CHAPITRE IX
Des rapports entre une nation et les autres nations. — H existe, sous une forme différente de celle des premiers temps , une société naturelle , générale et tacite parmi les nations ; devoirs et droits essentiels qui en résultent , et qui sont réciproques entre elles. — L'ordre naturel qui régit cette société générale, est ce qui assure à chaque nation son meilleur eut possible. — Cet ordre, qui n'a rien d'arbitraire, doit être la base fondamentale de la politique. — Il est de l'intérêt d'au souverain et d'une nation de s'y conformer, quand même il ne serait point adopté par les autres nations. — Balance de l'Europe; observations sur ce système.
La troisième classe des différents objets qui appartiennent au gouvernement des empires renferme, suivant la division que nous en avons faite, tous les rapports qui se trouvent naturellement et nécessairement entre une nation et les autres nations. Pour montrer clairement comment l'évidence de l'ordre naturel et essentiel des sociétés doit régner despotiquement dans cette branche d'administration, il nous faut remonter à la source de ces mêmes rapports, aux temps qui ont précédé la formation des sociétés particulières, aux devoirs et aux droits récipro-
1 Traduites dans la langue actuelle de l'économie politique, ces lignes n'affirment pas autre chose que l'importante vérité, mise surtout en lumière par Malthus, que la misère ne cessera pas au sein de la société tant qu'il y aura défaut d'équilibre entre le capital circulant et la population laborieuse.
De plus , quand l'auteur présente la terre comme l'unique source de la perpétuité et de l'accroissement de ce capital, n'exprime-t-il pas encore la même doctrine que le philosophe anglais, disant en propres termes : « Le fonds destiné à mettre le travail en activité est donc la quantité de nourriture possédée en somme, par les propriétaires de terre, au-delà de ce qui suffit à leur consommation C'est principalement de l'état de ce fonds que dépend de nos jours , en tout pays , le bonheur ou le malheur du peuple. Et c'est du bonheur ou du malheur du peuple que dépend principalement l'état progressif, stalionnairc ou rétrograde de la population (Est. sur le prine. de pop., p. 558).» — V. plus haut, ch. V, note de la p. 485. (E. D.)
quelque les hommes alors avaient naturellement et nécessairement entre eus, et qui constituaient le juste el l'injuste absolus.
is avons vu ces sodélés naiire de la nécessité de multiplier les subg parla culture : tant que les hommes ont été assez peu nombreux pour pouvoir subsister des productions spontanées de la terre, il
vislaii entre eu\ qu'une société naturelle, générale et tacite; son
naturelle parce qu'elle consistait en ces premiers droits respectifs que
la nature a établis sur les premiers devoirs dont elte a grevé notre
existence; société générale, parée que ces devoirs ci ces droits, liés au
Hjue de notre constitution, étaient les mêmes pour tous les êtres de
noire espèce, et dans tous les lieux ou des hommes errants pouvaient se
transporter ; société tacite, parce qu'elle se trouvait établie sans aucune
v eu lion expresse; sa justice et sa nécessité étaient sensibles h chaque
homme en particulier; elle existait enfin, parla seule impossibilité phy-
lente, que sans elle le genre humain pût se multiplier et se
perpétuer.
