XXVI. — SONGER AUX REVENUS PLUS QU'a LA POPULATION
Qu'on soit moins attentif à C augmentation de ta population qu'à Vaccroissement des reventes ' ; car plus d'aisance que procurent de grands revenus, est préférable à plus de besoins pressants de subsistance qu'exige une population qui excède les revenus, et il y a plus de ressources pour les besoins de TÉtat quand le peuple est dans Taisance, et aussi plus de moyens pour faire prospérer Fagriculture *.
* Quesnay n'eût-il écrit que cette maxime, à une époque où nul homme d'EUt ne soupçonnait cette vérité qui jette tant de jour sur les faits de Tordre économique, que la population tend sans cesse à dépasser les moyens de subsistance, qu'elle suffirait pour le faire mettre au rang des esprits les plus judicieux. ( E. D. )
* Le désir qu*ont toutes les nations d'être puissantes à la guerre, et Tignoranoe des moyens de faire la guerre, parmi lesquels le vulgaire n'envisage que les hommes, ont fait penser que la force des États consiste dans une grande population. On n'a point assez vu que pour soutenir la guerre il ne fallait pas, à beaucoup près, une aussi grande quantité d^hommes qu'on le croit au premier co^ d^œil ; que les armées très nombreuses doivent être et sont ordinairement bi«n plus funestes à la nation, qui s'épuise pour les employer, qu'à l'ennemi qu^ellet combattent; et que la partie militaire d'une nation ne peut ni subsister, ni agir quepar la partie contribuable.
Quelques esprits superficiels supposent que les grandes richesses d'un État s'ob* tieniient par l'abondance des hommes ; mais leur opinion vient de ce qu'ils oublient que les hommes ne peuvent obtenir et perpétuer les richesses que par les richesses^ et qu'autant qu'il y a une proportion convenable entre les hommes et les richesses.
Une nation croit toujours qu'elle n'a pas assez d'hommes; et on ne s'aperçoit pas. qu'il n*y a pas assez de salaire pour soutenir une plus grande population, et que les hommes sans fortune ne sont profitables dans un pays qu'autant qu'ils y trou-
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XXVIl. — iNK PAS ÉPARGNER SUR LES DÉPENSES PI BLIQUES NÉCESSAIRES.
Que le gouvernement soit moins occupé du soin d'épargner, que des opé-
vent des gains assurés pour y subsister par leur travail. Au défaut de gains ou de salaire, une partie du peuple des campagnes peut, à la vérité, faire naftre pour se nourrir quelques productions de vil prix qui n'exigent pas de grandes dépenses, ni de longs travaux, et dont la récolte ne se fait pas attendre longtemps ; mais ces hommes, ces productions et la terre où elles naissent sont nuls pour PÉtat. Il faut, pour tirer de la terre un revenu, que les travaux de la campagne rendent un produit net au-delà des salaires payés aux ouvriers ; car c'est ce produit net qui fait subsister les autres classes d'hommes nécessaires dans un État. C'est ce qu'on ne doit pas attendre des hommes pauvres qui labourent la terre avec leurs bras ou avec d'autres moyens insuffisants; car ils ne peuvent que se procurer à eux seuls leur subsistance en renonçant à la culture du blé qui exige trop de temps, trop de travaux, trop de dépenses pour être exécutée par des homines demies de facultés et réduits à tirer leur nourriture de la terre par le seul travail de leurs bras.
Ce n'est donc pas à de pauvres paysans que vous devez confier la culture de vos terres. Ce sont les animaux qui doivent labourer et fertiliser vos champs : c'est la consommation, le débit, la facilité et la liberté du commerce intérieur et extérieur qui assurent la valeur vénale qui forme vos revenus. Ce sont donc des hommes riches que vous devez charger des entreprises de la culture des terres et du commerce rural, pour vous enrichir, pour enrichir l'État, pour faire renaître des richesses intarissables, par lesquelles vous puissiez jouir largement des produits de la terre et des arts, entretenir une riche défense contre vos ennemis, et subvenir avec opulence aux dépenses des travaux publics pour les commodités de la nation, pour la facilité du commerce de vos denrées, pour les fortifications de vos frontières, pour l'entretien d'une marine redoutable, pour la décoration du royaume, et pour procurer aux hommes de travail des salaires et des gains qui les attirent et qui les retiennent dans le royaume. Ainsi, le gouvernement politique de l'agriculture et du commerce de ses productions est la base du ministère des finances, et de toutes les antres parties de Tadministraiion d'une nation agricole.
