui donnant la position qu'elle doit occuper dans l'ensemble du groupe. Ce carton, une fois composé de tous vos personnages, devra vous servir de maquette et de guide, lorsque vous constituerez votre groupe sur une seule feuille de papier positif. Pour obtenir ce dernier résultat, prenez une feuille de grandeur convenable, soit de 30 centimètres de hauteur sur 45 centimètres de longueur pour un groupe de cinq ou six personnes. Disposez votre châssis (I) dans un laboratoire éclairé par une lumière artificielle ; posez d'abord, sur le fond du châssis, le cliché du personnage qui doit occuper le premier pian dans la composition de votre tableau ; cette place devra vous être exactement indiquée par votre maquette. Placez autour du cliché du papier noir (celui qu'on obtient par le chlorure d'argent est le meilleur), que vous pourrez prendre parmi les mauvaises feuilles positives. Placez-le de telle sorte qu'il ne nuise point à l'impression de l'image. Posez ensuite le papier positif sur le cliché, couvrez-le de quatre feuilles de papier buvard, et exposez-le k la lumière.
(1) Les volets de ce châssis doivent s'ouvrir parallèlement au sens de sa longtteû^ pendant que le châssis ordinaire les porte dans le Sens contraire.
Aussitôt que l'image est venue, enlevez la feuille positive, et couvrez l'image avec sa silhouette en la fixant avec de la colle à bouche, à la base seulement. Procédez à la pose du second personnage et de la même manière, en ayant soin de le mettre dans la position qu'il devra occuper dans le plan général; posez successivement tous les autres avec les mêmes soins que pour le premier, et en mettant toujours du papier noir entre eux, partout où la lumière pourrait pénétrer. Le succès de cette opération dépend, surtout, du soin qu'on aura mis k faire venir à point chacune des épreuves partielles ; c'est la condition essentielle de l'unité de ton qui doit régner dans votre tableau. Peut-être, en fin de compte, vos personnages se découperont-ils assez sèchement sur un fond blanc, mais vous pouvez modifier cet effet, et obtenir une teinte plus ou moins dégradée, en couvrant votre positif (1) d'une forte glace, en exposant le tout à la lumière, et en promenant un tampon de linge sur la partie que vous voulez rendre plus claire et estompée ; ou bien, vous pouvez encore avoir préparé d'avance un cliché de la grandeur de votre groupe, et pris avec soin avec l'objectif simple. — Ce
(1) Cette Opération doit être faite lorsque les silhouettes noires couvrent les personnages et les protègent, ne laissant à découvert que le fond à teinter.
cliché, représentant un intérieur ou une campagne, pourra servir de fond à votre groupe. — Mettez-le dans le châssis-presse, — et couvrez-le du positif portant tous ces caches. Exposez de nouveau à la lumière, — le groupe se détachera plus convenablement sur un fond moins crû.
Moyen d'adapter un eiel nuageux aux
paysage h
Lorsque l'on opère avec l'objectif simple, le négatif est forcément incomplet ; les terrains, les arbres, les fabriques viennent parfaitement, pendant que le ciel, toujours brillant, quelle que soit sa nature, devient une couche métallique non interrompue, qui donne naturellement au positif cet aspect dur et blafard que vous savez. Un paysage, un monument, dont les arêtes vives se silhouettent sèchement sur un fond blanc, est une œuvre qui laisse à désirer : l'œil ne s'accoutume pas volontiers à cette crudité de dessin; il veut que les tons se fondent graduellement avec celui de l'atmosphère.
Le photographe paysagiste ne semble prendre aucun
soin de cette exigence ; la plupart, pour ne pas dire tous, par négligence ou par impuissance, se bornent à reproduire des paysages détachés sur un fond mat de papier gris ou blanc; combien, pourtant, l'effet seraitil plus saisissant, si, comme dans la nature, les derniers plans du paysage venaient s'estomper sur un ciel bien harmonisé!
Depuis plusieurs années, nous employons, pour obtenir ce résultat, un procédé que nous croyons utile de faire* connaître à nos lecteurs. Par une belle soirée de printemps, il n'est pas rare de voir des ciels nuageux du plus merveilleux effet. Saisissez ces moments favorables, véritable heure du berger du paysagiste photographe, et faites plusieurs clichés, non éclairés du même côté. Prenez, pour cela, l'objectif à paysage muni d'un petit diaphragme, et opérez en une seconde, et même en une moindre durée. Une pose plus longue vous donnerait un ciel noir. Quand vous avez réussi cinq ou six clichés différents, vous pouvez adapter les ciels que vous avez obtenus à une quantité innombrable de paysages et de points de vue, en distribuer la lumière et les tons à votre fantaisie et selon vos goûts. Prenez soin, seulement, d'employer le cliché-nuage éclairé du même côté que le cliché de votre paysage. Tout ce que nous venons de dire du paysage, en géné-
rai, est également applicable à la reproduction des monuments.
La pratique de ce procédé peut se réduire aux prescriptions suivantes : Placez dans le châssis- presse (i) le cliché de votre ciel, et cachez, avec du papier noir, toute la partie qui est réservée au paysage. Exposez le tout au soleil, et, pendant son action, passez un gros linge sur la solution de continuité, de manière qu'en estompant, cette ligne de démarcation devienne à peu près insaisissable (elle disparaîtra au fixage).
Lorsque les nuages sont au point voulu pour s'harmoniser avec le paysage, ôtez-en le cliché, que vous remplacerez par celui du paysage, et que vous couvrirez alors de la feuille portant les nuages. Cela fait,
remettez encore le tout au soleil, sans plus vous inquiéter de savoir si quelques arbres, ou quelques points plus élevés de vos monuments, viendront se détacher naturellement sur ces nuages. Soyez convaincu qu'alors tout s'harmonisera de soi-même, et dans une teinte générale du plus M effet.
La seule précaution que vous ayez à prendre, c'est que, lorsqu'il s'agit d'un monument, et môme d'un
(1) Le chàssis-presse doit être bien plus grand que pour la grandeur du cliché employé, puisque deux clichés viendront successivement y prendre place, à des hauteurs différentes.