Ce n'est pas que je prétende que chacun s'abstint alors scrupuleusement de tout ce qui pouvait troubler Tordre de cette société primitive, et que les hommes n'eurent aucune sorte d'association pour leur sûreté commune nous devons, au contraire, supposer des crimes, parce que Ilmh qui est en nous, a été le même dans tous les temps; nous
n'avons fait que lui donner plus d'activité, par les écarts dans lesquels notre ignorance nous a fait tomber : nous devons supposer aussi des associations, parce qu'elles sont une suite naturelle du besoin que nous avons les nos des autres; besoin impérieux, que notre premier âge ne nous permet pas de méconnaître, et qui parait ne s'affaiblir en nous que ur être remplace par notre sensibilité pour les plaisirs d'attrait, dont nature a rendu notre union susceptible pour nous. Cette société naturelle, générale et tacite, qui a dû nécessairement précéder rétablissement des sociétés particulières, n'a point élé détruite par leur institution; elle n'a fait que se distribuer en différentes classes, prendre ainsi une forme nouvelle pour se donner plus de consistance, pour consolider parmi les hommes les devoirs et les droits essentiels et proques qui étaient inséparables de l'humanité. Cesl donc dans ces devoirs el ces droits primitifs qu'il faut aller puiser les devoirs el les droits que les nations ont respectivement entre elles; c'esi le moyen de mettre en évidence, de les juger sans aucune sorte de prévention, et de nous convaincre qu'ils ne comportent rien d'arbitraire.
O lecteur ! qui que vous soyez, faites attention aux vérités simples que
de mettre sous vos yeux ; elles ne vous annoncent que ce que
[lie vous voyez vous-même : pénélrez chez tes peu-
pies les moins connus, les moins fréquentés; présentez-vous a eux dans un état qui ne puisse les alarmer; si des expériences fâcheuses ne leur ont point appris à se défier des autres hommes, vous trouverez chez eux un asile et des secours ; vous les reconnaîtrez pour être naturellement et tacitement en société avec votre nation, dont peut-être ils n'ont aucune idée. Regardez aussi cette multitude de peuples qui ont eu des relations de commerce; voyez comme, malgré les distances prodigieuses qui les séparent, ce lien commun les rapproche les uns des autres ; voyez comme ils respectent tous et ces devoirs et ces droits réciproques qui les tiennent unis les uns aux autres pour leur avantage commun; ces devoirs et ces droits, par le moyen desquels la société se perpétue et embrasse toutes les parties de la terre habitée.
Les sociétés particulières ne sont donc véritablement que différentes branches d'un même tronc, dont elles tirent leur substance ; que différentes classes de la société naturelle, générale et tacite qui a précédé leur institution. Nous pouvons même les regarder comme ayant été, dans leur origine, des sociétés errantes, mais devenues sédentaires par la nécessité de demeurer attachées à tel territoire en particulier pour le cultiver. Chaque nation n'est ainsi qu'une province du grand royaume de la nature ; aussi seraient-elles toutes gouvernées par les mêmes lois, par des lois qui, dans ce qu'elles ont d'essentiel, seraient parfaitement semblables *, si toutes ces nations s'étaient élevées à la connaissance du juste et de l'injuste absolus; à la connaissance de cet ordre immuable, par lequel l'auteur de la nature s'est proposé que les hommes fussent gouvernés dans tous les lieux et dans tous les temps, et auquel il a attaché leur meilleur étal possible.
L'idée de cette société générale toujours existante est antérieure à l'établissement du christianisme : ce rayon de lumière brillait dans les ténèbres du paganisme, et plusieurs philosophes de l'antiquité païenne en ont parlé avec force et dignité *. Cette vérité philosophique cependant n'a point été suffisamment approfondie ; et nous voyons qu'elle ne s'est présentée que très confusément à ceux qui se sont proposé d'en faire
1 Puisque l'objet de la société est partout le même, que partout elle a été instituée pour le maintien des droits qui appartiennent également à tous les hommes , pourquoi les lois destinées à remplir un même objet, à exercer leur autorité sur des êtres d'une même espèce, seraient-elles différentes? Toutes ont le même but, et le système de lois qui le remplira le mieux , sera le meilleur pour toutes les nations. S'il peut y avoir des différences , ce n'est point dans les lois qu'il convient de donner à différents peuples , mais dans les moyens de ramener à ces mêmes lois ceux que des législations différentes entre elles, mais toutes vicieuses, en ont écartés (Condorcet, Exposé des principes d'économie sociale de Turgot, Vie de Tijrgot, p. 224).
• V. le dernier chapitre de cet ouvrage.
