II. — Droits de la propriété foncière
C'est l'utilité très évidente des avances foncières, c'est leur efficacité ou leur influence sur les travaux des autres arts, c'est la durée de cette efficacité pendant plusieurs années et même pendant plusieurs siècles, qui fonde la prééminence de la classe propriétaire, la légitimité de ses droits, même de celui d'hérédité, c'est-à-dire de transmission k ses représentants.
Car la surabondance de productions annuellement récoltées, qui est Teffet des avances foncières, forme sans cesse un titre incontestable au représentants de l'homme qui les a faites, et qui les a fait telles précisément en vue de mériter, de recueillir k l'avenir par lui-même ou par les siens, une portion dans cette récolte devenue surabondante, uniquement par son travail ou par sa dépense.
Quel serait en effet la raison, le droit ou l'intérêt de disputer , k lui os à ses représentants, cette portion si légitimement et si utilement acquise? Faire des avances foncières, n'est-ce pas consacrer des biens, dont voos pourriez jouir actuellement en toute autre manière, k préparer un sol. k le rendre plus productif, plus utile aux arts de toute espèce pendant un long espace de temps? L'effet de ces avances foncières ne dure+il pas k proportion de la grandeur et de la solidité des travaux, c'est-à-dire a proportion de la dépense cl de l'industrie qu'on y emploie?
Un homme qui incorpore ses biens k la terre pour la rendre plus fructifiante, s'incorpore donc lui-même k ce sol ; il prend racine dans TÉUl s'il est permis de parler ainsi : son existence, ses jouissances, sont attachées intimement au territoire.
Les propriétaires fonciers appartiennent donc plus spécialement e( plus intimement k chacun des empires policés, par le titre même de leir propriété \
Dans les grandes sociétés, le souverain choisit naturellement ses coopérateurs ou mandataires dans la classe des propriétaires fonciers, parce qu'ils ont plus de loisir, plus d'instruction, plus d'union fixe et immédiate avec les intérêts et les devoirs de la souveraineté.
C'est de la qu'est née l'idée de la noblesse et de sa destination, idée <iue l'ignorance et les préjugés ont souvent trop défigurée.
Sans remplir aucune des fonctions de l'autorité souveraine, un pftpriétaire qui fait, qui entretient, qui améliore sans cesse les avunctt foncières sur son héritage particulier, travaille essentiellement et infailliblement h la perfection progressive des arts caractéristiques de la sooé&
• V. plus haut, le texte et les notes de la p. 349.
INTRODUCTION A LA PHILOSOPHIE ÉCONOMIQUE. M)l
Ses travaux et ses avances font nécessairement prospérer de plus en plus rart productif, par conséquent tous les arts stériles : c'est un acte de sagesse et de bienfaisance; c'est le plus louable, c'est-à-dire le plus utile, dont l'homme privé soit capable sur la terre.
Le propriétaire n'a au-dessus de lui que la souveraineté, dont les travaux continuels font naître les siens, en lui procurant l'instruction, par laquelle il sait incorporer utilement au sol ses biens actuels, et s'en faire par ce moyen une source d'autres biens sans cesse renaissants pour luimême et pour sa postérité : en lui procurant la certitude de jouir lui et les siens, certitude sans laquelle il ne voudrait pas faire le sacrifice de ses biens actuels et d'une jouissance toute prête, à l'espoir incertain de jouir plus dans un temps futur et dans sa postérité; en lui procurant enfin le pouvoir de recueillir les fruits de ce sacrifice, dont Y utilité plus ou moins grande dépendra toujours de l'autorité souveraine, de ses succès ou de ses erreurs.
Mais, au-dessous des propriétaires fonciers est immédiatement la classe productive, dont les travaux supposent les avances foncières, et dépendent évidemment de ces travaux.
À plus forte raison, toute la classe des arts stériles qui attend ellemême ses matières premières et ses subsistances de la classe productive.
La propriété foncière est donc le caractère général et distinctif de la noblesse dans les États policés '. En ce sens , tous les nobles sont égaux entre eux, et la richesse fait la seule différence.
Les fonctions plus ou moins importantes de l'autorité souveraine instruisante, protégeante, administrante, forment une seconde distinction parmi les mandataires du souverain; et ceux qui les ont remplies avec une grande utilité publique, laissent en héritage à leur postérité, comme fruits de leurs grands travaux et de leurs grands succès, une illustration qui les rend plus chers h la société, c'est-à-dire qu'on prend un double plaisir à les voir justes, bienfaisants et prospères, qu'on a une double indignation, un double chagrin à les voir méchants et malheureux.
Résumé général de la Classe noble ou propriétaire.
1° Le souverain et tous ses représentants mandataires, ou coopéra leurs dans l'ordre de l'instruction, dans l'ordre de la protection et dans l'ordre de l'administration;
2° Les propriétaires particuliers dont l'administration privée fait, entretient et perfectionne les avances foncières, les édifices, les prépara-
1 Que Ton fasse toujours attention que l'État, dont je cherche ici à crayonner 1 "esquisse, ne ressemble nullement aux États que nous voyons.
692 L'ABBÉ BÀUDKAU.
lions de toutes sortes qui précèdent et qui rendent plus fructifiants le^& travaux de Y art productif.
Telles sont les deux divisions qui forment la première classe d'htm
mes dans les société* policées.