I. — Distinction entre le Commerce et le Trafic
Acheter les productions naturelles, ou brutes ou façonnées, des mains de ceux qui les ont produites ou travaillées, pour les revendre à ceux qui doivent les consommer en subsistances, ou les user en ouvrages de durée , c'est là ce qui caractérise le trafic ou le négoce.
Le commerce , pris dans sa véritable essence, est au contraire tout échange des productions naturelles, brutes ou façonnées, qui se fait entre les hommes.
Deux producteurs voisins qui échangent de leurs denrées pour les consommer réciproquement, font un vrai commerce, sans l'intervention de nul ouvrier furoimciir, de nul voiturier, de nul trafiquant. C'est le commerce le plus simple qu'il soit possible , mais aussi le plus avantageux aux deux producteurs, parce qu'il leur assuro à eux seuls la con-
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échanges (dont les négociants font les opérations de détail) est toujours pour les producteurs et pour les consommateurs, qui jouissent des marchandises échangées.
Donc, les producteurs, qui sont la première ligne ou la source de tout commerce, et les consommateurs, qui en sont le but ou la fin, et la dernière ligne, sont les parties essentielles et constitutives, sans lesquelles il n'est pas possible que le commerce existe : sans eux les trafiquants ne seraient rien ; car le négoce ne peut jamais s'en passer. Mais ils peuvent, eux, commercer sans trafiquants, et alors le commerce n'en est que meilleur.
Une doctrine sophistique s'était élevée, dans notre Europe moderne, sur le fondement ruineux de cette équivoque, trop commune dans notre langue. Il faut favoriser le commerce : c'est un axiome général dont la vérité ne peut jamais être contestée ; car il signifie, dans l'exacte vérité , qu'il faut exciter et procurer à qui mieux, la multiplication des productions, celle des échanges, celle des jouissances ou consommations, qui font le bien-être des hommes.
Donc, il faut favoriser le trafic et les trafiquants. C'est une conclusion toute différente de l'axiome fondamental , conclusion trop souvent prise dans le sens le plus équivoque, et qui mérite d'être appliquée d'une manière toute contraire à celle de plusieurs Traités soit disant politiques sur le commerce. — Car enfin, qu'entendez-vous par ces mots, favoriser le trafic et les trafiquants. Vous pouvez leur donner deux sens tout difiérents : dans le premier, la conclusion sera très véritable et très utile; dans le second , elle sera très fausse et très préjudiciable; c'est ce que je tacherai de développer ici, en traitant premièrement des vraies faveurs faites eu même temps au commerce proprement dit , et au trafic qui en est l'accessoire; secondement, «ios faveurs pernicieuses accordées à quelques trafiquants, contre l'intérêt du commerce.