L'ORDHE NATURE! DKS SOCIÉTÉS POLITIQUES.
une maxime politique : faute de remonter aui premiers principes de société générale, ils ne se soni pas aperçus que cette même société générale qu'ils désiraient d'établir existait déjà; qu'elle était l'ouvrage même j qu'il ne s'agissait pas de la former, mais de l'entrer, de ne pas la troubler, de connaître évidemment les lois qui eonsliît sou ordre essentiel, afin de nous y assujétir par la seule force des otages évidente qu'on trouve à s'y conformer» L'établissement de cet politique parmi les nations, ou plutôt son observation doit même paraître encore une chimère îi tous ceux qui ne seront pas convaincus par I ce, qu'il n'est autre chose que l'ordre évidemment le plus
avantageux â chaque nation^ comme il test à chaque souverain et à chaque homme en particulier, par conséquent qu'il suffit que ce même ! soit connu pour être observé.
On peut dire que jusqu'ici chaque nation a pris, pour base de sa politiqu sein de s'enrichir ou de s'agrandir aux dépens des autres :
quand les traités entre quelques nations confédérées n'ont pas eu pour objet des conquêtes communes, leur but a du moins éié de se ménager de grands prolits par le moyen du commerce : aucune d'elles ne s'est jamais demandé qui est-ce qui payerait les profits qu'elles se proposaient de faire : aucune d'elles n'a jamais songé que l'état respectif de leurs intérêts factices et arbitraires pouvait changer d'un instant U l'autre; que leurs traités n'étaient ainsi que des édifices élevés pompeusement sur un sable mouvant; qu'il est physiquement impossible «jifune politique qui blesse les intérêts des autres nations n'ait pas les autres nations pour ennemies; que cette fausse politique nous fait payer bien cher de prétendus avantages qui, par les guerres qu'ils occasionnent, compromettent la sûreté d'un État, et qui, dès qu'on les approfondit, non-seulement s'évanouissent, mais encore se convertissent en privations, en pertes réelles pour les nations et les souverains que ces avantages illusoires ont séduits.
La politique, science dont l'obscurité fait la profondeur, et dont les contradictions n'osent se montrer au grand jour, a inventé dans notre continent le système de la balance de l'Europe, terme énigmatique, dont le vrai sens me parait impossible à définir. Mais, sans vouloir approfondir ce mystère, nous pouvons dire que les effets de ce système en démontrent évidemment les inconséquences : certainement il est peu propre à prévenir les guerres parmi les puissances de l'Europe; il plutôt leur servir d'occasion ou de prétexte ; car, tous les jours, elles se font la guerre pour maintenir la balance; les peuples ainsi s'entrégorgeut, armés les uns contre les autres, par un système imaginé pour les empêcher de Bfeolrégorger.
Quoi qu'il eu soit, distinguons, dans ce plan politique, l'objet qu'il se propose, et les moyens qu'il emploie pour le remplir. Son objet, nous dit-on, est la pacification de l'Europe ; d'arrêter les entreprises arbitraires du plus fort, qui voudrait opprimer et dépouiller le plus faible ; de maintenir ainsi chaque nation dans la jouissance paisible de ce qui constitue son état politique; de ne pas permettre enfin qu'aucune puissance puisse acquérir un tel degré de forces, qu'il ne soit plus possible de lui en opposer de supérieures, dans le cas où des passions effrénées la porteraient à vouloir étendre sa domination sur d'autres peuples.