Les grandes années ne suffisent pas pour former une riche défense : il faut que le soldat soit bien payé pour (|u*il puisse être bien discipliné, bien exercé, vigoureux, content et courageux. La guerre sur terre et sur mer emploie d'autres moyens que la force des hommes, et exige d'autres dépenses bien plus considérables que celles de la subsistance des soldats. Aussi ce sont bien moins les hommes que les richesses i\in soutiennent la guerre ; car tant qu'on a des richesses pour bien payer les hommes, on n'en manque pas pour réparer les armées. Plus une nation a de richesses pour faire renaître annuellement les richesses, moins cette reproduction annuelle occupe d'hommes, plus elle rend de produit net, plus le gouvernement a d'hommes à sa disposition pour le service et les travaux publics; et plus il y a de salaire pour les faire subsister, plus ces hommes sont utiles à l'État par leurs emplois et par leurs dépenses qui font rentrer leiu* paye dans la circulation.
les batailles gagnées où Vm ne tne que des hommes, sans causer d'autres domnnires, alF.iiblissent jxmi lemienn, si le salaire des hommes qu'il a perdu lui reste, et s'il est suffi-ant \muv attinT d'autres hommes. Une armée de cent mille hommes liicn payes est une armée d'un million d'hommes; car toute armée où la solde attire <l«'s hommes ne peur être détruite : c'est alors aux soldats à se défendre eouraprcuse
MAXIMES GÉ.NKUALES Dli (iOCVJiRNEMKNT. 105
rations nécessaires pour la prospérité du royaume ; car de 1res grandes dépenses peuvent cesser d'être excessives par Taugmentalion des richesses. Mais il ne faut pas confondre les abus avec les simples dépen-
inent; ce sont eux qui ont le plus à perdre , car ils ne manqueront pas de successeurs bien déterminés à affronter les dangers de la guerre. C'est donc la richesse qui soutient l'honneur des armes. Le héros qui gagne des batailles, qui prend des villes, qui acquiert de la gloire, et qui est le plus tôt épuise , n'est pas le conquérant. L'historien, qui se borne au merveilleux dans le récit des exploits militaires, iustroit peu la postérité sur les succès des événements décisifs des guerres, s'il lui laisse ignorer Tétat des forces fondamentales et de la politique des nations dont il écrit l'histoire ; car c'est dans Taisance permanente de la partie contribuable des nations et dans les vertus patriotiques que consiste la puissance permanente des Euts.
Il faut penser de même à Tégard des travaux publics qui facilitent l'accroissement des richesses ; tels sont la construction des canaux, la réparation des chemins, des rivières, etc., qui ne peuvent s'exécuter que par raisniire des contribuables en étal de subvenir à ces dépenses sans préjudice à la reproduction annuelle des richesses de la nation ; autrement , de tels travaux si étendus , quoique fort désirables , seraient, par les impositions déréglées ou par les corvées continuelles, des entreprises ruineuses dont les suites ne seraient pas réparées par l'utilité de ces travaux forcés et accablants; car le dépérissement d'un État se répare difficilement. Les causes destructives qui augmentent de plus en plus rendent inutiles toute la vigilance et tous les efforts dû ministère, lorsqu'on ne s'attache qu'à réprimer les effets et qu'on ne remonte pas au principe : ce qui est bien prouvé, pour le temps, par l'auteur du livre intitulé : Le Détail de la France tout Louit XIV, imprimé en 1699. Cet auteur rapporte les commencements de la décadence du royaume à Tannée i660, et il en examine les progrès jusqu'au temps où il a publié son livre ; il expose que les revenus des biens fonds qui étaient de 700 millions (1,400 millions de notre monnaie d'aujourd'hui) , avaient diminué de moitié depuis 4660 jusqu'en 1699; il observe que ce n'est pas à la quantité d'impôts, mais à In uiauvaise fonne d'imposition et à ses désordres, qu'il faut imputer cette énorme dégradation. On doit juger de là des progrès de cette diminution par la continuation du même genre d'administration. L'imposition devint si désordonnée, qu'elle monta s.jii^ Louis XIV à plus de 750 millions qui ne rendaient au Trésor royal tpie tî50 millions ' , ce qui enlevait annuellement aux contribuables la jouissance de :>00 millions, sans compter la dégradation annuelle que causait la taille arbitraire établie sur les fermiers. Les impositions multipliées et ruineuses sur toute espèce de dépenses s'étendaient par repompement sur la dépense de l'impôt même, au détriment du souverain pour lequel une grande partie de ses revenus devenait illusoire. Aussi rcinarque-t-on que par une meilleure administration on aurait pu en très peu de temps augmenter beaucoup l'impôt, et enrichir les sujets en abolissant ce^ impositions si destructives, et en ranimant le commerce extérieur des grains, des vins, des laines, des toiles, etc. .Mais qui aurait osé entreprendre une telle réforme dans des temps où Ton n'avait nulle idée du gouvernement économique d'une nation agricole:^ On aurait cru alors renverser les colonnes de réditice.
' Voycu le» Mémoires pour servir à l'Hisloire générait^ des Finawt-s . par M. l). d« B. (Dfon 6<* Rr.iumoni }
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ses; car les abus pourraient engloutir toutes les richesses de la nation et du souverain ^