Ce projet est assurément bien louable; tous applaudissent avec raison k sa sagesse, à sa justice ; mais il n'en est pas ainsi des moyens de l'exécuter ; c'est un article sur lequel une politique factice, une politique séparée de ses vrais principes tient les nations divisées; et l'expérience ne nous a que trop appris combien nous devons redouter les suites funestes et naturelles de cette division. Il faut donc que la théorie de la politique ne soit pas exacte à cet égard, puisqu'elle s'égare dans la pratique, et qu'elle ne peut arriver à son but
Cependant, le système de la balance de l'Europe, quelque mal combiné qu'on puisse le supposer, nous fournit de grands arguments pour prouver que toutes les nations de cette partie de la terre se regardent comme une seule et même société formée par un intérêt commun, par un intérêt qui doit nécessairement réunir toutes leurs forces particulières, pour leur donner une seule et même direction , afin que leur sûreté commune en soit le résultat. La base de ce système est la persuasion où l'on est que chaque nation veut naturellement sa sûreté personnelle; que toutes celles dont la sûreté personnelle est directement ou indirectement menacée sont naturellement décidées, par ce danger commun, à s'unir pour lui opposer une résistance commune; qu'ainsi leur confédération, sans être même ni prévue ni convenue par aucuns traités antérieurs, doit nécessairement embrasser toutes les nations qui ont à craindre d'être tôt ou tard enveloppées dans le même danger.
Une confédération générale de toutes les puissances de l'Europe n'est donc point une chimère, comme bien des gens l'ont imaginé; elle est même tellement dans l'ordre de la nature, qu'on doit la supposer toujours faite, ou plutôt toujours existante sans l'entremise d'aucunes conventions expresses à cet égard, et par la seule force de la nécessité dont elle est à la sûreté politique de chaque nation en particulier. Le système de la balance de l'Europe n'a pu s'établir sur un autre fondement que sur l'existence de cette confédération naturelle et nécessaire; et la manière de régler les procédés qui devaient en résulter a été le seul point dont la politique a dû s'occuper.
nie, vu dans le principe dont il est émané, dans Tordre naiatéréts des nations et des procédés que ces intérêts leursng~ m, ii «us nmiilre que tous les peuples de l'Europe ne forment naturellement qu'une seule et même société, ce mémo système, envisagé dans les i s dont il t?si suivi, nous offre encore une seconde preuve
k\ pour peu que nous voulions remonter aux causes naturelles de ces mêmes effets : par lui-même, le projet d'entretenir la paix peut jamais occasionner la guerre, a moins que, pour l'exécution de u n'ait choisi des moyens qui soient contradictoires avec la fin propose . alors des causes de la guerre sont dans les moyens et non dans le dessein projeté : ainsi, par la raison que le système de la balance de l'Europe ne la préserve point de la guerre, nous devons conclure avec certitude que ce point de vue politique pèche dans les moyens de l'exécuter.
Deux circonstances peuvent rendre vicieux ces moyens : ils le sont, s*tfe tendent à diviser les puissances de l'Europe, pour les mettre en urces et en opposition les unes aux autres; ils sont vicieux encore, s'ils blessent les intérêts naturels et légitimes de quelques nations : fQm maintenant de nous développer.
Si, pour établir un équilibre entre elles, les puissances de l'Europe forment des confédérations particulières et se divisent, il est impossible qu'elles parviennent a leur but ; et quand elles y parviendraient, il serait impossible que cet équilibre put se conserver.
Supposons, par exemple, la masse générale des forces égales h 12 : pour trouver l'équilibre, en les divisant seulement en deux parties, il faut les composer chacune de G; mais cette égalité de forces devient nécessairement égalité de danger pour chacune de ces deux divisions; et, par ce moyen, leur sûreté respective est fort équivoque. Cette égalité parfaite isi donc une position inquiétante et périlleuse, que chaque puisgrand intérêt d'éviter, et qui naturellement doit ladécideràse rer de manière qu'elle ait pour elle la supériorité des forces* Hien de plus simple que l'argument qu'on propose ici contre la division des puissances : en supposant leurs forces dans l'équilibre le plus parfait, chacune d'elles se trouve réellement en danger; car, si deux forces égales s'attaquent, rien de plus incertain que révènemenL Comment donc peut -on se llatter d'établir ou de conserver ce même équilibre parmi les puissances, dont il n'en est pas une qui ne doive le reter?
Cependant, si, dans le cas que nous venons de supposer, une seule puissance, pressée par cet intérêt majeur, se détache de son parti pour se réunir à Vautre, voilà que celui-ci se trouve être 7 contre S, alors
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plus d'équilibre; il faut que toutes les autres brandies du parti qu\-l! vient d'abandonner suivent son exemple, auquel cas la conféd»'lion devient générale; ou que h guerre s'allume entre les deu\ •! > soit parce que celle qui se croit supérieure en forces peut être tenlée d'en abuser, soit parce que l'autre, qui redoute cette supériorité, doit se proposer de faire les plus grands efforts pour la dissiper : aussi, dans • irconslances, la politique épuise-t-elle tontes ses ressources pour faire naître de nouveaux intérêts qui puissent faire changer l'étal (les confédérations; et, de la, les méfiances, les jalousies, les haines nales, les guerres enfin qui ne se terminent que par des traités faits par force, et destinés h être rompns sitôt qu'on croira pouvoir le faire avec quelque avantage-
Il est encore une autre raison h rendre de l'impossibilité do pou compter sur un équilibre parfait entre les puissances de l'Europe, eu kâ divisant pour les opposer les unes aux autres : il est certain que, pour établir cet équilibre, il faudrait pouvoir calculer et garantir de tonte variation un genre de puissance qui est tout ii la fois incalculable et sujet ï des révolutions qui le changent du tout au tout. Les forces pbytàf d'une nation n'ont, pour ainsi dire, d'autre valeur que celle qu'elles acquièrent par la manière de les employer : de là s'ensuit que le tfénie, les talents, l'art, en un mot, de faire valoir les forces physiques d'une nation, sont une grande partie de sa puissance ; or, ces avantages ont une si grande influence dans les opérations pour lesquelles on cherche à balancer les forces, quun homme de plus fait pencher cette balance. Àjo« que ces mêmes avantages sont reconnus pour être si inconstants, si pas- Hgen, qu'on ne peut jamais savoir de quel côté se trouvera cet homme de plus,
Le projet de diviser les puissances pour les forcer, les unes par les antres, à vivre en paix, renferme donc une contradiction évidente entre la fin et les moyens. Mais, observez que celte idée chimérique lient esrseniiellemenlau second vice qui peut se trouver dans les pratiques par lesquelles on croit pouvoir maintenir la balance de l'Europe : toutes fa lois que les intérêts naturels et légitimes de quelques nations seront Messes, il y aura nécessairement division entre elles: ce schisme politique ne cessera même de changer de forme et d'étal jusqu'il ce que l'arbitraire ait été banni des prétentions.
Si, dans les confédérations, on se rappelait que tous les peuples forment entre eux qu'une môme société générale ; si, d'après cette première vérité, on examinait de bonne foi les droits essentiels dont etoettfl d'eux doit invariablement jouir dans cette même société: qu'on avec soin de préjudicier h ces droits; que les traites ue fussent que Tel-
L'OIIDRJS NATUItEL DES SOCIÉTÉS POUTIQl 1 531
rdrc naturel, fidèle el immuable, dont il ne nous csl fm stble de nous écarter sans être injustes, toutes les nations regarderaient comme avantageux pour elles dVcéder h ces mêmes traités; ait 1 en de qooi la confédération deviendrait naturellement et nécessairement générale. Ainsi, quand le système de la balance laisse subsister b, nous devons rire certains qu'elle est le fruit de ses inconficqiwnces, des injustices qui se tronvenl dans les moyens qu'il emploie; i, lorsque cette division devient une occasion de guerre, cfest par nue suite naturelle el nécessaire de cette même injustice; ainsi, considéré dans son principe on dans ses mauvais effets, ce système est égale* ment une preuve qu'une confédération générale est l'état nature] de l'Europe ; et que tous les peuples de notre continent, divisés dam le fait et par des méprises, ne forment cependant dam h droit qu'une seule n même société.
Au fond, ce qu'on entend par la balance de l'Europe ne peut être e de ligue défensive, dans laquelle les engagements au\i ibires sont conditionnels et relatifs aux différents événements qui peuvent troubler la paix. Sous ce point de vue, il est encore évident que le etne de celte balance, ou ne peut produire l'effet qu'on en attend, une confédération générale. De quelque côté que vienne forage, la confédération ne doit-elle pas avoir lieu ? Quelle que soit la ui veuille former des entreprises, ne compromet-elle pas la été de toutes les autres? Par conséquent toutes les autres nedoivenlpas se réunir pour faire force contre elle ? Ainsi, par la raison qu'on pas quel sera l'ennemi commun qu'on pourra dans la suite avoir combattre, la confédération, si elle n'était pas générale, ne pourrait i tenir l'équilibre dans tous les cas,
-seulement le système delà balance, sous quelque face qu'on roulage, nous montre que depuis longtemps on a regardé tes nations de nnme ne formant qu'une seule et même société; mais cette encore consacrée par des pratiques qui seraient pour nous vcellenles leçons, si nous leur donnions toute l'attention qu'elles ménotre part. Les rois sout dans l'usage de se traiter réciproquem de frère* : cette qualification, qu'ils se donnent mutuellement entre &m, est un titre prérieux dont je réclame ici l'autorité. Les rois n'emploient cette expression que dans les actes où ils parlent en rois, en lations qu'ils représentent : ce n'est donc point précisément une fraternité personnelle qu'ils veulent désigner par cette manière récrire ou de parler, c'est au contraire une fraternité national. r>mp rois ils se reconnaissent pour frère*, parce que chaque peuple,
c confédération naturelle et générale, qui est la même que celle qui c subsiste entre les membres d'une société particulière, impose à c chaque nation le devoir de concourir au maintien des droits des c autres nations; mais aussi par ce devoir elle achète le droit de s'apc proprier à son tour les forces des autres nations pour la défense de c ses propres droits.
c Ainsi vos devoirs et vos droits respectifs sont établis les uns sur c les autres; et leur proportion est déterminée par un ordre essentiel, c dont vous ne pouvez vous écarter qu'à votre préjudice; ainsi, vous c n'avez rien à régler entre vous, que la forme extérieure des procédés, c dans les cas où quelque nation aura besoin du secours des autres, c Ce cas même ne sera jamais problématique , car les entreprises c qu'une nation peut faire à force ouverte sur les sujets d'une autre « nation n'ont rien d'équivoque; et c'est là le seul désordre que votre c confédération doive se proposer d'arrêter. D'ailleurs, laissez chaque c peuple mettre, comme il le voudra, son commerce extérieur à la c gêne ; plaignez en cela son aveuglement, mais ne lui en faites point c un crime par rapport aux nations qu'il prive de la liberté de com» c mercer dans ses États; c'est à lui-même qu'il préjudicie; un tel déc sordre porte nécessairement sa punition avec lui. Mais vous devez c respecter jusqu'à son erreur, parce que vous ne pouvez lui faire c violence, sans offenser ses droits de propriété et sa liberté : gardezc vous surtout d'user vis-à-vis de lui de représaille; ses méprises alors c vous deviendraient communes, et elles vous causeraient les mêmes c dommages1.
c Me se permettre aucune entreprise sur une autre nation, s'unir et « faire force pour contenir les autres dans le même devoir, voilà c l'ordre essentiel de votre société générale, comme celui des sociétés c particulières; il est tout entier renfermé dans ces deux maximes ; leur c simplicité, ou plutôt l'évidence de leur justice et de leur nécessité, c vous annonce même que cet ordre est fait pour assurer, de proche en c proche et dans toutes les parties de la terre, la paix et le bonheur de c l'humanité 9. »
Ce qui prouve bien la sagesse et la vérité de la politique ainsi ra-
fl Nous ne pouvons laisser passer ces mots sans faire observer que, le 10 mai 1848, sir Robert Peel tenait le même langage au sein du parlement d'Angleterre. — V. Cobden cl la Ligue, p. 67, en note. (E. D.)
* Nul commentaire plus dramatique, plus éloquent et surtout plus rempli d'actualité, de ces nobles principes d'économie sociale, que les discours des Free-lraders ou des orateurs de Y Agi la lion anglaise en faveur de la liberté du commerce , re-
menée à ses premiers principes, c'est qu'elle convient aux intérêts particulière de chaque nation, indépendamment des systèmes contraires que les antres nations pourraient adopter. Il importe assurément à une natal que ses procédés à l'égard des étrangers s'accordent avec la forme deson gouvernement intérieur, pour annoncer une politique exclusive de ces projets ambitieux que les autres nations ne peuvent soupçonner ans s'alarmer et sans chercher à les prévenir ; or, elle ne peut trouver cet avantage que dans rétablissement de Tordre naturel et essentiel des sociétés, parce que cet ordre est le seul qui mette en évidence l'intérêt personnel que les souverains ont à conserver la paix, et qui permette ainsi k cette évidence d'enchaîner r arbitraire dans les motifs qui peuvent ks porter à déclarer la guerre, et dans l'usage des moyens dont ils ont besoin pour la soutenir.
En même temps qu'une nation inspire cette confiance, il est important pour elle aussi de porter ses forces à leur plus haut degré possible, afin de jouir de toute la considération à laquelle elle peut prétendre parmi les antres puissances. Enfin, elle ne peut ni conserver ni même acquérir au dehors une grande consistance, qu'autant qu'elle jouit au dedans d'une grande prospérité; or, le germe de cette prospérité est cette même politique que Tordre essentiel des sociétés vient de nous indiquer-.respecter les propriétés et la liberté des autres nations; donner chez elle à ces mêmes droits toute l'extension et toute la solidité dont ils sont susceptibles; d'après ces principes, et sans avoir aucun égard aux entraves que les étrangers peuvent mettre k leur commerce extérieur, accordera celui qu'elle fait la plus grande liberté possible; s'assurer par ce moyen une grande richesse, une grande population, une grande puissance, voilà la vraie politique , une dans ses principes et dans ses dfets. Il est évident qu'une nation peut l'adopter pour elle indépendamment des autres nations : le droit de propriété peut devenir pour ses tujetsun droit sacré, sans qu'il le soit pareillement chez tous les étrangers ; Tordre essentiel, dont ce droit est la base et le principe, peut gouverner despotiquement chez elle, sans gouverner despotiquement chez te autres; enfin, pour rendre le commerce pleinement libre dans tous te pays de sa domination, il n'est pas nécessaire qu'il le soit également
Gfcillispar M. Frédéric Bastiat. On peut le pressentir, par ce que nous en avons cité dedans les Observations qui précèdent l'œuvre de La Rivière ; mais Ton ne s'en dînera une idée exacte qu'en parcourant d'un bout à l'autre cette intéressante pu- ^cation, où le débat ne porte pas sur des questions qui n'intéressent que la fortant ou la vanité de ceux qui les discutent, mais bien sur des principes dont le res- P*et importe au bonheur et à la paix de l'humanité. (E. D.)
sous les dominations étrangères ; et c'est ce que je me propose de démontrer dans les chapitres suivants. Il est évident encore que cette politique ne comporte rien d'arbitraire ; qu'elle n'est qu'une conséquence naturelle de l'ordre essentiel des sociétés, qu'elle s'établit naturellement et nécessairement avec lui; qu'ainsi toute nation qui fera régner chex elle cet ordre essentiel doit être au dehors et au dedans dans son plus haut degré de puissance et de splendeur; dans l'état le plus florissant, le plus tranquille, le plus heureux que le souverain et les sujets puissent espérer.